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    Economie

    Autant en emporte le temps

    Par L'Economiste | Edition N°:272 Le 20/03/1997 | Partager

    Combien de lois, de zones industrielles, de technologies ignorent le temps et restent à l'état de projets. Dommage pour les richesses et tous les emplois qui auraient pu se créer... entre-temps.


    "Rien n'a évolué. Ni le problème, ni la solution. Nous en avions discuté ici même il y a un an", s'étonne un expert allemand, qui ne peut être que carré d'esprit. Il s'adresse aux participants du colloque des X, qui réfléchissent aux moyens de "relever le défi" de la zone de libre-échange, conclue avec l'Europe pour 2005.
    Comme c'est loin! "Pas du tout", nous disent les Européens et les fonctionnaires de la Banque Mondiale, toujours pressés.
    "Le tiers des entreprises et les 2/3 des emplois actuels risquent de disparaître. Alors pressez-vous d'en créer d'autres. C'est le prix de la mise à niveau, le ticket d'entrée dans la mondialisation". Et donneurs de leçons avec ça! Bien sûr, les Marocains sont convaincus de tout cela. Mais il y a les prudents qui veulent laisser "le temps au temps", de peur de casser l'existant. Ils évoquent même "l'exception culturelle", notre art de vivre. Quand ils arrivent en retard, ils appellent cela "rendez-vous marocain". Ils oublient la démographie qui ne prend pas le temps le temps de s'accroître et les besoins qui sont ceux de l'Europe et de l'Amérique.

    Ils oublient qu'il n'y a de compétition que mondiale, avec l'Allemagne, Taïwan, Singapour qui ne travaillent plus qu'en "temps réel". Tout et tout de suite est la seule technique de production.
    A côté des prudents, il y a les "actifs" et les entreprenants; patronat, syndicats et Administration ont déjà entrepris la réforme du droit du travail. Les études remontent à 10 ou 15 ans, personne ne sait plus. Les projets de codes se succèdent. Il y en a eu 3, 4..., personne ne sait plus. Chaque ministre de l'Emploi a eu le sien pour marquer l'Histoire. Mais celle-ci n'oubliera pas les dégâts. Combien de salariés ont été employés au noir, licenciés par des patrons malhonnêtes, peu soucieux d'une législation vieille comme le Protectorat.
    Combien de patrons honnêtes ont été condamnés par les tribunaux sociaux, et se sont juré de ne plus recruter personne, avant la nouvelle loi. Certains en ont fait une maladie.

    Calculs savants


    Maladie? Là encore, il y a un projet, plusieurs même qui se sont succédé. Combien de malades ont eu le temps de mourir depuis 1992, alors que les experts des Ministères de la Santé, des Finances, de l'Emploi s'impressionnaient à coups de calculs savants, de péréquations et d'équilibres des régimes.
    Le temps a si peu compté dans cette affaire que le projet est relégué aux oubliettes. Il a beaucoup compté pour les malades indigents.
    Le temps compte aussi pour les jeunes qui ont été engouffrés dans des études scientifiques arabisées jusqu'au bac, mais francisées après, en première année de faculté. Les générations victimes se succèdent en "attendant" une décision du haut fonctionnaire, une réunion de commission parlementaire.
    La Justice débordée n'est pas en reste. Les délais de jugement et d'exécution sont mis en cause par toutes les analyses. Ainsi, l'immobilier, et donc le logement, s'est arrêté parce qu'il faut dix ans pour expulser un locataire qui ne paye pas son loyer.

    Quand un immeuble est prêt, chaque commission prend son temps avant de délivrer les multiples autorisations pour habiter. Le candidat au logement a le temps de devenir clochard et le promoteur d'être ruiné par le crédit qui court.
    Car le temps, oublié du fonctionnaire, est important pour l'homme d'affaires. Là est le germe de la corruption. "Ton droit, tu l'auras un jour. Pour tout de suite, il faut...".
    La maîtrise du temps est du côté des puissants. Les banques, comme les administrations, savent se prémunir contre le temps qui passe. Le compteur des taux d'intérêt ne fait pas de cadeau.
    Ceux du Fisc ou de la CNSS non plus. C'est 1% par mois de retard quand il s'agit de récolter, mais 0% quand il s'agit de donner. L'Administration pénalise le contribuable nonchalant, ou l'adjudicataire du marché public, pour le moindre retard. L'Administration est sou-
    cieuse de ses droits, pas de ses devoirs. Si elle appliquait le compteur à ses propres retards de paiement, elle se ruinerait, enrichirait les citoyens, et connaîtrait... le prix du temps.

    Khalid BELYAZID

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