Competences & rh

Il brigue la présidence de l’université de Casablanca

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5414 Le 18/12/2018 | Partager
Le directeur de l’Ensem dans la course parmi une quinzaine de candidats
Ouvrir l’université sur le monde socioéconomique, son ambition
Relever le taux de réussite de moins de 30% à 60% dans les facs à accès ouvert
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Ingénieur en automatique, robotique et informatique appliquée, Hicham Medromi est passionné par les nouvelles technologies. Faire décoller la R&D marocaine fait partie de ses priorités (Ph. L’Economiste)

Des pas rapides et soutenus, le corps agile et le regard sûr. Hicham Medromi, directeur de l’Ecole nationale supérieure d’électricité et de mécanique (ENSEM) est une boule d’énergie. Dans son établissement, dont il occupe la direction depuis 2011, il est sur tous les fronts. Aucun détail n’échappe à sa vigilance. Son omniprésence dérange parfois. Il en est conscient, mais il ne se laisse pas dévier de son objectif: faire bouger les lignes dans un environnement où l’on s’est habitué au laisser-faire.

Des ambitions, Hicham Medromi en a à revendre. Il nous accueille un lundi après-midi à proximité de l’Ensem, dans le centre de R&D et d’innovation en sciences de l’ingénieur, le premier en Afrique, dont il est le fondateur. Ce centre, il l’a rêvé il y a quelques années et il a tout fait pour le sortir de terre il y a presque deux ans.

Grâce à son ouverture sur le monde industriel, ainsi que sur les autorités territoriales, il a pu mobiliser les fonds nécessaires pour le monter. Fonctionnant au photovoltaïque, le centre est positionné sur des secteurs d’avenir et des technologies pointues: prototypage et impression 3D, cloud computing, robotique, automobile, aéronautique… Il accueille déjà des enseignants-chercheurs et ingénieurs doctorants. Doté d’un budget de 55 millions de DH, il bénéficie d’une autonomie de quatre ans. Il est en outre géré par une fondation d’utilité publique présidée par le conseiller du Roi, André Azoulay.   

Après presque huit années riches en réalisations à la tête de l’Ensem, Hicham Medromi décide de tenter une nouvelle aventure, celle de président de l’université de Casablanca. Il fait partie de la quinzaine de candidats ayant postulé il y a un peu plus d’un mois pour ce poste. De 1.300 étudiants, il passerait à plus de 110.000, avec 2.145 enseignants, 936 administrateurs et 18 établissements divers (facultés, écoles d’ingénieurs, de commerce…). Un défi de taille, mais qu’il n’a pas peur de relever.

«Avec 110.000 étudiants, il est possible de négocier de nombreux projets», s’enthousiasme Medromi. Sa démarche entreprenante et ouverte sur le monde socioéconomique, il compte la transposer à l’échelle de l’université. Depuis 2011, Hicham Medromi est de toutes les conférences rassemblant des industriels. Cette démarche lui a permis de constituer un portefeuille de contacts bien garni, qu’il ne manquera pas de mobiliser au profit de l’ensemble de l’université de Casablanca.

«Parler d’ouverture socioéconomique de l’université n’est rien de plus qu’un slogan. Il faudrait développer une vraie vision, basée sur un état des lieux précis de la région, et un bilan des besoins et opportunités à saisir. Casablanca-Settat, qui concentre 60% de la richesse du Maroc, recèle n’énorme potentialités dans tous les domaines», insiste le directeur de l’Ensem. Son approche est plutôt pragmatique.

«L’université dispose de suffisamment d’enseignants-chercheurs et de savoir-faire pour réaliser cette étude et proposer rapidement des formations et services», estime-t-il. Pour lui, un président doit d’abord être visionnaire. Il doit également s’appuyer sur des indicateurs qualitatifs et quantitatifs de performance. Pour les chantiers qui bloquent, rien de mieux que des task forces dédiées et des cellules de suivi au quotidien. «Il est important d’agir par axe. Pour faire face aux lenteurs administratives, il faudrait informatiser les services financiers et décentraliser plus la prise de décision. Il faudra également penser à la certification Iso de l’université», souligne Medromi.   

Côté enseignement, le candidat entend donner la priorité à l’adaptation des formations offertes par les facultés à accès ouvert aux attentes du marché du travail. Cette réforme sera basée sur une étude minutieuse des besoins de la région. Il ambitionne, aussi, de faire passer le taux de réussite dans ces facultés de moins de 30% à 60%.

En matière de recherche, l’accent sera mis sur la mobilisation des financements, la motivation des chercheurs, la multiplication des publications indexées (actuellement d’à peine 2.000 par an) et des brevets, ainsi que sur la création de chaires (à peine une seule existe aujourd’hui).   

Dans les prochaines années, les effectifs des étudiants continueront de grimper. Medromi prévoit ainsi l’extension de l’université vers Bouskoura ou Benslimane, afin d’augmenter la capacité d’accueil, en plus de la création de nouvelles écoles spécialisées dans des domaines porteurs (informatique et digitalisation pour l’industrie 4.0, automobile et plasturgie…). Il prévoit, en outre, de mettre l’accent sur la vie étudiante (hébergement, restauration, activités sportives, culturelles, cérémonies, réseau des alumni…).

Un mandat de quatre ans semble court au regard des défis à relever. «Le style de management peut faire la différence. Avec de la flexibilité, du dynamisme et du suivi, il est possible d’avancer, malgré les contraintes administratives. Il est, en outre, essentiel de fédérer et de motiver les équipes», pense le candidat.

En attendant, Hicham Medromi, ne lâche rien sur ses chantiers à l’Ensem. Actuellement, il prépare un ambitieux projet pour l’industrie (voir encadré).

Une plateforme 4.0 pour les industriels 

La technologie évolue à vitesse grand V et il faudra s’y préparer. Hicham Medromi vient justement d’initier un projet de plateforme pour la recherche, l’innovation et la formation pour l’industrie du futur. Cette zone, qui sera aménagée à Casablanca en partenariat avec des opérateurs économiques, comprendra des chaînes industrielles dotées des dernières technologies en matière d’intelligence artificielle et de robotisation. «L’objectif est d’offrir aux industriels une vision claire de ce que sera le futur de l’industrie. Ils pourront ainsi préparer leur migration vers le 4.0, à travers des études, formations et innovations», explique Medromi. Quelques secteurs seront ciblés en premier, dont l’aéronautique, l’automobile et l’agroalimentaire. Le projet en est à 40% de taux de réalisation.

Bilan à l’Ensem: Plus de 150 millions de DH récoltés depuis 2011

• Une soixantaine de conventions avec le monde socioéconomique
•Plus de 150 millions de DH mobilisés, grâce à des contrats avec des industriels
• Une trentaine de conventions académiques à l’échelle internationale
• Construction du premier centre de R&D et d’innovation en sciences de l’ingénieur en Afrique
• Construction d’un centre de conférences avec un amphi de 340 places et 6 salles de meeting
• Réalisation de 30 millions de DH d’équipements grâce aux recettes propres
• 85% de paiements par rapport aux engagements, contre une moyenne de 15% à l’université.
• Articles indexés:100 par an pour 72 enseignants-chercheurs, contre 10 auparavant (1,38 article par enseignant, contre 0,2 avant 2011)
• 5 à 6 brevets d’invention par an
• Un taux d’insertion professionnelle des lauréats à près de 100%
• 20% des étudiants de 3e année en mobilité internationale
• 4 Conférences internationales par an
• + 30% d’étudiants.

Ahlam NAZIH

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