Competences & rh

OSUI: «Nos augmentations sont structurelles!»

Par Fatiha NAKHLI | Edition N°:5311 Le 10/07/2018 | Partager
+3 à 5% par an pour couvrir les charges d’un réseau autofinancé
Des irrégularités repoussent le projet numérique à 2019-2020
jean_christophe_deberre.jpg
«Nous déploierons plus d’efforts pour expliquer aux parents tout sur le budget, afin que les esprits s’apaisent», explique Jean-Christophe Deberre, DG de la Mission Laïque française (Osui) (Ph. Bziouat)
 

Et encore des contestations de parents d’élèves de l’enseignement français au Maroc. Hausse des frais, introduction d’un projet pédagogique «prématuré», manque de visibilité sur l’avenir… ont poussé les parents d’élèves de la Mission laïque française (Osui) à sortir en sit-in le 26 juin dernier à Casablanca. Le DG de l’Osui, Jean-Christophe Deberre, en visite à Agadir les 4 et 5 juillet, fait le point sur les accusations portées contre son réseau.  

- L’Economiste: Les parents parlent de hausses «spectaculaires» des frais de scolarité pour la rentrée, jusqu’à 60%… Qu’en est-il réellement?
- Jean-Christophe Deberre:
La question des droits de scolarité n’est pas nouvelle à l’Osui. Le souvenir de la gratuité de l’enseignement français, ce qu’on appelait la mission il y a bien des décennies, existe toujours dans l’esprit de beaucoup de nos parents. Or, ces temps là sont révolus. En 1996, l’Osui s’est constitué en autofinancement total. Ce sont donc les droits de scolarité qui financent intégralement les salaires et le fonctionnement des écoles. Dans le cas de l’AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger), nous avons affaire à un opérateur public qui, lui, est accompagné par l’Etat français. Donc à la base, il existe un différentiel structurel d’environ 25% des droits de scolarité. Beaucoup de parents ont du mal à comprendre cela. Pour l’essentiel, ces hausses sont liées à l’évolution de la masse salariale, qui  constitue les trois quarts des budgets de fonctionnement des écoles, ainsi qu’à d’autres éléments relatifs à la qualité de l’enseignement, à la formation des maîtres, aux équipements pédagogiques… ce sont des dépenses qui ne s’arrêtent pas. C’est pourquoi nous avons toujours dit que l’augmentation serait un fait structurel attaché à la vie de ces établissements. Pour ce qui est de la hausse de 60% pour l’année prochaine, elle concerne uniquement les droits de première inscription pour les fratries. Pour ceux intégrant le réseau pour la première fois, le tarif n’a pas bougé.
- Tous les établissements du réseau sont-ils concernés par cette augmentation?
- Non, elle concerne plus Massignon. Dans ce groupe scolaire ayant quasiment  atteint 4.000 élèves, d’énormes efforts ont été réalisés, à la fois en termes d’accueil, de constructions, de facilités sportives… De plus, c’est à Massignon que nous avons le plus de professeurs titulaires français détachés (10 à 11% de plus). Or, dans la structure des coûts salariaux, les détachés reviennent plus cher que le personnel recruté localement. Nous déploierons plus d’efforts pour expliquer aux parents tout sur le budget, afin que les esprits s’apaisent. 
Néanmoins, les droits de scolarité ne sont pas le centre du débat dans une école, mais plutôt le projet éducatif et pédagogique. Certains parents disent qu’on leur fait payer les bâtiments, alors que nous sommes en location. Il est de bon ton aujourd’hui d’être indigné. Cependant, l’indignation n’a jamais permis la construction. Il faut se mettre sur le terrain d’un débat régulé et non insulter sans signature sur les réseaux sociaux, dont nous déplorons d’ailleurs l’usage abusif. Nous sommes une institution responsable, nous ne pouvons donc pas répondre et nous répandre sur ces réseaux, c’est un combat inégal!
- Sur 5 ans, les tarifs se sont renchéris de 23%. Les parents disent être dans le flou par rapport à l’avenir. Quels sont les plafonds pour les prochaines années?
- La hausse se situe selon les niveaux entre 20% et 23% sur les 5 ans. Nous avons toujours dit que partout dans les établissements, nous n’excéderions pas la fourchette de 3% à 5% par an. Dans tous les autres lycées, les parents signent une convention de scolarisation qui comprend le contrat d’augmentation. Malheureusement, à Massignon, les anciens parents n’avaient pas signé. Il faudra remettre sur la table ce contrat. Nous envisageons des dispositions pour réguler les augmentations à partir de la rentrée prochaine. L’EFI et l’Ecole belge pratiquent des droits d’inscription inférieurs aux nôtres, mais ils sont payés chaque année. A l’Osui, c’est un droit de 1re inscription définitif, réglé une seule fois. Il faut toujours comparer ce qui est comparable.

