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Les Etats-Unis ont déjà perdu la guerre du Moyen-Orient
Par le Pr Mohammed Larbi BEN OTMANE

Par L'Economiste | Edition N°:1801 Le 30/06/2004 | Partager

L’administration américaine perd toute intelligence devant les situations compliquées. Elle y perd son sens pratique, son empirisme et même son âme. Par la même occasion, elle perturbe et crée le chaos partout autour d’elle.. Mémoire sélectiveHistoriquement, en effet, il s’avère qu’il convient aux Américains des situations simples, primaires, linéaires et justes. Ils sont plutôt à l’aise lorsque le blanc est incontestablement blanc, le noir n’est que noir et que le Bien est nettement distingué du Mal. Dans ce type de situations simples et tranchées, ils sont d’autant plus à l’aise qu’ils en sortent gagnants.Ils sont ainsi sortis victorieux des guerres de décolonisation de Cuba et des Philippines à la fin du XIXe siècle. La cause était juste. Ils ont gagné la première et la deuxième guerres mondiales. La cause était tout aussi entendue puisque c’était le combat pour la justice et la liberté. Et il en était de même contre l’apartheid ou durant la Guerre froide. L’injustice et la dictature étaient clairement d’un côté; de l’autre était la recherche de l’égalité et de la démocratie. Ces combats ainsi livrés au nom d’idéaux incontestables en arrivaient à occulter même la démarche impérialiste et la recherche d’intérêts ultrarentables. Bien qu’il ne s’agisse jamais de combats désintéressés ou livrés par pur humanisme mais bel et bien par calcul bien compris, les Américains s’en sortaient avec les honneurs. Il en est qui en sont restés bien béats depuis.Par contre, devant des situations compliquées ou injustes, devant des combats où ils cachent, un temps, leurs objectifs véritables et inavoués ou lorsqu’ils procèdent par démagogie et tromperies en croyant -ce qui est un comble- être plus intelligents que leurs adversaires, ils perdent assez vite leurs moyens et leur âme malgré leur incomparable puissance. Leur vulnérabilité devant l’injuste et le compliqué est sans limite. C’est ce qui s’est passé en Corée, au Vietnam, en Somalie et c’est ce qui est en train de se passer en Irak, et dans une moindre mesure, en Afghanistan. Partout, cette incomparable puissance n’est pas parvenue à s’imposer; et comme dans les exemples de la Corée, du Vietnam, et de la petite Somalie, elle finira dans une impasse inéluctable et dramatique en Irak. Elle finira par plier bagage. Cela se fera sans doute sans gros dégâts pour elle. Les Américains finiront certainement par oublier la guerre de Bush II plus vite que le reste du monde. Côté mémoire, en effet, l’Amérique est très sélective.L’Irak de son côté, malgré l’humiliation, en sortira meurtri... mais un peu plus fier et libéré d’une dictature innommable. . Où réside l’erreur?Mais alors, si l’Amérique est parvenue à débarrasser le peuple irakien de cette dictature abjecte, où résidait son erreur? N’a-t-elle pas fait œuvre utile en déclarant cette guerre à un despote? A part Bush II et une minorité de ceux qui trouvent intérêt dans sa politique impériale, il ne doit pas y avoir grand monde aujourd’hui pour y croire. Et c’est là justement où réside l’erreur tout aussi abjecte de cette politique. C’est que, au nom de la libération du peuple irakien, Bush II a déclaré une guerre qui visait d’autres objectifs occultés, nondits et donc inavouables. Les causes véritables de la guerre d’Irak sont trop connues. Elles ont pour nom la mainmise sur la richesse pétrolière, la domination géostratégique d’une région particulièrement sensible, la convergence d’intérêts avec l’Etat d’Israël, la nouvelle idéologie néoconservatrice qui rapproche dangereusement les extrémismes israéliens et américains.Or, aucun de ces objectifs ne peut être accepté par les peuples de la région. Ni la mainmise sur leur seule richesse nationale, ni surtout la domination par une puissance étrangère qui plus est se présente comme l’allié inconditionnel de l’ennemi israélien.Et c’est cela avant tout que les Américains semblent incapables de comprendre. Ils veulent apparaître comme des libérateurs mais en même temps et de façon constante agissent au quotidien comme le plus parfait soutien et allié de l’ennemi. Et ce n’est pas n’importe quel ennemi: les images le montrent tous les jours en train de tuer, de bombarder, de détruire, d’occuper, d’arracher et d’humilier.. La