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La tuberculose serait-elle originaire de Casablanca?

Par L'Economiste | Edition N°:1918 Le 16/12/2004 | Partager

. C’est ce que suggère une récente étude menée par des chercheurs marocains et français . 30.000 cas sont enregistrés chaque année dans la métropoleLa tuberculose est-elle casablancaise? En tout cas, c’est ce que viennent de découvrir des chercheurs français de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et de l’Inserm, en collaboration avec l’Institut Pasteur du Maroc. Ils ont récemment analysé la diversité génétique et la structure d’une population de M. tuberculosis isolée dans la capitale économique. Ces travaux d’épidémiologie moléculaire, qui permettent de comprendre l’origine et la transmission de la maladie à Casablanca, apportent également des connaissances générales sur le comportement biologique et clinique de cette mycobactérie.La tuberculose tue chaque année environ trois millions de personnes dans le monde. Elle est en particulier à l’origine de la mort de plus d’un tiers des personnes infectées par le VIH qui, en raison de la baisse de leur immunité, s’avèrent particulièrement sensibles. L’agent responsable est une bactérie de l’espèce Mycobacterium tuberculosis, appelée aussi bacille de Koch, du nom du scientifique qui l’a découverte en 1882.Aujourd’hui, l’épidémiologie moléculaire, à travers le développement de différentes méthodes de caractérisation du génome de M. tuberculosis, a favorisé la compréhension de la transmission et la lutte contre la tuberculose. Cependant, peu de données génétiques sont actuellement disponibles dans les pays du Sud, où cette maladie constitue souvent un problème majeur de santé publique. Au Maroc, malgré une infection au VIH encore peu préoccupante et l’application depuis 1991 de la stratégie DOTS de l’OMS, l’incidence de la tuberculose reste élevée. En effet, environ 30.000 nouveaux cas sont enregistrés chaque année. Des chercheurs de l’IRD et leurs partenaires ont étudié la diversité génétique et la structure d’une population marocaine composée de 150 souches de l’espèce M. tuberculosis. Ces souches proviennent de 150 personnes atteintes de tuberculose pulmonaire vivant à Casablanca, qui totalise à elle seule un cinquième des cas de tuberculose déclarés au Maroc. Deux techniques moléculaires indépendantes et complémentaires ont été appliquées aux échantillons prélevés. La première emploie des marqueurs génétiques généralistes qui permettent d’analyser la diversité génétique de la population considérée, mais aussi de comparer la diversité génétique de l’espèce pathogène M. tuberculosis avec celle d’autres micro-organismes. La seconde, qui est la technique la plus récente utilisée pour caractériser le génome de M. tuberculosis, fait appel à des marqueurs spécifiques de cette mycobactérie, adaptés à l’identification des différentes souches isolées.Les analyses statistiques réalisées à partir des données obtenues sur la population étudiée montrent que celle-ci présente une structure clonale. En d’autres termes, les souches qui la composent se comporteraient et évolueraient globalement comme des clones naturels stables dans le temps.Par ailleurs, l’analyse des profils génétiques des différentes souches révèle une importante diversité génétique au sein de la population. Il s’agit là d’un résultat inattendu, car les populations de M. tuberculosis provenant de pays à forte incidence de la maladie, comme c’est le cas au Maroc, sont généralement peu polymorphes. Or, le polymorphisme obtenu s’observe entre les souches d’une même préfecture de la ville de Casablanca, entre celles prélevées la même année et souvent entre celles issues d’une même famille infectée. La population étudiée se composerait par conséquentde nombreux clones circulants.L’ensemble de ces résultats suggère une origine ancienne de la tuberculose à Casablanca. Aucun profil génétique n’étant majoritairement représenté, la transmission de la maladie se ferait par la réactivation de souches préexistantes, latentes, plutôt que par des transmissions récentes de nouvelles souches.


Contamination

Le fait que plusieurs souches génétiquement différentes puissent affecter les membres d’une même famille montre que la contamination, dans ce contexte de forte incidence de la tuberculose, s’effectue également en dehors du foyer familial. Des renseignements importants sur le comportement biologique, clinique et épidémiologique de cette mycobactérie, notamment en termes d’identification et de traitement des différentes sources de contamination, sont ainsi apportés.Jusqu’alors, aucune étude génétique n’avait été réalisée au Maroc sur les populations de M. tuberculosis. Le travail réalisé sur l’échantillon prélevé à Casablanca apporte donc les premiers éléments de compréhension de la transmission de la tuberculose dans cette zone. Synthèse L’Economiste

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