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    Prix de l’entrepreneur social de l’année
    Yasmina Filali: «J’insiste sur la dignité du migrant»

    Par Amin RBOUB | Edition N°:4745 Le 06/04/2016 | Partager
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    Yasmina Filali, présidente de la fondation Orient-Occident: «Lorsque l’on parle de migrants,  il faut rester vigilant sur les repères identitaires et les spécificités locales». C’est ce qui fait la particularité de notre démarche… (Ph. FO)

    La Fondation suisse Schwab vient de décerner le prix international de l’Entrepreneur social de l’année 2016 à Yasmina Filali. Une consécration prestigieuse, puisque ce prix ouvre à la Fondation marocaine les portes d’un networking sans limites via de grands forums internationaux, dont le World Economic Forum de Davos.

    - L’Economiste: Vous êtes nommée entrepreneur social de l’année. Que vous inspire cette consécration internationale?
    - Yasmina Filali:
    Cette consécration  me fait très plaisir et me surprend. En fait, je ne m’y attendais pas. Ce prix va nous permettre de faire partie d’une tribune internationale de grandes puissances. Nous sommes invités à nous exprimer lors de tous les forums économiques mondiaux. Le prochain sera tenu en Afrique au Rwanda,  puis en Asie, en Amérique latine et bien évidemment à Davos.
     
    -  La Fondation Orient-Occident a déjà 22 ans à son actif (1994-2016). Quel est le secret de cette success story?
    - C’est toujours difficile de dire qu’il y a une formule ou un secret. Je crois qu’il y a plusieurs facteurs qui font qu’une entreprise sociale arrive à tenir dans la durée. Je tiens à préciser que toute entreprise sociale, que ce soit une association ou une fondation, est extrêmement vulnérable. Car la survie dépend de bailleurs de fonds. Le contexte actuel de crise en Europe a réduit considérablement les fonds dans le social et le caritatif. Face à cela, il faut faire preuve de passion et surtout avoir une vision pour fédérer les autres. Bien évidemment, il est impératif d’intégrer le risque tout en apportant de l’innovation. Les acteurs associatifs qui se démarquent sont surtout ceux qui ont des sujets innovants, des réponses ambitieuses, audacieuses, de l’écoute, de la passion, tout en tenant à leurs  convictions et leurs  valeurs.  
    - Votre fondation œuvre depuis des années pour l’intégration des migrants. Une démarche originale, qui se fait avec discrétion et humilité. Est-ce un choix délibéré?
    - Je privilégie plus le travail  sur le terrain, plutôt que la médiatisation tous azimuts. Mais en même temps, nous sommes obligés de mobiliser, de faire appel aux médias pour que l’on soit connu et reconnu et convaincre de nouveaux partenaires, des bailleurs de fonds...
     
    - Quels messages adresseriez-vous aux mécènes, sponsors et autres groupes industriels qui veulent s’impliquer dans des projets de responsabilité sociale?

    - Justement, au niveau de la fondation, nous avons toute une plateforme dédiée au conseil aux entreprises, le corporate et la RSE. L’ambition est de leur donner une vision. Pour qu’une entreprise puisse réussir des opérations dans le social, il faut qu’elle inscrive ses actions dans une vision qui correspond à son métier. Bien entendu, il va falloir développer des projets structurants et pas seulement des actions médiatiques à très courte portée. L’idéal est de concevoir des projets à moyen et long termes qui ont un impact direct sur la population, sur le quotidien…
     
    - En ces temps difficiles, caractérisés par la recrudescence de flux migratoires, de subsahariens et de réfugiés syriens… Quels rôles peuvent jouer les entreprises en matière d’entreprenariat social?
    - Je crois qu’il va falloir lancer des réflexions entre le secteur public, privé et la société civile. L’idée est de débattre des projets à fort impact, les projets innovants pour le pays ou encore les fondamentaux pour l’entreprenariat social. Ce travail de réflexion et d’échanges devra durer des mois. A partir de là, l’entreprise se positionne à travers une vision en cohérence avec son activité et les messages qu’elle veut véhiculer. C’est une sorte de brainstorming à plus grande échelle qui permet de voir notamment les projets innovants en Afrique ou en Inde et qui peuvent être transposés au Maroc. Lorsque l’on parle de migrants,  il faut rester vigilant sur les repères identitaires et les spécificités locales.
     
