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    Intelligence artificielle: Un atout pour vaincre le cancer, cet ennemi ultra-malin

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5486 Le 02/04/2019 | Partager
    Une connaissance plus détaillée du génome des cellules cancéreuses et de ses anomalies
    Le traitement ciblé améliore les chances de guérison
    3 à 4% des patients marocains y auraient accès, contre 5 à 10% dans le monde
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    Le séquençage génétique des cellules cancéreuses afin d’en repérer les anomalies, à cibler par un traitement, n’aurait jamais été possible sans l’intelligence artificielle

    «S’il y a un champ qui se prête particulièrement à l’IA, c’est bien l’oncologie. Nous avons besoin d’une intelligence supérieure, car l’ennemi en face est particulièrement intelligent», souligne Saber Boutayeb, professeur agrégé en oncologie médicale à l’Université Mohammed V et à l’Institut national d’oncologie de Rabat.

    En effet, les cellules cancéreuses, ultra-malignes, mutent en permanence en réaction aux attaques qu’elles subissent. Elles créent même des leurres pour se protéger. Dr. Boutayeb les compare à des cellules sociopathes, agressant leurs voisines et générant des colonies, appelées métastases. Pour échapper aux gendarmes de l’organisme, les lymphocytes, elles les font dormir. Leur programme génétique est similaire à un programme informatique en perpétuelle adaptation.

    «Jusque-là, nous étions dans une logique descriptive de la maladie. Grâce aux progrès scientifiques et aux data cumulées, nous sommes passés à une phase analytique, basée sur la connaissance des protéines des cellules cancéreuses», s’enthousiasme le professeur d’oncologie.

    «Ces dernières années, nous avons pu connaître le génome des cellules cancéreuses et repérer leurs anomalies génétiques. Le génome de la cellule tumorale équivaut à plusieurs milliers de livres. Et c’est là où intervient l’IA», poursuit-il.

    Cette avancée a permis de passer à l’ère du traitement ciblé, visant les anomalies des cellules cancéreuses, ou bien les gendarmes de l’organisme afin de les réveiller (immunothérapie). Les chances de guérison s’en trouvent nettement améliorées. C’est ainsi que l’ancien président des Etats-Unis, Jimmy Carter, a été guéri du cancer du cerveau en 2015, après une immunothérapie.

    L’espoir renaît, par ailleurs, pour d’autres maladies. Il y a dix ans, le cancer du poumon était quasiment synonyme de mortalité dans l’année, selon Saber Boutayeb. Même avec la meilleure chimiothérapie, moins de 10% vivaient plus de 1,5 an. Aujourd’hui, avec des traitements ciblés, 80% survivent jusqu’à 5 ans.

    «L’approche génomique se développe au Maroc aussi, et environ 3 à 4% des patients ont accès à un traitement ciblé, contre 5 à 10% dans le monde», avance Saber Boutayeb. Le coût baisse, également, d’année en année.

    L’IA apporte d’autres bénéfices: opérer un suivi détaillé des patients, comparer les cas rares dans plusieurs pays, éviter les traitements inutiles, une sélection plus rigoureuse des fragments de la biopsie, prévision des risques de rechute, une meilleure décision quant à la nécessité d’une chimiothérapie…

    Les intelligences artificielles ne remplaceront pas les médecins, selon Dr.Boutayeb, elles leur permettront surtout de mieux effectuer leur travail. «Nous avons, cela dit, besoin de praticiens mieux formés, décloisonnés dans leur approche et capables d’interagir avec l’IA», conclut-il. Mais aussi de bases de données locales. Les data des patients marocains restent difficilement accessibles, ce qui retarde les travaux d’expérimentation.

    Le robot docteur, une utopie

    L’IA a déjà révolutionné de nombreux domaines de la médecine, selon Thomas Grégory. Un généraliste a, par exemple, besoin de 450 heures par semaine pour se tenir informé de la littérature scientifique. Avec l’IA, il peut y arriver. Le suivi personnalisé des patients à travers la collecte et l’analyse des big data est, également, rendu possible. La technologie a, aussi, permis l’émergence de patients «augmentés», bénéficiant d’organes artificiels (un cœur, une main bionique…). La chirurgie a, par ailleurs, été renforcée par la simulation virtuelle et les serious games. «L’expérience a montré que les étudiants retiennent 75% des apprentissages grâce à la mise en situation et à la répétition, contre seulement 10% via la lecture», assure le chirurgien. «A Paris 13 Sorbonn- Paris Cité, nous sommes en train de développer un jeu sérieux pour apprendre aux étudiants à se laver chirurgicalement les mains. Selon l’OMS, 50% des infections nosocomiales sont liées à des défauts de lavage des mains des professionnels de la santé», ajoute-t-il.
    L’intelligence artificielle se développe. De là à remplacer les médecins, Thomas Grégory en doute. «En revanche, le médecin qui possède l’IA remplacera celui qui ne la détient pas», estime-t-il.

    Ahlam NAZIH

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