×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Economie

Fonction publique: Comment drainer de vraies compétences?

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5863 Le 13/10/2020 | Partager
Rappel royal de l’urgence de la révision de la procédure de nomination
Un prérequis de la réforme globale de l’administration publique
Le projet de Benabdelkader disparaît des radars

A l’heure où le Maroc nourrit l’espoir d’une relance économique, et à plus  long terme d’un nouveau modèle de développement, il doit pouvoir compter sur une administration publique forte. Une administration qui s’appuie sur des compétences solides et pleinement engagées dans la dynamique de changement.

fonction-publique-1-063.jpg

Six fonctionnaires sur dix travaillent au sein d’un ministère, 22,3% dans un établissement public et 17,7% dans des collectivités territoriales. Les administrations centrales des ministères sont souvent surpeuplées

Lors de son discours vendredi dernier, à l’occasion de l’ouverture du Parlement (première session de la 5e année législative de la 10e législature), le Roi a insisté, une nouvelle fois, sur la nécessité «d’une réforme profonde des critères et des procédures de nomination aux postes supérieurs».

Ceci, dans le but «d’inciter les compétences nationales à intégrer la fonction publique et à la rendre, in fine, plus attractive». Une mesure qui rentre dans le cadre du méga chantier de la réforme de la fonction publique, que de nombreux gouvernements n’ont pas réussi à faire aboutir.

Avant de quitter le ministère chargé de la Réforme de l’administration et de la fonction publique en octobre 2019, Mohamed Benabdelkader  portait le projet ambitieux d’un nouveau modèle d’administration, avec une refonte des statuts de la fonction publique, restés inchangés depuis 1958. Il avait avancé un échéancier précis pour la révision du cadre législatif, s’étalant sur la période allant de novembre 2019 à mars 2021. Sauf qu’il quittera son poste un mois avant le démarrage du processus. Son portefeuille sera intégré au ministère des Finances. Depuis, peu d’avancées ont été réalisées, hormis un projet de décret relatif au télétravail dans les administrations publiques, imposé par la pandémie Covid-19, transmis au SGG.

Le projet insiste sur la culture de la compétence. Il propose la mise en place d’une agence indépendante chargée du recrutement de profils dans les hautes fonctions. Un mode opératoire qui permettrait de couper court aux pratiques observées depuis 2012, date d’entrée en vigueur de la loi sur les nominations dans les emplois supérieurs. Selon ce modèle, ce sont les ministres qui tirent les ficelles du recrutement. Beaucoup ont été tentés de choisir des profils dans les rangs de leurs partis. Le mérite et l’égalité des chances sont donc loin d’être les principaux critères de sélection.

Sureffectifs, culture rentière, faible rendement…

fonction-publique-2-063.jpg

Quelque 69.360 fonctionnaires partiront à la retraite d’ici 2024. L’Education nationale, l’Intérieur et la Santé sont les plus concernés par ces départs. Les plus de 50 ans sont la deuxième plus grande tranche d’âge de la fonction publique, avec une part de 33,8%.

C’est tout le système de recrutement et de gestion de carrière des fonctionnaires qui est aujourd’hui à revoir. «L’administration marocaine aborde un tournant majeur», avait relevé le Roi en février 2018, au Forum national de la haute fonction publique, qui s’est tenu à Skhirate. Le Souverain y avait bien souligné les tares de la fonction publique: un faible potentiel en compétences et en créativité, un rendement insuffisant, l’absence d’une bonne gouvernance administrative..., tout en insistant sur un changement de mentalité, et une rupture avec les «pratiques inavouables», telles que la corruption, la prévarication, l’abus de pouvoir et l’absence de discipline dans l’exercice professionnel.

Le Roi met le doigt là où ça fait mal. Dans son discours d’ouverture du Parlement en octobre 2016, le monarque avait relevé d’autres carences qui rongent l’administration publique, comme l’absence du sens des responsabilités chez de nombreux fonctionnaires, une culture rentière considérant la fonction publique comme un «abri» garantissant un salaire sans reddition de comptes, ou encore, la pléthore d’effectifs.

«Dans ma direction j’ai une bonne partie de fonctionnaires dont la présence est tout bonnement inutile», confie le directeur d’un département ministériel. «Il existe des présidences d’université employant une centaine de personnes. Cet effectif est largement exagéré», témoigne le directeur d’un établissement universitaire. Pendant des années, l’administration marocaine a recruté à tour de bras pour acheter une certaine paix sociale, au détriment de son efficience. Difficile actuellement de dégraisser, face à une pression sociale et syndicale à son comble.

Le nouveau rappel royal permettra-t-il d’accélérer la réforme? La situation ne cesse de s’aggraver, surtout depuis la grande opération de départs volontaires du début des années 2000, qui a vidé l’administration d’une bonne partie de ses compétences, sans compter le risque démographique, avec des départs à la retraite qui s’accélèrent.

                                                                 

Recruter à tout âge dans la fonction publique?

Transformer le recrutement.La mère des réformes interpelle désormais le gouvernement après les dernières injonctions du discours royal.

Pour révolutionner ses pratiques RH et attirer les talents, l'administration doit faire sauter un premier verrou: supprimer la limite d'âge pour l'accès aux concours de la fonction publique. Une barrière qui a été levée dans de nombreux pays (la France l'a fait depuis une quinzaine d'années) qui ont bien compris son double intérêt.

D'abord qu'il était important de s'engager dans de véritables politiques de mobilité privé-public car c'est la voie la plus rapide pour attirer des profils d'un certain âge en capitalisant sur leurs expériences. Ensuite  que l'obligation de la limite d'âge pour l'accès à la fonction publique ne se justifiait plus à l'heure du grand débat sur le financement de la retraite et qui pousse inévitablement à retarder l'âge de sortie au-delà de 60 ans...

Compte-tenu de pesanteurs et rigidités persistantes, la fonction publique marocaine va sans doute devoir se faire violence pour s'ouvrir au recrutement en cours de carrière...

Ahlam NAZIH      

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc