Economie

Rapport de la Cour des comptes: Le business florissant des facs de droit

Par Khadija MASMOUDI | Edition N°:5339 Le 29/08/2018 | Partager
Des formations initiales payantes à Settat et Tanger sans base légale
L’évaluation du rendement inexistante à l’université
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L’université accueille la majorité des nouveaux bacheliers.  Durant  l’année 2003/2004, 82 % des bacheliers ont été accueillis par l’université. En 2014/2015, douze ans (12) après la mise en œuvre de la réforme de l’enseignement supérieur, ce taux est de 83%. Même si des efforts ont été déployés pour développer l’offre de formation à accès régulé, celle-ci  reste limitée

Procédure d’accréditation des filières inachevée, prédominance de la formation à accès ouvert sur la formation à accès régulé, non-respect des conditions d’admission… La liste des dysfonctionnements qui entachent le déroulement de la formation initiale de l’université est longue.

La Cour des comptes reproche l’admission de candidats sur la base de diplômes non conformes au descriptif, sans respect des conditions de présélection,…. Ces non-conformités sont relevées en particulier à la  faculté de droit de Settat et à celle de  Tanger. 

A la Faculté de droit de Settat, les magistrats relèvent l’institution de frais de scolarité sans assise  juridique pour les programmes dits privés. Les étudiants inscrits au master Sciences et techniques fiscales ont versé des frais de 50.300 DH par étudiant. De plus un montant de 25.300 DH a été versé par chaque inscrit en licence professionnelle: «gestion et administration du personnel», «métier du chef comptable» et «techniques de banque».

A elles seules, ces trois licences professionnelles ont drainé à la faculté un montant de l’ordre de 6,3 millions de DH. Pour l’Enseignement supérieur «il s’agit de formations destinées 100% aux professionnels et proposées à des heures qui conviennent aux spécificités de leurs activités,…. Cette expérience pédagogique, n’ayant duré qu’une année universitaire, a été arrêtée au niveau de l’Université Hassan 1er Settat suite à la circulaire ministérielle relative à la gratuité des formations «master et mastère spécialisé» devant être limités aux étudiants disponibles à plein temps».

La Cour des comptes s’est également arrêté sur le rendement interne des formations initiales. Sauf qu’en l’absence d’un suivi régulier, les magistrats se sont contentés de l’analyse des résultats d’une enquête réalisée par le ministère sur les cohortes entre 2006 et 2009 en cycle licence, en plus des résultats de deux enquêtes menées par deux universités. Il en ressort «la  faiblesse du rendement interne du cycle licence».

Le taux de diplomation se situe autour de 14% pour la cohorte de 2006, et 19% pour la cohorte de 2009. Le rendement externe, qui doit rendre compte du degré d’insertion des diplômés de l’université  de mettre le point sur la relation formation-emploi,  reste difficile à mesurer. Et pour cause, l’observatoire pour l’adéquation des enseignements supérieurs à l’environnement économique et professionnel est inexistant.

De même aucun dispositif de suivi des lauréats des universités n’a été mis en place, ni par le ministère, ni par les universités. Ceci étant le ministère s’est engagé  en coordination avec les universités et en partenariat avec l’Union Européenne sur des programmes de suivi des lauréats (Tempus Islah 2009-2012).

Les résultats de l’enquête montrent la difficulté pour les licenciés de décrocher leur premier emploi avec une durée d’attente estimée entre 24 et 32 mois. «Près de la moitié des diplômés de l’année 2015 travaillent dans le secteur public et plus de 40 % sont des fonctionnaires ce qui met en évidence le poids du secteur public comme débouché ou perspective de débouché pour les diplômés», souligne le rapport.

Formation continue: Des tarifs sans évaluation des coûts

Absence de cadre réglementaire pour la gestion de la formation continue, de vision stratégique, de suivi de l’activité de formation continue par le ministère et manque d’objectivité dans la fixation des frais de scolarité.
Voilà globalement les anomalies relevées par les magistrats sur la formation continue dispensée par les universités. La Cour des comptes s’étonne que la majorité des établissements universitaires se réfèrent, pour la fixation des frais de scolarité, à la tarification pratiquée dans des écoles privées offrant des formations similaires. Ils sont ainsi fixés en l’absence d’une évaluation des coûts globaux de l’activité. Ce qui a eu pour conséquence l’application de tarifs différents pour le même diplôme au sein d’un même établissement, et parfois pour des formations similaires, allant de 22.916 DH à 60.000 DH pour le diplôme Bac+5 et de  11.800 DH à 30.000 DH pour le diplôme Bac+3.

                                                                              

Un ministère sans schéma directeur informatique

C’est surprenant mais l’Enseignement supérieur ne dispose pas d’un schéma directeur informatique lui permettant de collecter, traiter, analyser et d’exploiter les informations émanant des universités. La Cour des comptes relève qu’en septembre 2011, un marché de 1,2 million de DH a été conclu pour l’élaboration et l’assistance à la mise en œuvre du schéma directeur  sur la période allant de 2012 à 2016. Mais il n’a pas abouti. La réalisation des prestations a enregistré un retard important. «Depuis son lancement le 24 octobre 2011, le titulaire du marché n’a communiqué que le premier et le deuxième livrable. Le ministère a validé seulement le premier livrable, objet du décompte n°1 d’un montant de 120. 000 DH».
Le retard est attribué à l’absence d’une stratégie globale bien définie du ministère. Ce qui explique la difficulté d’exprimer les objectifs du système d’information.

 

 

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