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    Régions

    Campagne agricole: «Travailler vite, mais sans précipitation»

    Par Jamal Eddine HERRADI | Edition N°:5412 Le 14/12/2018 | Partager
    A Fkih Ben Salah, visite guidée dans une exploitation familiale
    Un savoir-faire accumulé durant quatre générations
    Comment le travail de la terre évite l’exode rural
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    Les méthodes traditionnelles de culture cèdent peu-à-peu le pas à la mécanisation. Le département de l’Agriculture encourage, d’ailleurs, les agriculteurs à se doter d’engins agricoles modernes (Ph. Privée)

    Que d’eau, que d’eau! Et un moral au beau fixe chez les agriculteurs de la Région Béni Mellal-Khénifra. Et il y a de quoi. Une pluviométrie abondante et régulière, depuis pratiquement le début de la troisième semaine d’octobre dernier, augure d’une bonne campagne agricole.

    Déjà, les premières pousses ont commencé à sortir de terre transformant les champs en véritables tapis verts contrastant avec le noir des sols fraîchement labourés. Il faut dire que début octobre, l’inquiétude commençait à se faire sentir chez les fellahs, car des pluies tardives sont annonciatrices d’une campagne agricole à peine moyenne.

    «Aujourd’hui, nous commençons à entrevoir les prochains mois avec optimisme et beaucoup de sérénité», affirme Haj Lamfadal (Ndlr: nous l’appellerons ainsi à sa demande, car, superstitieux, il craint, dit-il, le «mauvais œil»). Grand fellah de la région de Fkih Ben Salah, il exploite avec ses fils près d’une centaine d’hectares de terres fertiles. Dès le début de l’automne, il a commencé à se préparer à la nouvelle campagne agricole.

    D’abord en contractant un prêt auprès du groupe Crédit Agricole. Prêt qu’il n’a eu aucune difficulté à obtenir. Comme tout bon client honorant ses engagements aux échéances convenues, il a bénéficié de son prêt en moins de 48 heures. Ensuite, il a acquis les intrants nécessaires en s’approvisionnant en semences sélectionnées et en engrais.

    «Pour les herbicides, il faut attendre encore quelques semaines», indique-t-il. Enfin, il s’est constitué un stock de carburant, essentiellement du gazoil. Prévenant, il est hors de question pour lui que ses engins tombent en panne sèche en pleine campagne d’ensemencement.

    «Profiter de l’eau et de la chaleur des sols»

    En ces jours de grand soleil, Haj Lamfadal incite ses fils à «travailler vite, mais sans précipitation». «Les socs des charrues doivent bien retourner la terre après le passage du semoir et avant celui du cover crop. Il faut que les graines soient bien recouvertes de terre pour profiter de l’eau et de la chaleur des sols et générer de bonnes pousses qui, à leur tour, donneront des épis bien garnis», explique-t-il.

    Deux de ses fils sont aux commandes de deux tracteurs dont l’un est assez vieillot. Haj Lamfadal pense le remplacer pour la prochaine campagne en bénéficiant de la subvention octroyée par le département de l’Agriculture pour encourager la mécanisation. Les deux engins se mettent en branle: le premier tractant le semoir, le second la charrue à cinq grands socs. Une soixantaine d’hectares seront semés en orge et blé tendre en quelques jours seulement.

    Une véritable course contre la montre pour profiter de ce soleil, une bénédiction du ciel, qui tapait fort début novembre après des jours et des jours de pluies. Sur une petite parcelle, Haj Lamfadal a eu recours au semis direct. Il s’est essayé à cette pratique que le ministère de l’Agriculture veut vulgariser en vue de sa généralisation pour les cultures céréalières.

    Elle est moins coûteuse, car elle permet une importante économie, notamment en carburant, et un rendement à l’hectare supérieur à la moyenne. Point de labours, donc, avant les ensemencements (voir encadré).

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    Une soixantaine d’hectares seront semés en orge et blé tendre en quelques jours seulement. Une véritable course contre la montre pour profiter de ce soleil, une bénédiction du ciel, qui tapait fort début novembre après des jours et des jours de pluies (Ph. Privée)

    Des vaches, des oliviers, des grenadiers...

    Comme tout fellah qui se respecte, Haj Lamfadal ne se contente pas de la seule céréaliculture. Il pratique aussi l’élevage. Sur un vaste champ de plus de 15 hectares, une trentaine de vaches paissent paisiblement et ne semblent nullement dérangées par la présence des intrus que nous sommes. Elles restent sur ce champ toute la journée, du lever du jour jusqu’à la fin de l’après-midi.

