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    Analyse

    Startup: Au-delà des effets d’annonce!

    Par Amin RBOUB | Edition N°:5624 Le 29/10/2019 | Partager
    Le quantitatif l’emporte sur le qualitatif
    Les talents de la diaspora relégués au second plan

    Jusque-là, l’écosystème des startups évolue plutôt dans une logique quantitative plutôt que qualitative. Les projets développés ne sont pas stratosphériques. Les concepts sont généralement basiques, sans valeur ajoutée, faiblement rémunérateurs, dépassent rarement les frontières et ne collent pas au marché international... Les startups marocaines ne sont pas dans les radars mondiaux. «Lorsqu’on cherche le nombre de brevets enregistrés par les institutions qui lancent des incubateurs, l’on ne trouve que du vent», confirme Hammad Kassal, ancien vice-président de la CGEM et professeur-chercheur à Al Akhawayn. 

    «Pour décoller à l’international, il faut avoir une ouverture d’esprit, l’expérience de mener des projets complexes, des profils multidisciplinaires... Malheureusement, les projets qui transcendent les frontières, ceux à forte dose d’innovation et originalité sont très rares, sinon inexistants. Du coup, la plupart du temps, les grands projets sont confiés aux entreprises étrangères qui viennent avec leurs experts, leurs consultants, architectes... Finalement, le savoir-faire et les revenus induits ne restent pas au Maroc», critique Samir Benmakhlouf, ancien patron de Microsoft Maroc.

    Or, le digital est une fenêtre sur le monde. C’est une chance inouïe pour dépasser les frontières. «Il constitue une chance sans précédent pour des pays comme le nôtre afin de rattraper le retard  et réduire la fracture numérique», tient à préciser l’universitaire Kassal.

    A l’origine de cette situation, le système éducatif, le peu d’ouverture sur le monde, l’absence de la culture de prise de risques, le manque d’incitations, l’absence de modèle et de leadership... D’ailleurs, «l’entrepreneur marocain typique est moins instruit que les benchmarks mondiaux... Les étudiants marocains sont encore en retard dans les différentes évaluations standardisées de l’éducation... Le Maroc se classe parmi les trois derniers en mathématiques et en sciences... Il est 53e sur 54e économies pour la formation à l’entrepreneuriat dans l’enseignement primaire», selon le rapport TIMSS (Tendances internationales en sciences et mathématiques). «Notre système éducatif actuel produit des jeunes diplômés trop généralistes pour réussir ailleurs que dans les carrières les plus conformistes», analyse Kassal.

    L’échec: Un drame, une honte

    Aujourd’hui plus que jamais, «investir dans le capital humain est indispensable pour élargir le vivier d’entrepreneurs potentiels au Maroc», recommande la Banque mondiale dans un rapport récent (août 2019). Selon le Global Entrepreneurship Monitor (GEM 2018), «le Maroc fait partie des 7 pays qui doivent se pencher sur plus de la moitié des 12 conditions-cadres qui régissent l’entrepreneuriat».

    Outre le niveau de concurrence et d’accès à de nouveaux marchés, ces conditions focalisent le capital humain, l’enseignement supérieur et la formation professionnelle, l’internationalisation des entreprises, le soutien culturel, les compétences des startups ou encore le capital-risque.

    Pour les jeunes pousses en particulier, il va falloir dynamiser l’écosystème essentiellement par l’éducation et la formation, l’accès au financement (crédit et capital), l’éducation financière, le mentorat, le réseautage et autres solutions de soutien, recommandent les experts.

    L’une des solutions pratiques avancées par la Banque mondiale est la mise à contribution de la diaspora (MRE). Justement, le Maroc compte plus de 5 millions de ressortissants à l’étranger (Etats-Unis, Canada, Australie, Europe, Moyen-Orient, Afrique...). C’est un vivier et un maillage international de compétences et d’expertises multidisciplinaires qui n’est pas suffisamment mis à contribution.

    «Pour la diaspora, l’expérience d’entreprendre au Maroc est souvent dissuasive. Les jeunes qui viennent au  pays d’origine sont confrontés à une lourdeur administrative, bureaucratie... Alors qu’ils évoluent dans un pays d’accueil où l’administration est souple, encourage les initiatives... Au Maroc, ils sont confrontés à la non-transparence, la corruption et blocages de toutes sortes... Autant de désagréments et de freins qui font qu’ils finissent par abandonner et repartir ailleurs», explique Benmakhlouf.

    Par ailleurs, «la diaspora est habituée à évoluer dans un environnement sécurisé sur le plan juridique, où le droit de recours est garanti et où le capital fait confiance aux idées novatrices, sans oublier la qualité de vie... Lorsqu’ils décident d’investir au Maroc,  les jeunes de la diaspora sont confrontés en premier lieu à un système de réseautage, à des clubs fermés, à des considérations et affinités tribales, la bureaucratie...», corrobore l’universitaire Kassal.

    Sur un tout autre registre, culturel cette fois-ci, le profil des jeunes porteurs de projets perçoit «le risque d’échec» comme un drame, une honte ou un inhibiteur», selon une étude réalisée en 2016. Parmi les solutions préconisées par la SFI, la priorité d’intensifier les activités qui favorisent  l’entrepreneuriat, notamment le mentorat, le réseautage tout en continuant à soutenir et développer l’offre de services d’incubation, d’accélération et de développement commercial aux startups.

    La SFI recommande également l’amélioration de l’accès financier et la viabilité des startups en apportant un financement tout au long du cycle de vie des projets. Le crowdfunding (financement participatif) est une piste en plus d’instruments de garantie pour injecter des financements à long terme. Le partage des infrastructures télécoms, la data et le très haut débit sont censés accélérer le déploiement de projets dans le numérique. Ce n’est pas encore le cas!

    Digital Act: «Osons la disruption!»

    Fraîchement créé, Digital Act est un think tank marocain du numérique. Il fait du sujet de l’écosystème des startups digitales marocaines l’un de ses thèmes de prédilection. Ce think tank conçoit que l’innovation est au cœur des enjeux du numérique comme levier de développement humain. Tout en saluant la conscience collective sur l’importance stratégique de développer les startups, Digital Act regrette que le sujet soit «récupéré comme un support de communication par des entités publiques et privées. Il y a une sur-médiatisation des petites initiatives. Organiser des hackathons, offrir des prix, faire de l’incubation, donner quelques bons de commande… C’est bien.  Encore faut-il s’attaquer aux vrais sujets. Les sujets qui fâchent. Il existe tellement de fonds et d’instruments de financement, mais quels sont les impacts de leur intervention et les résultats des projets financés. D’où le besoin de faire un retour d’expériences et un état des lieux réaliste et précis. Il est temps de disrupter notre manière d’aborder les startups et leur développement.

    Amin RBOUB

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