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    Analyse

    Startup: L’envers du décor

    Par Amin RBOUB | Edition N°:5624 Le 29/10/2019 | Partager
    De vent, du mythe et des effets d’annonce
    La vallée de la mort et la traversée du désert des jeunes pousses
    Les trois quarts des dispositifs concentrés à Casablanca!
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    Startup: L’envers du décor! «Le Maroc est en train de rater le coche de la nouvelle économie et des startups», avait déclaré Salaheddine Mezouar, lors de la 2e Université d’été de la CGEM en septembre dernier.  «Le moteur de l’entrepreneuriat est en panne», relève Samir Benmakhlouf, PhD, ancien patron de Microsoft Maroc et fondateur de la London Academy.

    Ces dernières années, l’anglicisme «startup» est très à la mode au Maroc. Il est pratiquement sur toutes les lèvres dans les salons, agences de communication, tables rondes et conférences de Casablanca et Rabat. En fait, cette movida a démarré il y a 4 à 5 ans au Maroc. Aujourd’hui, il y  une pléthore de dispositifs, d’incubateurs, accélérateurs, hackathons et autres structures d’accompagnement.

    Tout le monde s’y met: patronat, multinationales, banques, grands groupes, opérateurs télécoms, institutionnels, communicateurs, consultants... De plus, il y a beaucoup d’effets d’annonce, de show, de mise en scène, de marketing, d’opérations de com’... Les jeunes porteurs de projets sont sous les projecteurs, à l’instar des stars du show business. Toute une scénographie qui nous rappelle le phénomène de la télé-réalité, la Star Academy...

    L’heure est au bilan. Grosso modo, le Maroc compte plus d’une centaine de startups (140 exactement) une trentaine de structures d’accompagnement, incubateurs... Sauf que pratiquement les trois quarts de ces structures (72%) sont concentrées à Casablanca (voir cartographie). Le reste est à Rabat (7 structures). Il y a donc un réel problème d’inclusion territoriale et de répartition géographique.

    Selon un rapport récent de la Banque mondiale: «L’écosystème est encore embryonnaire avec une couverture assez limitée en dehors de Casablanca». D’après la même étude, «il existe très peu de mécanismes de soutien public ou privé pour aider les entreprises à passer au stade supérieur et à se développer».

    Pour l’ancien patron de Microsoft Maroc, «le constat aujourd’hui est que l’on fait toujours des pilotes, mais on ne généralise pas les projets à grande échelle pour créer l’effet boule de neige. La plupart des jeunes porteurs de projets ne sont pas solvables et soutenables.

    Du coup, ils dépendent de fonds initiaux. Mais une fois le fonds initial épuisé, le projet disparaît dans la nature». Et pour cause, les banques ne suivent pas. Selon Benmakhlouf, «les banques sont réticentes à l’accompagnement de la croissance de ce type d’entreprises atypiques.

    Les organismes financiers recourent souvent au même traitement que pour les entreprises mâtures». Sur le même ordre d’idées, la SFI confirme que le secteur financier marocain n’a pas répondu aux besoins de nombreuses startups et entreprises innovantes et à fort potentiel de croissance dans les premières phases de leur développement.

    En effet, poursuit l’organisation mondiale, les banques exigent des niveaux de garantie supérieurs à 220% en moyenne de la part des petites entreprises. Ce qui est nettement supérieur aux niveaux de garantie dans la région.

    Pour la petite histoire...

    Startup: Une appellation très à la mode. Mais de quoi s’agit-il vraiment?  Par l’anglicisme startup, synonyme de jeune pousse en français, l’on entend une petite entreprise naissante de haute technologie qui présente un potentiel important de croissance. Le terme vient de l’anglais Start (démarrer) et up (pour montrer le potentiel de croissance). Selon Hammad Kassal, universitaire-chercheur, «le phénomène est né dans les années 70 aux Etats-Unis (en Californie, dans la Silicon Valley précisément, qui  est un état d’esprit typique de la Côte Ouest américaine où se sont concentrés les artistes, les hippies, les clubs de motards, les avant-gardistes, l’agitation dans les campus…). Le concept est parti dans un contexte basé principalement sur la liberté d’entreprendre sans entraves. Des initiatives ont été lancées par des jeunes rebelles anti dogmes avec la présence du capital risque et de Business Angels. Il s’agit donc d’un écosystème bien structuré  où le capital, le savoir et les jeunes rebelles sont en communion. Cet écosystème volontaire et dynamique n’existe pas du tout au Maroc».

                                                                                  

    La vallée de la mort...

    Pour les experts de la Banque mondiale, les startups marocaines et les jeunes PME innovantes sont confrontées à la situation classique de... la «vallée de la mort». La traversée du désert correspond à  la période qui s’écoule entre le moment où une jeune pousse reçoit une contribution initiale en capital et le moment où elle génère des revenus.

    Selon la Banque mondiale, le marché manque de financement à partir de l’étape de pré-amorçage (20.000 dollars) jusqu’à l’étape précoce du capital-risque (2 millions de dollars). Du coup, les startups, surtout celles qui sont à leurs débuts, se heurtent à des obstacles juridiques qui en empêchent la survie.

    Certes, le capital-investissement est relativement bien développé au Maroc, mais «le capital-risque et les investisseurs providentiels, notamment les Business Angels, sont rares», constate la SFI. Et d’ajouter, les jeunes pousses ayant besoin de capitaux d’amorçage et de capital-risque reçoivent l’une des «parts les plus faibles» de la région (à peine 6% des investissements réalisés).

    Plus encore, le régime fiscal n’est pas approprié. «La fiscalité n’est pas adaptée aux spécificités des jeunes pousses, lesquelles se retrouvent dès les premières années en porte-à-faux avec le Fisc. Du coup, les bailleurs de fonds deviennent réticents à l’idée d’investir dans des entreprises à risque fiscal», tient à préciser l’ancien patron de Microsoft Maroc.

    Sur un tout autre registre, le constat fait est que les dispositifs et incubateurs se multiplient bon an, mal an, mais ils fonctionnent tous en silo. Or, la logique veut qu’il y ait une structure transversale qui fait jouer des synergies, de la cohérence et surtout de la convergence entre les différents maillons de l’écosystème.

    Et pourquoi pas un fonds d’investissement commun et une base de données partagées pour fluidifier et accélérer le process? «Un fonds d’investissement dédié à accélérer la croissance des startups s’impose. L’enjeu est de comprendre et accompagner ce process de manière soutenable et systémique. Car les procédures établies par les banques sont un frein pour ce type de structures», analyse Benmakhlouf.

    Mais il y a aussi, selon la SFI, les fondamentaux pour créer un environnement dynamique pour l’ensemble de l’écosystème. Autrement dit, résoudre l’équation des délais de paiement, garantir des procédures rapides en cas de faillite ou encore une exécution stricte des contrats et une justice efficace. 

    Justement, «en cas de litige, la justice ne tranche pas rapidement pour faire valoir le droit des jeunes petites entreprises vis-à-vis des grands groupes. Il s’impose donc d’avoir un «Small Business Act» pour protéger les startups dans tous les domaines», préconise Benmakhlouf.

    Amin RBOUB

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