    Quotidiennement, elles produisent chacune entre 25 et 30 litres de lait en période de basse lactation (de septembre à février). Cette production dépasse en moyenne 45 litres par jour en période de haute lactation, soit de mars à août. «Que du lait bio», affirme, non sans fierté, Haj Lamfadal.

    «Je laisse à chaque campagne une partie des terres en jachère. Cela permet de disposer d’un pâturage à proximité tout en laissant à la terre le temps de bénéficier d’engrais naturels constitués des détritus et bouses, laissés par les vaches sur le champ», indique-t-il. Le lait, collecté chaque soir, est stocké dans des bacs dédiés jusqu’au passage, au petit matin, du camion-citerne d’une unité de pasteurisation et de valorisation du produit.

    Sur le reste de l’exploitation, oliviers et grenadiers assurent à Haj Lamfadal et sa famille un revenu saisonnier substantiel. Il dispose, en effet, d’une unité pour la production d’une huile d’olive réputée dans toute la région pour sa qualité.

    «La récolte d’olives étant très bonne et abondante cette année, l’huile produite le sera également», indique notre hôte. Elle sera commercialisée entre 50 et 60 DH le litre. Déjà les commandes commencent à tomber. La production des grenadiers est, quant à elle, écoulée dans les marchés et souks de la région.

    Il est 16 h. Les engins agricoles prennent le chemin du retour et regagnent un vaste hangar pour se garer à côté de la moissonneuse-batteuse. Avant même d’aller se reposer d’une dure journée de labeur, les deux fils de Haj Lamfadal font le plein en gazoil des deux tracteurs. Ils vérifient également les niveaux d’huile et d’eau des radiateurs. Des tâches qui leur permettront de repartir le lendemain vers les champs dans de bonnes conditions.

    L’expérience des champs

    Le troisième fils de Haj Lamfadal vient aux nouvelles. Ses deux frères lui rendent compte du déroulement de la journée et lui font part de leurs besoins en semences pour le lendemain. C’est que c’est lui qui s’occupe de l’intendance et de la gestion de l’exploitation, sous, bien sûr, la supervision et l’oeil attentif du père, omniprésent avec son expérience des champs. Le troisième fils a, certes, fait quelques études et a pu décrocher un certificat de technicien agricole, mais le savoir-faire du père, acquis sur le terrain et accumulé pendant quatre générations, reste nécessaire.

    Le soleil commence à décliner vers l’ouest. Haj Lamfadal lève la tête et scrute le ciel. Il murmure quelques mots, certainement une prière pour que le soleil soit de la partie le lendemain. En effet, il y a de quoi s’inquiéter, car de gros nuages noirs pointent à l’horizon et que le vent, qui a commencé à se lever, risque de conduire jusqu’à cette zone.

    Haj Lamfadal craint un lendemain pluvieux et, par conséquent, un retard dans l’ensemencement du reste des terres. Sa prière a été exaucée et le soleil était au rendez-vous les jours suivants permettant à Haj Lamfadal et ses fils d’achever la culture des champs dans les délais.

    Alors, Haj Lamfadal, un fellah heureux? Certainement. D’autant plus qu’il ne cache pas sa fierté de voir ses fils travailler à ses côtés. Ces derniers n’ont pas, en effet, succombé, comme des centaines d’autres de leur âge et de leur région, à la tentation de l’immigration clandestine et de l’Eldorado italien.

    Le miracle du semis direct

    Lancé dans la zone des Doukkala, en octobre 2016, le «semis direct» fait toujours l’objet d’une attention particulière. Grâce à cette pratique, introduite pour la première fois dans cette zone, le rendement a dépassé les 32 quintaux à l’hectare, alors qu’en semis conventionnel, les rendements n’ont guère été au-delà des 25 quintaux.
    En termes d’économie pécuniaire, 900 DH ont ainsi été épargnés au profit de l’agriculteur grâce à la réduction de la quantité du semis qui dépassait habituellement les 2 quintaux de semences sélectionnées à l’hectare. En semis direct, cette quantité est ramenée à 120 kg/ha en plus des économies engendrées par la baisse des budgets engagés dans les travaux du sol.

    Jamal Eddine HERRADI

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