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    Intelligence artificielle: Prendra-t-elle le dessus sur l’Homme?

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5486 Le 02/04/2019 | Partager
    Un potentiel extraordinaire et des prouesses jusque-là impensables
    Opération chirurgicale à distance, stockage de millions de pages en 3 secondes…
    L’intelligence humaine est multiple, pas celle des machines
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    Le cinéma a souvent opposé l’Homme à ses créations technologiques, et alimenté un imaginaire présentant l’intelligence artificielle comme une menace. Pour de nombreux scientifiques, cela reste du domaine de la fiction (Ph. Libre de droits)

    Des algorithmes, une superpuissance de calcul et de la data. Voilà ce dont a besoin l’intelligence artificielle. Grâce aux progrès réalisés au niveau de ces trois ingrédients, l’IA se développe à toute vitesse.

    «La majorité pense à des robots tueurs, des machines qui dépassent l’intelligence humaine et la menacent, à l’apocalypse. C’est une image hollywoodienne», estime Younès Bennani, vice-président numérique de l’Université Paris 13 Sorbonne, Paris Cité.

    Le chercheur marocain, installé en France, reconnu par ses pairs, travaille notamment sur des systèmes numériques dits «connexionnistes», élaborés sous forme de réseaux de neurones artificiels. Il intervenait mercredi dernier à l’Université Mohammed VI des sciences de la santé, lors d’un colloque international sur l’intelligence artificielle dans le domaine de la santé.

    L’IA est déjà partout. Les smartphones en sont bourrés, et les voitures de plus en plus. Certaines expériences sont impressionnantes. Des machines peuvent désormais identifier un cancer de la peau avec une précision dépassant celle des dermatologues.

    Pour la première fois, une intervention chirurgicale à distance a été réalisée par un médecin chinois sur un animal, début janvier 2019, grâce à la 5G. Des IA peuvent aussi reconnaître des personnes parmi 300.000 candidats, ou encore battre des champions du poker en faisant appel au bluff.

    «Pour se tenir au courant de l’actualité de son secteur, un médecin doit lire 29 heures par jour, ce qui est impossible. Avec l’IA, il peut y arriver. Un système développé par IBM est, par exemple, capable de lire plus de 200 millions de pages de revues scientifiques en 3 secondes», relève Bennani. Les applications sont nombreuses (agriculture, transport, éducation…).

    «Il est désormais possible de récolter des données sur les apprenants, et de concevoir des assistants virtuels personnalisés pour les accompagner», témoigne Nabil Zary, directeur de la Medical Educal Research à la Nanyang Technological University de Singapour, un autre chercheur marocain expatrié. 

    «L’IA, c’est d’abord des algorithmes qui cherchent à imiter une forme d’intelligence réelle. Il existe une IA faible, donnant lieu à des machines autonomes, comme des drones, objets connectés, robots… Et une IA forte, consistant à développer l’impression d’une réelle conscience de soi», explique pour sa part Hajar Moussannif, professeure au département d’informatique à l’Université Cadi Ayyad de Marrakech, également une inventeuse de génie.

    «On ne peut parler d’IA sans machine learning. Il s’agit d’algorithmes puissants travaillant sur des bases de données gigantesques, autrement dit des big data, et capables d’apprendre, à partir d’expériences passées, à résoudre des problèmes et à prendre les décisions les plus pertinentes possibles. Le deep learning, lui, se base sur un fonctionnement similaire à celui du cerveau humain», poursuit-elle.

    Mais alors, l’IA finira-t-elle à terme par supplanter l’intelligence de l’Homme?. «Il est difficile d’affirmer qu’une machine est intelligente tout simplement parce qu’elle dispose d’une puissance de calcul importante, ou en raison de sa capacité à emmagasiner une grande quantité de connaissances», estime Younès Bennani.

    «L’intelligence est multiple. Elle peut être logique et quantitative, émotionnelle et sociale, artistique et perceptive… l’être humain est à même d’en posséder plusieurs à la fois. Il peut aussi apprendre à travers un ou deux exemples seulement, contrairement aux machines», souligne-t-il. L’IA ne supplantera probablement pas l’Homme, mais ceux qui la maîtriseront prendront, sans doute, le pouvoir sur les autres.

    Des risques de dérapages aussi

    L’IA a, évidemment, pour objectif de faciliter la vie de l’Homme. Mais elle n’a pas que des avantages. Elle présente également des risques, à commencer par la disparition de métiers. L’on prédit déjà celle des conducteurs professionnels et pilotes d’avion. «Il existe aussi des probabilités de biais involontaires de machines qui n’auront pas suffisamment appris, celui de l’automatisation de la prise de décision dans le domaine militaire, ou encore de la manipulation de grandes quantités de données pour influencer l’opinion publique», prévient Younès Bennani. La question de l’éthique dans d’usage des données personnelles est également posée. «Par ailleurs, en cas de problème, les robots auraient-ils une responsabilité juridique?», se demande Hajar Moussannif. «L’IA peut échapper à tout contrôle. Tout le monde se souvient des crashs d’Ethiopian Airlines et de Lion Air (Indonésie), car les pilotes étaient en constante bagarre avec le système anti-décrochage. L’exemple de la tuerie de Christchurch en Nouvelle Zélande, que Facebook a diffusée pendant 17 minutes sans que l’IA n’intervienne pour l’arrêter, est aussi édifiant», ajoute-t-elle.
    Certains estiment que les algorithmes peuvent commettre des «bêtises», en raison de données biaisées, de fautes de conception d’algorithmes, de défauts de fabrication du matériel informatique.... «Il peut s’agir d’une voiture autonome qui fonce dans un obstacle pensant que c’était du brouillard, de patients exposés à des radiations dangereuses à cause d’un bug de programmation, ou de millions perdus par les clients d’une banque, à cause d’une latence de communication dans un réseau», avait expliqué à L’Economiste Rachid Guerraoui, professeur à l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne, où il dirige un laboratoire de recherche en algorithmique, titulaire de la chaire du numérique au Collège de France.
    Ces questions se poseront avec insistance lors des prochaines années.

    Ahlam NAZIH

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