Economie

Emploi des jeunes/Youssef Courbage: «Je ne suis pas prophète»

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5228 Le 13/03/2018 | Partager
Printemps arabe, une histoire de démographie, aussi
Jeunes ni en emploi, ni en formation, ni à l’école: une menace pour tout le monde!

Quand vous lui demandez de vous faire part de ses projections, Youssef  Courbage se plaît à vous répondre: «D’abord, je ne suis pas prophète». Une manière de vous faire comprendre que la démographie n’est pas une science exacte.

Economiste de formation au Liban, Courbage s’est spécialisé en démographie et urbanisme à Paris. Il est actuellement directeur de recherche à l’Institut national des études démographiques (INED).  Courbage est auteur de plusieurs centaines de publications, articles et ouvrages.

Expert auprès d’organismes internationaux, il est spécialisé dans le monde arabe, dont le Maroc, sur lequel il a beaucoup travaillé.  Le démographe fait partie de ceux qui ont relevé le rôle de la démographie dans les printemps arabes. Pour lui, les révoltes, ce n’est pas qu’une histoire de chômage, de précarité ou de dysfonctionnements politiques. Il s’agit également de la conséquence de la transition démographique, qui a commencé il y a près d’une cinquantaine d’années.

La baisse de la natalité et l’accès croissant à l’enseignement a bouleversé la structure de la famille arabe traditionnelle. L’autorité des pères analphabètes est contestée par les fils, celle des frères est remise en question par les sœurs, et l’ensemble de la population tend à se soulever contre l’ordre établi. La hausse de la part des jeunes éduqués, la tranche «la moins calme» et la plus à même d’adhérer à différentes idéologies, y a aussi participé. «Les activistes islamistes recrutent parmi les plus éduqués», fait remarquer le démographe.

Dans la région, la jeunesse est à la fois une chance et un fardeau. La part de ceux ni à l’école, ni en stage, ni en emploi atteint des niveaux préoccupants (27,5% des 15-24 ans au Maroc). Pour Courbage, ces jeunes représentent un danger, pour eux-mêmes et pour la stabilité du pays. Sans pétrodollars ou rente gazière permettant de créer des emplois «bidon», il est de la responsabilité de l’Etat et du privé de leur assurer une inclusion économique.

 

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