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    Tribune

    Coordination et tragédie des «anti-commons»

    Par Ahmed DRIOUCHI | Edition N°:4757 Le 22/04/2016 | Partager

    Ahmed Driouchi est professeur d’économie et doyen de l’Institut d’analyse économique et des études prospectives (IEAPS) à l’Université Al Akhawayn à Ifrane. Il est aussi l’auteur de plusieurs ouvrages et articles liés à l’économie de la connaissance au Maroc et dans les pays arabes et méditerranéens (Ph. AD)

    Tout le monde reconnaît les avantages liés à une plus grande coordination comparativement à la fragmentation dans les décisions, leurs suivis et évaluations. Ceci est clairement connu et accepté par tous,   par les organisations publiques, privées et les ONG, d’autant plus que les technologies de l’information offrent de grandes possibilités de coordination.  Les raisons des échecs, les coûts et les gains implicites liés à l’absence ou l’imperfection dans la coordination sont souvent mal connus (1). La présente communication insiste sur les «anti-commons» et la nécessité de la coordination, notamment dans les processus de création des entreprises.  Les «anti-commons» figurent parmi les causes des échecs de la coordination et  réfèrent à la situation où un grand nombre de détenteurs de droits finissement par bloquer les autres en l’absence de coordination. Quand les possibilités de coopération échouent, personne ne peut utiliser et valoriser la ressource.
    En effet, la tragédie des «anti-commons»  ou «anti-communs» a été développée par Heller en 1998, par analogie à la tragédie des «commons» ou «communs» développée par Hardy en 1968. Ces types de biens et services se sont ainsi ajoutés aux biens et services privés et publics qui sont distinguables par rapport à l’exclusion et à la rivalité dans l’usage.
    Les sciences économiques ont, à l’instar d’autres sciences sociales, fait référence aux conséquences de décisions fragmentées et mal connectées. Telle est la situation dans les «anti-commons» avec une utilisation sous-optimale et inefficace des ressources. Heller (1998),  Kelly & Michelman (1980), Buchanan et Yoon (2000) avaient déjà attiré l’attention sur les risques d’échec liés à la tragédie des «anti-commons». Alors que pour des ressources à accès libre («commons»), aucun acteur n’a le droit d’exclure l’autre jusqu’à l’épuisement complet de la ressource, les «anti-commons» conduisent à l’inverse puisqu’un trop grand nombre ont le droit d’exclure (Aoki, 1998) avec une sous-utilisation totale de la ressource et la prévalence de prix d’accès élevés et des coûts d’entrée exorbitants.
    Des détenteurs de brevets, dispersés et déconnectées peuvent bloquer une ligne prometteuse de recherche basée sur ces mêmes brevets.  Le cas des médicaments a été largement analysé dans la littérature. Il en est de même de la propriété foncière et la difficulté de coopération pour des projets consolidés. D’autres exemples incluent les formules commerciales telles qu’elles sont apparues dans les pays socialistes suite à la libéralisation des marchés. Plusieurs exemples peuvent être pris dans le secteur des médias et de l’audio-visuel, suite aux libéralisations. Les pêcheries et d’autres formes d’exploitation des ressources naturelles peuvent aussi être sous les effets de la tragédie des «anti-commons».

    Création d’entreprises

    Le premier chapitre de l’ouvrage, cité en note de bas de page, se penche sur la tragédie des «anti-commons» et ses répercussions sur la création d’entreprises dans les pays en développement. La partie empirique de ce chapitre utilise les données de «Doing Business» de la Banque mondiale, pour tester les coûts élevés issus de décisions fragmentées. Les résultats obtenus ont montré la prévalence des «anti-commons» dans la création de nouvelles entreprises dans les économies en développement comparativement aux pays plus développés. Cela montre comment les « anti-commons » peuvent limiter le développement et l’économie de marché en réduisant la création d’entreprises et leurs expansions. Par conséquent, les politiques de développement et de promotion de l’entreprise privée peuvent échouer à rassembler toutes les informations, les connaissances, les ressources et le capital nécessaires pour le lancement de nouvelles entreprises en l’absence de coordination. Cela diminue les chances de succès, conduisant ainsi à la tragédie des «anti-commons» et donc à l’échec à contribuer à la promotion de nouvelles opportunités économiques et sociales.
    Les politiques nécessaires à la création d’entreprises exigent la collaboration des organismes gouvernementaux et des partenaires privés. La littérature montre que des défaillances peuvent être liées à des facteurs tels que la bureaucratie, la rigidité institutionnelle, et la faiblesse des canaux de coordination en plus des niveaux limités de transparence et le manque de connaissances actualisées. La littérature économique souligne que les tâches nécessaires sont longues et complexes et conduisent la plupart du temps au plus grand nombre de transactions et donc à des coûts individuels et sociaux plus élevés. Le processus de création d’entreprises exige le respect des lois et règlements qui sont la plupart du temps spécifiques à chaque pays. La création d’entreprises est ainsi soumise à des ensembles d’autorisations et de longues procédures. Elle est généralement régie par l’intervention d’un ensemble d’institutions qui sont susceptibles de délivrer tous les inputs  nécessaires à la création d’entreprises. Ces procédures révèlent généralement l’existence de décideurs dispersés, même s’ils opèrent dans le même endroit. Les «anti-commons» sont susceptibles d’exister et peuvent conduire à la limitation du nombre des entreprises créées.

    Perspectives de recherche

    En plus de ce travail sur la création d’entreprises, le besoin de plus de coordination dans le secteur de l’audiovisuel au Maroc,  a été traité par Yassine Akhiat en 2014 (Université Mohammed V, Agdal, Rabat). Un autre travail est en cours par Ismail Azaguagh (Institut agronomique et vétérinaire Hassan II, Rabat) et vise à élucider la coordination dans les pêcheries de poulpe au Maroc.

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    (1) Plus de détails sur les besoins en coordination et sur les raisons de ses échecs ont été présentés dans l’ouvrage [Driouchi, A. (2013). ICTs for Health, Education, and Socioeconomic Policies: Regional Cases (pp. 1-340). Hershey, PA: IGI Global. doi:10.4018/978-1-4666-3643-9] et dont les différents chapitres peuvent être consultés à l’adresse /http://www.igi-global.com/book/icts-health-education-socioeconomic-polic....

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