confusion des rôlesCette situation place l’administration américaine devant une situation humaine trop complexe pour y voir clair. Alors qu’en fait, elle est d’une clarté limpide pour les peuples de la région.En s’alliant avec Israël, les Américains s’allient avec une cause injuste. Et plus ils persévèrent et copient sa manière de faire à l’égard de l’ennemi (voir The Iron Wall, Israel and the Arab World de Avi Shlaim), plus ils contribuent à radicaliser le refus contre leur présence dans toute la région. Car l’image qui semble refléter la position des peuples de la région à l’égard d’Israël et qui les pousse à se radicaliser encore plus est la suivante. La Palestine est considérée comme le vécu d’habitants propriétaires de leur demeure qui ont eu à souffrir de l’intrusion d’un occupant. Cet occupant, non content de s’accaparer du milieu et des plus belles parties de la demeure, a continué son expansion et son implantation par la violence et la guerre inégale, au point de ne laisser aux propriétaires légitimes que la marge de la pauvreté, de l’exil, de l’exclusion et de la haine.Etre l’allié de cet occupant violent et arrogant ne peut être compatible avec le rôle de libérateur que les Américains ont voulu jouer en Irak. Si tant évidemment la préoccupation de libérer ait pu un jour exister et si tant surtout leur comportement ait pu apparaître par moment au moins, autre que celui d’un affreux belligérant. Bien au contraire, leur armée d’occupation n’a exclu ni la torture ni l’humiliation. Inacceptable et crapuleux. Le chef de guerre américain lui-même qualifiera l’innommable de «répugnant». C’est ce qui explique aussi que leur initiative dite du «Grand Moyen-Orient» rencontre toutes les difficultés du monde à être acceptée par les Etats de la région. Jamais initiative américaine n’a fait une telle unanimité contre elle dans cette partie du monde pourtant gouvernée par des potentats qui rarement se sont montrés récalcitrants. Le refus sonore était possible parce que les Américains ont trop affaibli leur position. Et presque bizarrement, ils n’ont pratiquement pas réagi ouvertement au rejet de leur initiative, sauf quelques tentatives timides lors, par exemple, du dernier sommet du G8.Or, celle-ci n’était pas totalement infondée. Il y est question de quatre axes: promouvoir la démocratie dans les pays de la région, accorder plus de considération aux droits de l’homme, consacrer l’intégration de la femme et enfin favoriser l’émergence de la société civile.Les mêmes Américains qui ont pu, il y’a quelque temps, imposer, même indirectement, partout les programmes d’ajustements structurels n’ont pas pu obtenir aujourd’hui d’instaurer ce «programme d’ajustement politique» (PAP). Il est vrai que le PAS touchait surtout les classes moyennes et les pauvres. Pour les résultats que l’on sait. Ce nouveau PAP risquait lui de toucher plutôt les pouvoirs des gouvernements. Il devenait ipso facto «diabolique» et fut qualifié de scandaleux parce qu’il est imposé de l’extérieur. Seule une conjoncture extrêmement difficile durant ces derniers jours a pu adoucir leur opposition inattendue. En mettant en œuvre ce PAP, les Américains pourtant auraient pu faire œuvre très utile. Hélas, ils ont compliqué à outrance leur statut au Moyen-Orient pour pouvoir aujourd’hui imposer une aussi grande réforme. Ils ont surtout complètement failli en détournant leurs yeux et leurs moyens de la Palestine qui est la véritable clé du retour de la paix dans la région. En perdant ainsi leur crédibilité, les Américains ont perdu la paix, la possibilité de promouvoir la réforme des régimes politiques de la région et peut-être même la bataille contre les radicalismes.La majorité d’entre eux finiront sans doute par se rendre compte que jamais ils ne rencontreront le chemin de la paix au Moyen-Orient sans que justice ne soit rendue au peuple palestinien. Aujourd’hui, il n’est même pas envisageable que leur allié leur laisse la possibilité ne serait-ce que d’y penser. . Mohammed Larbi BEN OTMANE:Professeur-chercheur à la Faculté de Rabat, Mohamed Larbi Ben Othmane, a été membre du cabinet du ministre des Finances dans les années 1980-1990. Il a participé et présidé diverses commissions ministérielles (restructurations du secteur public, contrats-programmes, privatisations…). Il a été aussi membre du CNJA. Ben Othmane est un spécialiste du droit social

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