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    Enquête

    Patrimoine islamique en péril
    «Personne ne réalise l’importance ni identitaire ni même commerciale»
    Entretien avec Jaâfar Kansoussi, président de l’association

    Par L'Economiste | Edition N°:3857 Le 31/08/2012 | Partager
    Pas de coordination entre les 3 ministères concernés et pas de plans de sauvegarde
    Des édifices restaurés qui retombent vite dans la désolation
    Historiens et intellectuels appellent à s’éloigner du concept de ruine

    «Notre patrimoine n’est pas réellement au centre des préoccupations alors qu’à quelques kilomètres en Espagne, le patrimoine arabo-musulman est traité avec beaucoup d’égard, devenant ainsi une source de richesse», regrette Kansoussi

    Jaâfar Kansoussi accomplit un travail culturel d’envergure dans le cadre associatif depuis plusieurs années. Cet ancien délégué régional du ministère des Habous est aussi président de l’association Al Munya qui relance le débat sur la nécessité d’un plan de protection du patrimoine islamique et culturel de la médina de Marrakech. Selon lui, et c’est vrai, la ville n’a pas de monuments somptueux à offrir à ses visiteurs. Les plans du palais Badii existent au Vatican, et de nombreux ouvrages d’auteurs marocains décrivent dans le détail le contenu de ce palais… Il faut juste de la volonté, les moyens suivront.
    - L’Economiste: Vous venez de relancer le débat sur la protection du patrimoine culturel et islamique de Marrakech. D’abord quel est l’état des lieux?
    - Jaâfar Kansoussi: La situation est préoccupante. La médina de Marrakech se démarque par une double déclaration en tant que patrimoine mondial de l’Unesco, mais on a l’impression que ce ne sont que des titres, car elle fait face à une destruction accélérée de son patrimoine. Il y a eu de tristes interventions sur des sites qui font -selon les normes de l’Unesco- que ce qui était patrimoine ne l’est plus.  Pour des raisons illogiques, les autorités ont introduit du béton dans les jardins historiques de la Ménara. Et je crains que si l’on ne stoppe pas ces interventions, on ne perde tout notre patrimoine.
    L’exemple de Jamaâ el Fna est édifiant. Avec la prolifération du nombre de restaurateurs au détriment des hlaïquias, la place finira par perdre son titre de patrimoine oral pour lequel nous avons mobilisé le monde entier. 
    - Il y a eu tout même des interventions et des restaurations qui ont sauvé des sites….
    - Hélas, les monuments restaurés retombent vite dans la désolation en l’absence d’une véritable stratégie de protection. Les différentes parties intervenantes dans la restauration compliquent aussi les choses. Les monuments à caractère religieux sont du ressort du ministère des Habous qui intervient à ce niveau.
    La restauration des murailles et les aménagements au sein de la médina sont du ressort du conseil municipal. Les riads et les palais reviennent au ministère de la Culture, avec une absence de coordination entre les trois départements. Le plus malheureux, c’est que ni les élus ni les organismes publics n’ont réellement intériorisé l’importance de ce patrimoine et sa valeur identitaire et même commerciale. En réalité, le patrimoine et la médina ne sont pas réellement au centre des préoccupations alors qu’à quelques kilomètres en Espagne, le patrimoine arabo-musulman est traité avec beaucoup d’égard devenant une source de richesse. Chez nous, même les interventions du privé n’ont pas été suffisamment cadrées.

    - Vous tirez visiblement un bilan négatif de l’intervention des propriétaires de maisons d’hôtes…
    - Personne n’a encore pu analyser l’apport de ces interventions. Ce qui est sûr, c’est que l’on a détruit des maisons d’une grande valeur historique à la faveur de transformations selon les goûts des acquéreurs. Ailleurs, on ne permet pas la vente d’une maison de 90 ans. Ici, ce sont des maisons datant de deux siècles qui ont été cédées et transformées sans que l’administration ne mette au moins des règles à respecter. Mais les nationaux ont fait pire en transformant de magnifiques fondouks en kissarias (galeries).
    - Que suggérez-vous pour redonner de l’aura aux sites historiques de Marrakech?
    - Une politique de restauration, mais surtout l’animation. Sans celle-ci, ces sites ne sauraient être mis en valeur. Or, on constate que la tendance actuelle est de garder les lieux historique en état de ruine sans aucune valeur ajoutée. Le palais Bahia par exemple (la maison du vizir Ba Ahmad), un bijou historique, est inutilisé alors qu’il aurait été plus judicieux de l’animer au lieu de garder ses salons désespérément vides. Il existe pourtant une association Diwan Al Bahias, créée il y a plusieurs années, pour en faire un centre de rencontres culturelles. Mais la volonté des pouvoirs publics n’existe pas. Idem pour le palais Badii. Aujourd’hui, nous menons une consultation impliquant intellectuels, architectes, historiens pour lancer le débat de la reconstruction à l’identique du palais Badii. Il faut l’éloigner de l’image d’un château en ruine surtout que Marrakech n’a pas de monuments somptueux à offrir aux visiteurs. Il se trouve aujourd’hui que nous avons des documents d’auteurs marocains qui décrivent au détail près le contenu du palais à l’époque et nous avons aussi les vrais plans du Badii conservés au Vatican. Ils avaient été exécutés par un maître marbrier italien qui avait travaillé pour l’édification de ce palais. Il n’y a pas de raison que les monuments de Marrakech restent condamnés au mépris.

     

    Propos recueillis par Badra BERRISSOULE

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