Competences & rh

Ex-écoles turques: Les enfants pris en otage… encore une fois!

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5292 Le 12/06/2018 | Partager
Les repreneurs, rattrapés par la «malédiction Gülen», obligés d’abandonner leurs projets
L’Education nationale leur refuse l’autorisation d’ouvrir
Plusieurs millions de dirhams d’investissements perdus!

L’affaire des écoles turques refait surface. Rappelez-vous, début 2017, huit établissements privés du groupe scolaire Mohammed Al Fatih au Maroc sont sommés de fermer leurs portes, en plein milieu de l’année scolaire, sur ordre du ministère de l’Intérieur (voir L’Economiste n° 4938, du 13 janvier 2017).

Ces écoles sont victimes de la guerre que se mènent, en Turquie, deux anciens alliés: Erdogan au pouvoir et Gülen en exil. Comme d’autres pays, le Maroc a été ciblé par la pression d’Ankara et a fermé les établissements.

Il se trouve que peu après la fermeture de ces écoles, qui globalement ont pignon sur rue et jouissent de bonnes infrastructures, des investisseurs marocains se sont manifestés pour les reprendre. Les locaux de plusieurs d’entre elles sont ainsi loués, avec de nouvelles enseignes, de nouvelles équipes pédagogiques et plusieurs millions de dirhams d’investissements.

Des demandes d’autorisation ont ensuite été déposées auprès des académies régionales d’éducation et de formation (Aref) concernées. Certaines de ces nouvelles enseignes ont même commencé à exercer en attendant l’autorisation du ministère de l’Education nationale, conformément à la loi 06-00 régissant l’enseignement scolaire privé.

En effet, l’article 2 de cette loi stipule: «L’Académie régionale d’éducation et de formation concernée statue sur la demande d’autorisation dans un délai maximum de trente jours, à compter de la date de son dépôt dûment attesté par un récépissé. Passé ce délai la demande est réputée acceptée». Le délai de 30 jours a été largement dépassé. Les écoles pouvaient donc ouvrir.

Les bâtiments, définitivement condamnés?

Depuis, la procédure d’évaluation des demandes a été modifiée, sans que cela change les obligations des écoles. Ce ne sont plus les Aref qui gèrent directement les dossiers. Ces derniers sont transférés au ministère qui mène lui-même son enquête et livre son avis. Et ce n’est qu’en avril dernier, près d’un an après, qu’une nouvelle décision est tombée: Les demandes ont toutes été rejetées.

Les opérateurs le savent, mais n’ont toujours pas été notifiés par écrit. Il semble que l’Aref elle-même attende aussi le courrier officiel. Le ministère de tutelle reporte la responsabilité sur l’Intérieur. Dans l’Aref de Casablanca-Settat, quatre de ces établissements ont fait l’objet de demandes.

Deux à Casablanca, pour Sana Leymoun et Megalopolis, et deux à El Jadida, pour Sana Al Khalil et Naïm Al Maarifa. La décision n’a donc rien à voir avec la qualité de leurs infrastructures ou de leurs programmes pédagogiques. Mais pourquoi condamner des bâtiments ayant autrefois abrité d’autres entités?

La situation est confuse. D’une part, une loi qui autorise les écoles à ouvrir si aucune réponse ne leur est fournie dans un délai de trente jours. De l’autre, l’administration leur refuse le droit d’ouvrir et leur ordonne de mettre la clé sous la porte.

L’interdiction d’utiliser ces locaux pour l’enseignement serait-elle définitive? L’Economiste a posé la question au ministère de l’Education nationale, en vain. La tutelle «préfère s’abstenir de communiquer sur ce sujet sensible». Nous ne saurons pas, non plus, combien d’investisseurs ont repris les écoles au niveau national.

La première fois où le Maroc a fermé un établissement étranger remonte à 2009, avec la décision de mettre fin à l’activité de l’école irakienne de Rabat, dont le système pédagogique a été jugé «contraire aux dispositions de  la loi 06-00». Elle n’a jamais été rouverte depuis.

Quid des élèves?

Qu’adviendra-t-il des enfants ayant passé toute une année scolaire dans un établissement non reconnu, sachant que sans autorisation officielle, ces élèves ne peuvent être inscrits dans le sytème scolaire Massar?  «L’année scolaire ne sera comptabilisée dans le parcours des élèves que s’ils ont été inscrits dans le système de gestion scolaire Massar», précise une source à l’Aref de Casablanca-Settat. Autrement, l’année est perdue. Les autorités s’en lavent les mains, mettant la responsabilité sur les parents. «Les parents sont également responsables de cette situation. Ils ont l’obligation de s’assurer que l’école choisie est bien autorisée. L’Aref a, d’ailleurs, déjà publié des annonces dans les journaux pour les sensibiliser à cette démarche», poursuit la même source. Les parents peuvent vérifier la liste complète des établissements privés autorisés sur le site du ministère de l’Education nationale. Ils peuvent, aussi, se rendre chez l’Aref dont ils relèvent pour se renseigner. «Nous n’avons pas autorisé ces écoles. Donc pour nous, elles n’existent pas officiellement. Mais nous accorderons toutes les facilités possibles pour accompagner la réinscription des enfants dans d’autres établissements. Nous ne les laisserons pas tomber», déclare Abdelmoumen Taleb, directeur de l’Aref. Vu ce qui a été fait jusqu’ici, comment peut-on le croire…

                                                                     

Une croisade mondiale

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Accusé d’avoir fomenté le coup d’Etat avorté de l’été 2016, le prédicateur Fethullah Gülen est devenu l’ennemi numéro un du régime turc. Hormis la grande purge ciblant ses proches en interne, le pays a mené une croisade mondiale contre son réseau. Des dizaines de ses écoles ont ainsi été fermées dans plusieurs pays. D’autres ont été récupérées par la fondation «Maarif» proche du pouvoir d’Erdogan. En Afrique, plusieurs pays se sont «débarrassés» de ces établissements, dont le Maroc (3 à Casablanca, 2 à El Jadida, 1 à Tanger, 1 à Tétouan et 1 à Fès), le Sénégal, le Mali, le Tchad et récemment l’Ethiopie. L’Europe elle-même a été mise sous pression. 

 

 

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