    - Cette approche pourrait aussi faciliter la réinsertion du migrant dans son pays d’origine, avec une activité, un revenu , un statut et surtout de la dignité…
    - Absolument. Toute la différence est là.
     - Quels sont vos principaux bailleurs de fonds à la fondation Orient-Occident?
    - Une fondation a toujours besoin de fonds (rires). Nos bailleurs sont essentiellement des entreprises publiques et privées marocaines, des collectivités locales, l’INDH ainsi que tout un panel de partenaires internationaux, des ambassades, de structures de l’UE…
     
    - Vous étiez très mobilisés auprès de migrants subsahariens, dans les forêts de Belyounech au Nord et Gourou Gourou.
    - Tout à fait. Nous avions mené un travail humanitaire qui a duré deux ans dans ces régions. La réponse a été donnée par rapport à la problématique de la forêt.  C’était un travail de fond avec des actions ciblées sur les réseaux de traite et de trafic de migrants. En ce moment, nous sommes sur des opérations  plus liées à l’intégration de migrants.
     
    - Avez-vous engagé des actions auprès de réfugiés syriens?
    - Bien évidemment. Grosso modo, nous recevons environ un tiers de Syriens et deux tiers de subsahariens. Toutes nos infrastructures sont ouvertes aux Syriens. Nous avons tout un dispositif de scolarisation d’enfants de réfugiés syriens, pas seulement à Rabat, mais aussi à Tanger, Oujda… Les enfants sont insérés dans des écoles publiques marocaines. En fait, nous avons deux modèles d’intégration. L’un via la scolarité des enfants dans l’école publique du pays d’accueil. L’autre via des activités génératrices de revenus. En résumé, le travail et la santé.
     
    - Vous avez des indicateurs sur le taux de réussite des enfants de réfugiés syriens?
    - C’est un peu prématuré.  Cela fait 3 ans que nous avons adopté cette démarche avec les subsahariens. Pour les Syriens, nous avons commencé cette année. Il faudra donc plus de temps pour dresser un bilan chiffré. En revanche, nos remontées d’informations nous rassurent, puisque  l’expérience se passe très bien. Les enfants sont bien accueillis. Les proviseurs, les professeurs et éducateurs… s’impliquent sérieusement.
     
    - Pensez-vous transposer ce savoir-faire dans des pays européens fortement exposés aux flux de Syriens, de Kurdes?
    - C’est justement l’un des axes que me permet le prix de l’entrepreneur social de l’année 2016. Cette consécration permettra de démontrer qu’il y a un modèle marocain qui a déjà fait ses preuves et qui peut être exporté en Europe. Ce modèle repose sur  la protection et l’assistance psychologique des réfugiés. Mais notre valeur ajoutée et notre innovation résident dans la partie liée à la revalorisation du migrant dans la société d’accueil, la composante interculturelle, la dignité… Il y a aussi le volet des activités génératrices de revenus, des coopératives, la formation à la disposition de femmes qui leur donnent une alternative à la mendicité, à la prostitution. Nous avons aussi des ateliers de formation-métiers avec la moitié de migrantes et l’autre moitié composée de Marocaines. Tous nos cours sont conçus dans la mixité: Moitié Marocains, moitié migrants.   Ce qui permet l’échange, l’expression d’un métissage, le pluralisme, l’acceptation de l’autre… Sur le même registre, nous avons des enseignants subsahariens qui donnent des cours à des enfants marocains. L’idée est d’inverser la perception de la migration.  Cela favorise le respect et neutralise les clichés dès le plus jeune âge sur la race, la couleur de la peau…  Et c’est là justement toute la particularité de notre démarche. C’est cette dimension qui peut être exportée en Europe, puisque ce volet n’est pas encore traité dans l’autre rive de la Méditerranée.

    Passerelle entre deux mondes!

    Comme son nom l’indique, la  Fondation Orient-Occident se veut une passerelle entre les deux rives de la Méditerranée. Créée en 1994 par Yasmina Filali, la Fondation est une association de droit marocain à but non lucratif. Rabat, Oujda, Casablanca, Larache, Safi, Youssoufia, Khouribga… la fondation a développé tout un réseau d’antennes locales avec une mission  de la migration orientée Sud-Sud. L’association dispose de structures d’accueil, d’écoute et de formation. Elle accompagne les migrants souhaitant rentrer définitivement dans leur pays d’origine. La fondation a conçu des dispositifs d’aide au retour. La formule consiste à offrir des programmes de soutien et de formation pour créer un environnement favorable à la réinsertion. La Fondation a également développé une expertise dans les quartiers défavorisés ainsi que la médiation sociale. Elle a d’ailleurs contribué à la mise en place d’un projet d’animation de territoires , en partenariat avec l’OCP, en particulier dans des zones minières sujettes aux tensions sociales (Région de Khouribga et Youssoufia).

    Propos recueillis par Amin RBOUB

     

     

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