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    Economie

    Risque pays: La double menace des conditions

    Par L'Economiste | Edition N°:4697 Le 29/01/2016 | Partager
    Le tourisme exposé à l'effet d'«assimilation»
    La croissance africaine plie, mais ne rompt pas!

     

    Frédéric Louat, administrateur directeur général de Coface Maroc: «Nous pensons que l’évolution des économies africaines dans leur ensemble en 2016 va continuer sur la lancée des tendances de fond que sont, par exemple, la diversification, le développement de la consommation et les investissements en infrastructures. En particulier, l’Afrique de l’Est continuera à connaître de belles performances économiques»

    Les BRICS sont cassés! Les difficultés du Brésil, de la Russie pèsent sur la croissance mondiale. Mais l'impact le plus important provient du ralentissement chinois. Il affectera de façon disparate les économies du reste du monde. «Les surcapacités importantes des entreprises chinoises et l'essor rapide des exportations que cela pourrait induire font peser un risque général pour toutes les économies», analyse Frédéric Louat, administrateur directeur général de Coface Maroc. L'assureur-crédit a dévoilé récemment lors de sa conférence annuelle sur le risque pays une prévision de croissance mondiale de 2,7%. Les économies africaines seront touchées par l'atonie du PIB mondial, mais leur croissance restera sur un rythme soutenu. Toutefois, les grandes économies du continent sont à la peine. 

     

    - L'Economiste: La Chine et le pétrole pèsent sur l'économie mondiale en ce début d'année. Cela peut-il fragiliser durablement les pays émergents?
    - Frédéric Louat:
    L’impact sur les pays émergents doit être fortement différencié. Le ralentissement de la croissance chinoise frappe de plein fouet les pays émergents d’Asie dont les exportations dépendent pour beaucoup du marché chinois. Il affecte également les pays émergents exportateurs de métaux. En revanche, les autres pays émergents sont affectés de façon moindre, et surtout indirectement, à travers le ralentissement de la croissance dans les pays industrialisés qui sont eux-mêmes impactés par la conjoncture chinoise.
    Il existe cependant un risque général que fait peser le ralentissement de la demande en Chine sur l’ensemble des pays émergents. En effet, les surcapacités importantes des entreprises chinoises se traduisent dans certains secteurs par un essor rapide des exportations chinoises. C’est le cas par exemple de la sidérurgie, où les producteurs dans les pays émergents doivent faire face à l’afflux d’acier chinois à bas prix. La capacité des pays émergents à se protéger contre ce risque est étroitement liée à l’efficacité des mesures de protection «anti-dumping» qu'ils peuvent mettre en place. De même, l’impact des bas prix du pétrole a évidemment des effets différents sur les pays émergents, selon que les pays sont exportateurs nets d’hydrocarbures ou importateurs nets.
    - Quels risques voyez-vous dans l'immédiat pour le Maroc?
    - Les principaux risques pesant sur l’économie marocaine sont avant tout des risques propres au pays ou à la région.
    Certes, le ralentissement de la croissance mondiale aura un impact défavorable, mais ce risque reste circonscrit du fait que les pays et les régions du monde qui connaissent le plus fort ralentissement économique ne sont pas les marchés les plus importants en termes de débouchés pour les exportations marocaines. Les risques propres au pays ou à la région sont liés, naturellement, aux conditions climatiques récentes qui pèseront sur les performances du secteur agricole; ils sont aussi liés à une possible instabilité politique dans le reste de l’Afrique du Nord, qui pourrait avoir un impact sur les performances touristiques du Maroc, par effet «d’assimilation». Enfin, la capacité à remédier au niveau élevé du chômage et aux disparités régionales peut constituer un risque au Maroc, à la fois à court terme et à moyen terme.
    - Le pétrole bas est bénéfique pour les pays importateurs. Sur la durée, quelles peuvent être les conséquences?
    - Le maintien de prix pétroliers bas sur la durée pourrait avoir des conséquences géopolitiques importantes. En effet, les bas prix pétroliers n’affectent pas seulement la croissance économique des pays exportateurs. Ils peuvent remettre en cause la stabilité sociale de ces pays, voire leur modèle économique. En effet, ce modèle repose souvent sur le rôle central qu’y joue l’Etat, notamment en termes d’investissements, de subventions à la consommation, et de redistribution de la manne pétrolière.
    Sur la durée, l’impact du pétrole bas sur les pays importateurs restera globalement favorable, à condition que ces prix bas du pétrole ne remettent pas en cause les investissements de développement des énergies renouvelables (dont le Maroc est aujourd’hui un des fers de lance).

    Le Maroc figure parmi les pays les mieux notés sur le continent avec la Namibie et le Botswana. Sur les marchés les plus importants pour les exportations marocaines, le risque d'impayés des entreprises est globalement au pire convenable hors Afrique

    - Comment voyez-vous l'évolution des économies africaines en 2016?
    - Coface a dégradé l’évaluation-pays de plusieurs pays africains. A y regarder de plus près, la dégradation de ces pays provient d’évolutions propres à chacun d'eux, à l’exception du Gabon et de l’Algérie dont la dégradation provient de la baisse du prix des hydrocarbures. Il n’y a donc pas de tendance négative «régionale» en Afrique.
    Au contraire, nous pensons que l’évolution des économies africaines dans leur ensemble en 2016 va continuer sur la lancée des tendances de fond que sont, par exemple, la diversification progressive de ces économies, le développement de la consommation liée à l’émergence de la classe moyenne, et les investissements en infrastructures. En particulier, l’Afrique de l’Est continuera à connaître de belles performances économiques.
    Au total, la croissance économique du continent va rester sur un rythme soutenu cette année, et l’Afrique restera l’une des régions du monde avec le plus fort taux de croissance économique en 2016.
    - Quelle appréciation du risque sectoriel y faites-vous?
    - Dans la continuité de ces dernières années, les secteurs porteurs en Afrique resteront ceux liés aux biens de consommation, aux services et au développement des infrastructures – dans certains pays, cela peut se traduire par une bonne santé du secteur de la construction. En revanche, les secteurs industriels liés aux produits de base et aux matières premières ne devraient pas connaître d’embellie cette année.
    - Le Maroc fait partie des trois pays les mieux notés en Afrique. Comment évaluez-vous le  comportement de paiement des entreprises marocaines?
    - Le comportement des entreprises au Maroc est  marqué par des retards de paiement qui demeurent importants, sans que l’on ait encore assisté à un inversement de cette tendance. Néanmoins, les paiements ont tendance à être honorés, même s’ils sont en retard. L’impact des défauts de paiement dus à des faillites reste relativement limité, au regard de l’importance des délais clients. Les sinistres au Maroc restent très largement dominés par le secteur de la construction, même si on commence à voir apparaître des tensions plus importantes dans la situation financière du commerce de détail  de biens d’équipement, par exemple.
    Propos recueillis par
    Franck FAGNON
     

     

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