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    Céphalopodiers : Un vent de colère contre les poulpiers

    Par L'Economiste | Edition N°:307 Le 04/12/1997 | Partager

    Les céphalopodiers sont mécontents. Selon eux, les poulpiers détruisent les ressources halieutiques, polluent la baie de Dakhla et au passage... cassent les prix. La montée au créneau coïncide avec la réunion de la commission mixte maroco-européenne.


    Ce «conflit» entre céphalopodiers et poulpiers intervient au moment où la commission mixte prévue par l'accord de pêche maritime entre le Maroc et l'Union Européenne a tenu sa réunion, les 3 et 4 décembre à Rabat.
    La réunion doit examiner, entre autres, la question de la préservation des ressources halieutiques. Et c'est effective-ment sur ce registre que se poursuit cette querelle de travers entre céphalopodiers et poulpiers.
    Deux messages, deux sons de cloches. «La mer appartient à tous les Marocains», déclare un responsable au Ministère de la Pêche. Réponse du berger à la bergère. «La mer appartient à tout le monde, mais elle doit être réglementée», nous déclare un responsable de l'ACM (Association des Céphalopodiers au Maroc).

    Le phénomène des poulpiers date de huit ans déjà. Et depuis, le tollé des profes-sionnels de la pêche n'a cessé de s'accentuer contre cette affluence de plus en plus massive des poulpiers dans un rayon d'action de 300 à 500 km autour de Boujdour et Dakhla.
    Chronologiquement, les tractations entre les professionnels de la pêche et les pouvoirs publics remontent au 19 juin 1992, date à laquelle a été décidée la tenue d'une commission tripartite entre le Ministère des Finances, celui de la Pêche et l'APAPHAM, et qui a abouti non pas à la suppression mais à la limitation de l'effectif des poulpiers dans la région de Dakhla. En 1993, le Ministère de la Pêche a limité l'exploitation des poulpes à l'intérieur de la baie de Dakhla et le nombre des poulpiers à 30.000 unités. Mais la date butoir retenue pour mener à terme l'opération de reconversion de la flotte artisa-nale était celle du 1er mai 1997, suite à la réunion présidée par le Premier ministre avec les représentants du Ministère de la Pêche, des Finances et ceux de l'ACM, le 18 octobre 1996.

    Pas de création d'emplois


    « Aujourd'hui, il y a une grande concentration des poulpiers dans les petites plages du Sud avoisinant les 3 à 4 millions», déplore un responsable de l'ACM.
    Les céphalopodiers montent au créneau et déplorent «un terrible laxisme» dans ce domaine, appelant à une rationalisation de l'utilisation des ressources halieutiques. La sonnette d'alarme est ainsi tirée par les céphalopodiers.
    Il convient de rappeler que la Banque Mondiale, dans un rapport datant de 1997, a également mis en garde contre la surexploitation des ressources halieutiques surtout des petits pélagiques en zones A et B, ainsi que la diminution de la migration saisonnière vers le Nord.
    Selon un responsable de l'ACM «si l'effort de pêche exercé dans les zones sahariennes n'est pas régulé, l'on s'achemine incontestable-ment vers l'effondrement du stock des poulpes dans cette région». Le Ministère admet qu'il y a danger mais conteste le mot effondrement.
    Le phénomène des poulpiers est à cet égard, non seulement destructeur de la ressource halieutique, puisqu'il s'attaque aux géniteurs et aux femelles grainées, empêchant ainsi une reproduction normale des poulpes, mais il est aussi polluant (voir encadré).

    Autre problème de taille, le TAC (le Total Admissible de Capture). Alors que la recherche scientifique fixe à 300 le nombre maximum de navires permettant une exploitation rationnelle de la ressource dans la région, plus de 430 bateaux, dont une grande partie est constituée par la flotte de l'Union Européenne, sillonnent la mer. L'optimum de production est ainsi largement dépassé. Le danger est latent. La situation pourrait même déboucher sur une cessation d'activité pendant de longues années, redoute l'association.
    Le volet social est également sur la sellette. Car, si la pêche côtière est un secteur sensible où les opportunités de développement économique entrent en conflit dans des zones particulièrement tou-chées par le chômage, l'on est en droit de se demander sur le statut de ces pêcheurs de poulpes. Autrement, peut-on parler de créations nouvelles d'emplois? «Certainement pas», affirment les responsables de l'ACM». Il s'agit uniquement d'emplois saisonniers et précaires». Or, les bateaux marocains qui opèrent dans la région font travailler quelque 7.000 personnes à bord, et ils étaient 9.000 en 1994. Ce qui génère des frais d'exploitation qui s'ajoutent au problème de rentabilisation des investissements lourds réalisés, dus en grande partie au caractère hautement capitalistique de l'investissement.


    La ruée vers le poulpe


    D'après le Décret n°2-91-244 du 16 juillet 1993, le terme «poulpier» désigne tout bidon cylindrique, ne contenant pas d'asphalte ou tout autre produit reconnu polluant, ouvert des deux côtés et déposé en filière sur le fond marin pour piéger le poulpe. Le poulpier (généralement un bidon d'huile en plastique) s'attaque ainsi au géniteur empêchant ainsi la reproduction qui se fait par voie de recrutement, puisqu'une partie de ses oeufs deviennent des poissons. Ainsi, hormis les quatre mois de repos biologique, les pêcheurs de poulpes dans la région de Dakhla sont recrutés dans les différentes régions du Royaume. Cette ruée vers le poulpe est due principalement aux salaires distribués, allant de 100 à 250DH par jour.

    Hassan BOUCHACHIA

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