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Le secteur du médicament, grand oublié de la préférence nationale?

Par Ali SEDRATI | Edition N°:5855 Le 01/10/2020 | Partager

Ali Sedrati est président de l’Association marocaine de l’industrie pharmaceutique (AMIP)  

A l’heure où s’ouvre le débat sur la production nationale et les mesures d’accompagnement des opérateurs économiques du pays, il existe un grand oublié de la sphère publique qui a pourtant fait preuve d’un volontarisme sans faille, particulièrement à l’ère du coronavirus. En effet, bien que l’industrie pharmaceutique nationale ait fait preuve de responsabilité et d’engagement, contribuant à la gestion de la pandémie de manière plus sereine en lui évitant d’être tributaire d’un contexte international tendu; le secteur ne bénéficie pourtant pas d’un soutien suffisant pour se positionner sur le marché public national et remplir pleinement sa mission prioritaire.

Dans le contexte exceptionnel de la pandémie du Covid-19, les opérateurs de l’industrie pharmaceutique marocaine se sont mobilisés massivement pour accompagner l’effort national et garantir aux Marocains l’accès aux soins dans les meilleures conditions, sans enregistrer de ruptures, de pénuries ni de hausse des prix.

Préférence nationale

Un défi accompli par l’industrie pharmaceutique marocaine et les quelque 50.000 hommes et femmes qui travaillent dans ce secteur clé du paysage économique national qui représente en 2019 près de 16 milliards de dirhams. Une semaine après la diffusion d’une circulaire du chef du gouvernement adressée aux ministres, comprenant les nouvelles consignes relatives à l’activation de la préférence nationale en matière de marchés publics, les professionnels du secteur peinent toutefois à cacher leur déception.  Si le texte n’exclut pas l’industrie pharmaceutique du cadre de la «préférence nationale», il n’aura cependant presque aucune incidence sur le marché du médicament vu sa spécificité.

Malgré sa dimension particulière, le médicament a toujours été traité comme n’importe quel autre produit du commerce. Des bonbons aux limonades en passant par la cartouche d’imprimante, aucun statut spécial ne vient soutenir l’industrie nationale du médicament qu'il convient de sanctuariser, plus que jamais, en ces temps de crise. Pire encore. Alors qu’est en train de se mettre en place une politique protectionniste pour permettre aux entreprises marocaines de surmonter la crise économique, l’importation continue de bénéficier d’une marge supplémentaire de 10%, par rapport aux produits fabriqués localement alors même que les finances publiques sont sous une tension extrême.

Résultat: une régression préoccupante de la part de la fabrication locale au profit de médicaments importés qui se poursuit malgré la présence chez nous des compétences, du savoir-faire et de la technologie nécessaires pour assurer une meilleure autonomie dans le domaine. Notons que l’industrie pharmaceutique marocaine assurait 80% de la consommation nationale en médicaments dans les années 90, alors qu’aujourd’hui environ 50% de nos médicaments sont importés. Est-ce véritablement ce que nous voulons pour notre pays? Bien entendu, la notion de préférence nationale est un principe que nous soutenons fortement. Toutefois, selon l’AMIP, association professionnelle de référence qui accompagne le développement du secteur depuis plus de 35 ans, il semble évident que les mesures proposées ne sont pas à la hauteur des ambitions d’une industrie qui dispose de tous les atouts pour devenir un champion régional et pourrait reproduire la «success story» que le Royaume a enregistrée avec l’industrie automobile. Il semble évident que la préférence nationale concernant le médicament devrait s’appliquer sur les produits fabriqués localement contre ceux importés, quand il est possible de choisir. Il s’agit ici d’une nuance de taille par rapport au texte émis par le chef du gouvernement et qui favorise les entreprises nationales de manière générale.

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«Malgré sa dimension particulière, le médicament a toujours été traité comme n’importe quel autre produit du commerce. Des bonbons aux limonades en passant par la cartouche d’imprimante, aucun statut spécial ne vient soutenir l’industrie nationale du médicament qu’il convient de sanctuariser, plus que jamais, en ces temps de crise» (Ph. L’Economiste)

Malheureusement le constat est que nous sommes loin de ces mesures vu que le produit importé bénéficie toujours de 10% supplémentaire sur son prix public et ceci par décret de loi. Bien qu’encourageante, la réforme entamée pour les marchés publics n’est, selon nous, pas suffisamment ambitieuse et n’aura aucune répercussion sur le secteur du médicament, puisqu’elle n’annule pas la marge supplémentaire de 10% des médicaments importés.

Une révision de la procédure de fixation des prix pour les médicaments devient une nécessité impérieuse, particulièrement pour les produits importés à travers la suppression immédiate de cette marge qui porte préjudice à notre économie, accompagnée de mesures préférentielles pour ceux produits localement. L’objectif  étant d’appuyer l’autonomie sanitaire, favoriser les génériques et de soutenir les entreprises locales qui deviendront, de fait, plus compétitives à l’export.

                                                                                

Accompagner l’émergence d’un champion national

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Tous les efforts ne seront véritablement efficaces que si le système de santé se développe dans son ensemble, notamment à travers l’élargissement de la couverture et la généralisation de l’usage des médicaments génériques pour permettre à une plus grande partie de la population d’accéder aux soins.  L’objectif de cette démarche est de donner aux industriels du secteur les outils pour être les champions de demain et relever les défis qui s’offrent à eux.

En s’appuyant sur une position géographique avantageuse aux portes de l’Afrique et des écosystèmes de pointe en matière de logistique, de transport et de technologie ainsi qu’une expertise reconnue à l’international et certifiée par l’OMS qui classe le Maroc dans la zone «Europe», le Royaume dispose d’une carte à jouer dans un contexte extrêmement complexe où il est à même d’assurer la sécurité et la prospérité sanitaire de toute la région. Dans le peloton de tête de l’industrie pharmaceutique du continent, l’élan du secteur, qui exporte désormais 17% de sa production, devrait être encouragé par des mesures incitatives, qui accompagneraient les opérateurs nationaux et internationaux dans l’investissement et la fabrication locale, aussi bien des produits d’innovation que des médicaments génériques. De fait, le temps est venu de miser sur nos compétences et notre industrie nationale ainsi que tous les opérateurs étrangers qui investissent au Maroc.

Pour rappel, les membres de l’AMIP investissent chaque année plus de 800 millions de dirhams dans l’outil industriel, la formation du personnel marocain, l’innovation technologique ou encore l’écologie. Une politique qui aura comme conséquences directes, d’équilibrer la balance économique notamment en réduisant l’importation de médicament, d’assurer la souveraineté sanitaire du Royaume et de participer à l’émergence d’un secteur disposant de la taille critique pour imposer le médicament «made in Morocco» comme un produit contribuant à la fois à l’amélioration de la santé de nos concitoyens et à la prospérité du pays.

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