Economie

Emploi des jeunes: Pas de miracle démographique, la croissance d’abord!

Par Ahlam NAZIH Omar KETTANI | Edition N°:5228 Le 13/03/2018 | Partager
Même si la part des jeunes diminue, leur taux de chômage augmente
Courbage: Le privé appelé à faire preuve de courage
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Avec moins d’entrants sur le marché, la pression sur l’emploi va baisser. Cette situation ne sera bénéfique que si l’économie crée suffisamment de postes

Ces dernières décennies, le Maroc a connu deux «bonus» démographiques. D’une part, une population en âge de travailler qui n’a cessé de grossir pour atteindre son pic historique en 2018 (65%). Et de l’autre, une baisse tendancielle de la part des jeunes, et donc moins d’enfants à charge, plus d’épargne et moins de pression sur l’emploi.

A l’instar d’autres pays arabes, le Maroc a vécu une transition démographique accélérée, avec une chute spectaculaire du taux de natalité: 2,2 enfants par femme, contre 7,4 il y a à peine quelques décennies.

Néanmoins, le pays ne semble pas tirer profit de ces bonus. La part des actifs est en recul permanent. De 54,5% en 1999, nous sommes passés à un taux d’activité de 46,7% en 2017. Chez les 15-24 ans, le taux n’est que de 28,2%. Il s’agit d’une perte énorme en capital humain. Et même si le chômage s’est sensiblement atténué dans les années 2000, il est reparti à la hausse. Du côté des 15-24 ans, il se situe aujourd’hui à environ 26,5%. «La démographie ne crée pas toujours de miracle.

Il faut en parallèle mettre en place des conditions socioéconomiques adéquates», relève le démographe Youssef Courbage. Il intervenait la semaine dernière à Casablanca, lors d’une conférence organisée par les alumni de Sciences Po Paris. La croissance économique, en dents de scie (1,2% en 2016, contre 4,1 en 2015), reste trop faible pour absorber les nouveaux arrivants sur le marché. Par ailleurs, la qualité des emplois créés laisse à désirer. Près de 90% des jeunes travailleurs (15-24 ans) exercent sans contrat, et environ quatre sur dix (25-29 ans) ne sont pas rémunérés. 

Malgré cette situation, Courbage reste optimiste. Du fait du repli du taux d’activité, et du prolongement de la scolarité, les entrées nettes sur le marché continueront de chuter. «Dans ces conditions le scénario de la baisse du chômage paraît logique. A condition de prendre des mesures en faveur de l’emploi», souligne le démographe.

Courbage recommande notamment  la réorientation des investissements vers des activités génératrices d’emploi. Pour lui, le TGV, ou encore, les aéroports accueillant 4 ou 5 avions, ne sont pas de bons exemples d’investissements publics créateurs de postes en masse. Il insiste également sur la responsabilité du secteur privé, qui doit «faire preuve de courage» en ouvrant ses portes à plus de travailleurs.

 

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