Société

Tea Time UPF-Maroc: Une histoire sur «l’an zéro» de leurs droits

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5221 Le 02/03/2018 | Partager
Du statut personnel et successoral au code de la famille
Le tournant des centres d’écoute des victimes violentées
La Constitution de 2011 face à une «offensive idéologique»
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La loi relative à la lutte contre la violence à l’égard des femmes a été votée mi-février 2018 par le Parlement (Ph. Fadoua Al Nasser)

Avis aux journalistes, ces historiens de l’instant! Ne jamais rater l’occasion de consigner un témoignage pour combler les lacunes de notre mémoire collective. Nouzha Skalli est un témoin qui a eu plusieurs vies: parlementaire, ancienne ministre et membre du bureau politique du PPS.

Elle revient sur ce qu’elle appelle «l’an zéro des droits des femmes» marocaines. Une époque pas si lointaine qu’il n’y paraît puisque l’invitée spéciale d’UPF-Maroc fixe comme date de départ 1993! Du temps où le «vieux» Statut personnel et successoral de 1958 n’était pas encore dénommé Code de la famille. Une loi qui condense 60 ans d’Histoire de notre débat sociétal imprégné par la position peu libérale du  Parti de l’Istiqlal (cf. L’Economiste n° 5080 du 04 août 2017). 

Du temps aussi où presque «aucune femme ne siégeait dans une instance élue ou ne présidait une institution publique», se remémore une francophile déclarée.

«Coup de griffes»

Ainsi, 1993 sera l’année où le Maroc va ratifier la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (Cedaw). Une ratification «avec tellement de réserves que la convention a été vidée de son contenu», déclare avec regret la militante des droits des femmes. L’intervenante, pharmacienne de métier, se présente aussi comme «l’une des fondatrices des premiers centres d’écoute et d’orientation des femmes victimes de violence». 

Hommage est ainsi rendu à la regrettée Fatima Mernissi, sociologue de profession, et à Omar Aziman, actuellement conseiller royal et président du Conseil supérieur de l’éducation. «Ces deux grandes personnalités nous ont proposé de créer le projet des centres d’écoute et grâce à eux nous avons pu obtenir des financements auprès d’une fondation allemande (Friedrich-Ebert)», témoigne Nouzha Skalli. 

  Ces centres constituent notamment l’ADN de l’Association marocaine de lutte contre la violence à l’égard des femmes. «Depuis leur création en 1994, nous avons assisté plus de 18.000 victimes uniquement dans notre centre de Casablanca. Il en existe plusieurs et qui sont rattachés à d’autres associations des droits des femmes», précise la psychologue Nadia Cherkaoui. L’histoire continue.

Un «début d’éclaircie» s’annonce «avec l’arrivée du gouvernement de l’Alternance» en 1998. Refaire l’histoire consiste également à la réécrire selon une optique partisane: les socialistes, dont ceux du PPS, prennent les rênes du pouvoir. Les années 2000 seront marquées par un débat tendu sur la réforme du Statut personnel et successoral, dit «la Moudawana».

La rue est divisée sur le sujet au point où le Souverain finit par désigner la Commission royale pour la réforme de la Moudawana. Elle sera présidée par l’Istiqlalien Mohamed Boucetta. L’entrée en vigueur du code de la famille en février 2004 «va ouvrir la porte à d’autres dossiers (et revendications) comme la loi sur la nationalité, la budgétisation genre...», poursuit l’invitée d’UPF-Maroc. Ce qui annonce aussi le démarrage  des campagnes de sensibilisation pour que «violence ne rime plus avec silence». 

Arrive la Constitution de 2011 et ses droits fondamentaux relatifs à la parité et l’égalité entre hommes et femmes. «Ce qui a poussé les militantes à devenir très exigeantes en ayant toujours comme référence les standards internationaux. Pas de droits humains saucissonnés», poursuit l’ancienne ministre du développement social et de la famille. Les associations ont développé «une expertise remarquable» dans ce domaine. De l’aveu même des organisations internationales, assure Skalli.

Puis vint le temps des paradoxes. «Nous vivons une situation déprimante. Nous méritons beaucoup plus que ce que nous avons aujourd’hui. La Constitution de 2011 est très en avance. Mais le premier gouvernement qui vient après son adoption est mené par un parti conservateur (PJD)», déplore celle qui fut la première présidente d’un groupe parlementaire.

Il est ainsi question «d’une offensive idéologique» menée sur tous les fronts. L’oratrice en veut pour preuve la loi relative à la lutte contre la violence à l’égard des femmes. Certaines de ses dispositions sont qualifiées de «coup de griffes contre la société civile».

Embrigadement et guerre des sexes

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L’une des militantes, présente au Tea Time de l’UPF-Maroc, fait part de «son sentiment que le mouvement féministe s’est recroquevillé sur lui-même. A l’heure où des associations, qui sous le prétexte du caritatif, font de l’embrigadement. Avec le dessein de reproduire un modèle sociétal où l’on dénigre la femme (victime d’un viol par exemple) et où l’on valorise l’homme».
Il ne faut pas pour autant que nos ambitions égalitaires succombent à une guerre des sexes. Un chantier politique aussi où le gouvernement El Fassi (2007-2011) a cédé son fauteuil au gouvernement Benkirane (2011-2016). Avec au passage un curieux épisode sur l’agenda gouvernemental sur l’égalité axé sur l’éducation, la santé, l’infrastructure, l’emploi... «Agenda qui a été récupéré par le gouvernement (mené par les conservateurs du PJD) qui a d’abord nié son existence avant de déclarer qu’il fallait le mettre en conformité avec la Constitution de 2011», témoigne l’ancienne ministre du Développement social, Nouzha Skalli lors du débat co-animé par nos confrères Meriem Oudghiri et Anouar Zine.

 

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