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Enquête

Patrimoine islamique en péril: Les bâtiments classés, des gîtes pour clochards

Par L'Economiste | Edition N°:3857 Le 31/08/2012 | Partager
A Marrakech, les monuments à l’abandon faute de moyens financiers
Le mausolée de Ibn Tachfine sert d’urinoir et de repaire pour les SDF
Des fondations publiques/privées pour la restauration, une solution

Ce palais construit entre 1578 et 1603 par Yacoub Mansour (Almohades) est en ruine et il ne reste plus de ses splendeurs que des vestiges.
Les intellectuels de Marrakech souhaitent engager la réflexion sur sa reconstruction

ELLE dispose d’une double distinction internationale, mais n’a pourtant pas réussi à sauvegarder son identité historique. Déclarée patrimoine mondial de l’Unesco en 1985 de par son architecture, Marrakech a aussi vu son héritage oral obtenir une reconnaissance en 2001 par la même instance. Pourtant, ce capital est en péril, selon les intellectuels et les historiens de la ville. Marrakech a cumulé à travers les dynasties qui l’ont gouvernée depuis les almoravides jusqu’à l’époque des alaouites, un patrimoine riche et diversifié en terme architectural, urbanistique, et artisanal qui est actuellement menacé aussi bien par les facteurs naturels qu’humains, s’inquiète Jaafar Kansoussi, président de l’association Al Munya et ex délégué régional du ministère des Habous. «Plus que jamais, la médina qui abrite la grande partie de ce patrimoine a besoin d’être aménagée». Marrakech compte quelques 900 sites historiques et la médina abrite le plus gros lot. On compte dans la vieille ville plus de 179 mosquées historiques et 250 mausolées dont une partie est en détérioration sans parler des fameux palais qui font l’histoire de la ville. Force est de constater que les monuments sont gérés de manière mécanique et sont relégués à l’arrière-plan d’une gestion administrative. Sur le terrain, les monuments les plus visités par les touristes disposent d’une logistique quasi absente. Mieux valorisé ce patrimoine et ces monuments représenteraient pourtant un sacré levier économique. «De nombreuses villes du monde l’ont compris et misent sur ce lien avec l’Histoire pour attirer les voyageurs amateurs de vestiges et de traces de civilisations anciennes», souligne Mohamed Morabiti artiste peintre marrakchi.
Les habitants de Marrakech n’ont malheureusement pas encore intériorisé l’importance de ce patrimoine et sa valeur identitaire et même commerciale, confirme Kansoussi. L’association qu’il préside relance le débat sur la préservation des trésors de la médina et tire la sonnette d’alarme sur «la régression dramatique du patrimoine et des sites historiques». C’est que les efforts menés ici et là tantôt par la municipalité, tantôt par le ministère des Habous ou encore à l’initiative du ministère de la Culture se font sans aucune coordination. De même, certains dossiers de sauvegarde ne sont même pas sortis des tiroirs de leurs auteurs.
De l’avis de l’architecte Mohamed Belmejjad, l’état actuel de plusieurs lieux historiques est désastreux et alarmant et a besoin d’interventions rapides. Dar Si Said, Smata, Menara… la liste est longue. Le mausolée où repose depuis neuf siècles Youssef Ibn Tachfine le fondateur de Marrakech est lui-même dans un état indigne de l’histoire de la ville. Des clochards l’ont tout simplement transformé en urinoir. Les mausolées de Sidi Hamza Kamel et de Sidi Youssef ben Ali (les 7 saints) ne sont pas mieux lotis et font office de gîte pour des SDF. Des scènes assez fréquentes dans une ville qui choquent d’ailleurs les visiteurs confirme Jamal Essadi, président de l’association des guides de Marrakech: «Montrer un patrimoine délabré aux touristes est à chaque fois un supplice pour les guides. Nous avons alerté à plusieurs reprises les autorités et les élus, réclamant vainement une intervention concrète». Outre la restauration des sites, il faut travailler sur l’animation de ces lieux, estiment les intellectuels de la ville.
On a beau avoir l’un des patrimoines culturels les plus riches, on ne sait pas encore comment le valoriser, et surtout comment le rentabiliser. Aujourd’hui, architectes et chercheurs poussent la réflexion encore plus loin. Ils militent en faveur du lancement d’un immense chantier de restauration, voire même de reconstruction, d’un site emblématique comme celui du palais Badii à même d’offrir une animation culturelle pour la ville. Ce palais construit entre 1578 et 1603 par Yacoub Mansour (dynastie des Almohades) est en ruine et il ne reste plus de ses splendeurs que des vestiges. «Pourtant, il existe des plans de base conservés au Vatican qui nous permettraient de faire renaître ce palais des cendres comme ce qui a été fait par de nombreux autres pays», indique Kansoussi. Reste la volonté d’engager une démarche participative qui ouvrirait le chemin vers une véritable préservation ou continuer à ignorer les vestiges du passé.

Quel sort pour Dar Bacha?

L’arrivée d’un certain nombre de résidents étrangers qui ont investit la médina reprenant ses riads et ses douirias abandonnés par les habitants autochtones a, certes, permis de préserver le cachet traditionnel. «Mais il y a eu aussi de nombreuses démolitions par méconnaissance de l’histoire des demeures», souligne Kansoussi. L’intervention des privés dans les restaurations de lieux publics à plus au moins réussi comme fut le cas de la medersa et le musée Ben Youssef gérés par la fondation Omar Benjelloun. En revanche, le musée crée par Patty Birch à Dar Bacha est fermé depuis le décès de cette mécène américaine, privant la ville d’un de ses sites les plus remarquables.

Remparts: Les entrepreneurs travaillent à leurs frais!

CE qui est valable pour les monuments à l’intérieur de la médina l’est aussi pour les murs de la cité ocre, qui menaçaient ruine. Marrakech s’enorgueillit de ses remparts érigés sur plusieurs décennies avec 202 tours et 10 portes prestigieuses permettant l’accès à la vieille ville, mais ce n’est qu’en 2011 qu’un véritable plan d’intervention doté d’un budget de 24 millions de DH a été mis en place pour les restaurer. Enfin une initiative louable au lieu du colmatage de brèches qui a prévalu pendant des années.
Les travaux devaient être achevés en 2012, mais c’était sans compter l’état délabré des remparts et les problèmes de délais de paiement et de reconnaissance des travaux. Les trois sociétés retenues pour ce marché ont dû avancer leur propres deniers durant un an de chantier sans être payées. Il leur a fallu arrêter les travaux, pour être enfin rémunérées. Aujourd’hui, le chantier n’est qu’à 40% de réalisation et doit reprendre en septembre, indique Mohamed Bichara, patron de MBR, une des sociétés chargées des travaux de restauration. «Espérons que cette fois-ci les délais de paiement fixés par la commune soient respectés». D’après lui, les entreprises ont perdu beaucoup d’argent en immobilisation de matériel et de frais de personnel.

 

Badra BERRISSOULE

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