 - Le nouveau programme d’enseignement digital est également contesté. Il serait «non abouti» et «non concerté» avec les parents…
- C’est l’un des sujets sur lesquels nous rencontrons des difficultés actuellement à Louis Massignon. L’Osui s’est engagé depuis plusieurs années dans une introduction déterminée du numérique dans la pédagogie. Pour la prochaine rentrée, nous devions intégrer les tablettes dans les classes de CM1, 5e et Seconde. Nous ne le faisons pas par effet de mode, mais par conviction. Réunir les avis sur un projet pareil n’est pas facile. J’atteste, cela dit, que cette initiative a fait l’objet d’un examen général. Il a été concerté dans la démocratie scolaire. Sachant que le conseil de l’établissement consulte mais ne décide pas. Après avoir lancé le marché, nous avons remarqué qu’il y a un conflit d’intérêt entre un membre de la commission et l’adjudicataire. J’ai donc pris la décision de casser le marché depuis Paris. Une nouvelle concertation sera faite et un nouveau marché sera lancé pour la rentrée 2019.

- Des élèves, dont les parents étaient en difficulté financière, auraient été exclus de Louis Massignon… 
- Sur le principe général, il n’y a jamais de défauts lorsque nous sommes face à des accidents de la vie. Nous essayons à chaque fois de trouver un traitement, soit par étalement, soit par exonération même. Concernant le cas des deux élèves, il s’agit pour l’un d’un non paiement pendant deux ans. Pour l’autre,  les frais n’ont été réglés que le premier trimestre de l’année dernière. C’est pour vous dire que la décision n’est pas tombée du jour au lendemain. Il y a eu plusieurs réunions, le papa s’est engagé à s’acquitter des frais mais n’a jamais tenu ses engagements. Il ne s’est pas, non plus, tourné vers l’association des parents d’élèves comme nous lui avons conseillé. Des échanges ont eu lieu, car il y a toujours des solutions. Sauf que là, nous avions à faire à un mauvais payeur. C’est douloureux quand vous regardez les enfants. Il faut toutefois que les parents soient responsables. 

Du nouveau en matière d’apprentissage des langues

Deux ans après son ouverture, le complexe de Bouskoura compte 4.000 élèves sur 3 sites, avec 400 membres du personnel. L’Osui ne compte toutefois pas dupliquer l’expérience ailleurs, «à part si les autorités marocaines le souhaitent» et s’il existe une forte demande. Auquel cas, «l’établissement serait plus modeste pour être humainement plus gérable», nous indique-t-on. Par ailleurs, l’Osui compte investir plus dans la qualité que dans de nouvelles classes, en optimisant l’existant. Ayant démarré avec moins de 200 élèves en 1996, le réseau comptera à la prochaine rentrée 10.500, avec une capacité à terme de 12.000.
Parmi les nouveautés de la prochaine rentrée scolaire, une nouvelle politique d’enseignement des langues, avec le français, l’arabe et l’anglais généralisés depuis la maternelle jusqu’à la fin du cursus.

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc