Entreprises

Agences de voyages: Polémique autour de la licence B

Par Amin RBOUB | Edition N°:5287 Le 05/06/2018 | Partager
De nouveaux critères d’exercer dès septembre prochain
Des voyagistes s’insurgent contre une «ubérisation sauvage»

La corporation des voyagistes soulève de vives inquiétudes. A la veille de l’été, haute saison des voyages et du tourisme par excellence, l’interprofession appréhende une décision prise par le ministre du Tourisme, Mohamed Sajid. Il s’agit d’un texte de loi déjà adopté par la 1re Chambre et qui passe dans le circuit de la Chambre des conseillers.

Concrètement, le texte devra introduire de nouveaux critères censés alléger la règlementation portant sur l’ouverture d’agences de voyages et l’exercice du métier de voyagiste. Ce qui passe par ce que l’on appelle communément, dans le jargon, «la licence B». En clair, un nouveau modèle d’agences dites B sera introduit pour créer plus d’emplois dans l’écosystème des voyagistes.

Et c’est Adil Douiri qui est à l’origine de cette initiative dont l’objectif est de révolutionner la profession des agents au Maroc, alléger les critères d’éligibilité et créer des emplois par milliers, tient à préciser Othmane Chérif Alami, président de l’Association régionale des Agences de voyages de Casa-Settat (ARAVCS).

Au début, les agents de voyages avaient applaudi l’initiative, sous prétexte que c’est le client qui aura le dernier mot et que le marché éliminera les mauvais. Sauf que depuis, la proposition est restée en stand by. Entre-temps, sous l’emprise de la relance des créations d’emplois, Lahcen Haddad  (ancien ministre de tutelle) avait ressorti cette proposition de loi. Aujourd’hui, elle est mise dans le circuit législatif.

Pour rappel, l’on entend par agences A, toutes les structures qui opèrent légalement jusque-là dans les métiers du voyage. Les agences B seront celles créés après la promulgation du nouveau texte de loi, lequel est déjà à la Chambre des conseillers.

Une fois le texte adopté, les agences A auront 2 ans pour passer sous le régime des agences B. De l’avis d’opérateurs, «les dispositions sur les nouvelles agences sonnent le glas et mettent en échec tout le modèle économique des structures déjà opérationnelles».

Ils en veulent pour preuve: «Peut devenir exploitant d’une agence B toute personne âgée de 21 ans, physiquement apte à diriger une entreprise, avec un capital de 1.000 DH sans communiquer son siège social, et sans avoir un diplôme d’un institut de tourisme... Rien non plus n’est précisé sur la caution bancaire. Du coup, n’importe qui peut créer un site Web et se décréter agent de voyages ou encore travailler à partir de son appartement, d’une laiterie, d’un garage...  C’est inadmissible», s’insurge Chérif Alami.

De surcroît, renchérit l’ex-président de la FNT, l’agent B ne sera pas obligé d’avoir l’exclusivité de métier de voyagiste. Par conséquent, «une station-service de carburant peut demander une licence B, un bureau de tabac peut exercer le métier aussi... Pareil pour un infirmier. Ce sera vraiment l’anarchie», poursuit Chérif Alami. 

Selon des opérateurs, cette décision improvisée de la tutelle veut mettre en place «une dérégulation profitable pour la liberté d’entreprendre... Une sorte d’ubérisation sauvage qui sera lourde de conséquences». Aujourd’hui, l’interprofession veut rectifier le tir et appelle à un amendement de la loi, via les décrets d’application.  «Si l’agence B s’installe, la valeur de nos agences va diminuer d’au moins 25 à 50%», avertit le président des voyagistes de Casablanca.

200 comptoirs à fermer!

La corporation des voyagistes se plaint également des agents qui opèrent dans l’illégalité voire l’impunité. A l’échelle du Royaume, plus de 200 agences opèrent dans le non-respect des dispositions réglementaires. A Casablanca uniquement, 32 agences recensées sont dans l’illégalité complète. Sauf que les bureaux sont encore installés, l’enseigne, les guichets... S’y ajoute une cinquantaine d’agences encore ouvertes dans l’illégalité totale à Casablanca. «Curieusement, ce sont des agences en activité, d’autres sont en veilleuse depuis un moment, mais qui opèrent encore, essentiellement sur la Omra et le grand pèlerinage (haj)», confie Othmane Chérif Alami. «L’illégalité réside aussi dans l’absence de directeur technique, la non-conformité avec le cahier des charges, les dispositions techniques et réglementaires...».

 

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