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    Un système d’enseignement plein «d’impostures»!

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:4940 Le 17/01/2017 | Partager
    Impuissance apprise, individualisme, productivité au détriment de l’épanouissement…
    L’école de l’ère industrielle, en copiant l’usine, gave les élèves et les dégoûte
    Vers une «gastronomie de la connaissance»

     

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    Si à l’époque de la renaissance, l’humanité a inventé l’imprimante, développé la science et la médecine et exploré le nouveau monde, aujourd’hui, elle a créé internet, se fascine pour l’espace et s’investit dans les neurosciences. Pour Idriss Aberkane, nous avons là les ingrédients d’une renaissance 2.0, que nous vivons sans pour autant en prendre conscience. Une ère où l’école, l’économie de la connaissance et la neuroergonomie prennent une place centrale

    Notre éducation est clairement en décalage avec les nouvelles réalités de notre époque. Fondée à l’ère industrielle, l’école du passé continue de former, avec le même modèle et les mêmes finalités, les générations qui devront à l’avenir créer de la valeur autrement, dans un monde de plus en plus digitalisé. «Nous sommes à l’heure d’une deuxième renaissance, sauf que nous n’en avons pas encore conscience. Les révolutions passent toujours par trois étapes. Elles sont d’abord qualifiées de ridicules, puis de dangereuses, avant de devenir évidentes», relève Idriss Aberkane, professeur à Centale-Supélec, Consultant international ayant donné plus de 200 conférences dans le monde. Invité par l’alumni de la prestigieuse université américaine Columbia, il intervenait vendredi dernier au Studio des Arts vivants de Casablanca. 
    De nos jours, la connaissance mondiale se multiplie par deux tous les sept ans. Cela signifie que durant la scolarité obligatoire de 15 ans, les savoirs se développent au moins deux fois. Or, les programmes scolaires restent les mêmes. Au Maroc, le dernier relifting des contenus des manuels date de 2002. Ils n’ont été revus, partiellement, que cette rentrée 2016-2017.  Donc une fois en quinze ans. 
    Mais ce n’est pas le seul tort de notre système d’enseignement. Ce dernier est aussi plein de «mensonges», selon l’auteur du livre «Libérez votre cerveau! Traité de neurosagesse pour changer l’école et la société». «L’école nous apprend que l’échec et la réussite sont individuels. Tout ce qui est collectif, elle ne le note pas. Elle le considère même comme de la triche!», pense-t-il. «Une fois adultes, les élèves sont conditionnés pour attendre la personne qui va, à elle seule, solutionner tous leurs problèmes», poursuit-il.  
    Plusieurs ingrédients manquent, par ailleurs, souvent à l’appel, tels que la motivation. Or, plus vous aimez un domaine, plus vous y excellez. 
    L’école fait aussi souvent l’impasse sur le jeu. Alors qu’à l’instar des animaux qui apprennent à découvrir la nature en jouant, le jeu reste «le meilleur outils d’apprentissage». Et dans l’ère du digital, c’est du sérieux. La Corée du Sud l’a, par exemple, bien compris. «Le pays a même créé un secrétariat d’Etat pour le progaming. La Russie, elle, a reconnu une fédération pour le sport électronique», relève Aberkane. 
    L’école installe, également, des «logiciels» nuisibles dans le cerveau de ses élèves, sans pour autant leur apprendre à les désinstaller. Comme celui de «l’impuissance apprise». Ils se croient incapables de résoudre des problèmes, sans pour autant avoir essayé de s’y atteler.  
    Autre mensonge, selon Aberkane, faire croire qu’il faut toujours choisir entre épanouissement et productivité, et que cette dernière est forcément liée à la souffrance. Sauf que la motivation fait oublier toutes les difficultés, et c’est par là que l’école, inventée à l’ère industrielle pour maximiser la productivité dans les usines, pèche. Elle copie l’usine en instaurant le modèle de «gavage». Au lieu d’assouvir l’appétit naturel des enfants d’apprendre, elle les gave et les dégoûte, parfois à vie! Il est donc plus judicieux de se diriger vers une «gastronomie de la connaissance», avec plus d’ergonomie, moins de pressions, et plus d’épanouissement, y compris pour les profs. 

    Le jeu, un formidable canal d’apprentissage

    Fonder toute une économie sur de la connaissance ou de l’immatériel paraît, pour beaucoup, inconcevable. Sauf que ce qui est ridicule aujourd’hui ne l’est pas forcément demain. Il faut donc, dès à présent, former les acteurs de cette nouvelle ère. 
    Dans cette économie, le pétrole, c’est la connaissance. Elle est infinie, et même partagée, elle ne diminue pas. Au contraire, elle s’amplifie. En revanche, pour être échangée, la connaissance nécessite plus de temps. Son pouvoir d’achat est, d’ailleurs, formé de temps et d’attention. Forcément, tout le monde en dispose dès la naissance. Les chômeurs y sont les mieux lotis. Et plus vous mettez de l’amour dans ce que vous faites, plus votre pouvoir d’achat s’agrandit. La Corée du Sud a été précurseur, car elle a été la première à créer un ministère de l’économie de la connaissance. Dénuée de ressources naturelles, elle en a bâtit tout son modèle pour devenir une superpuissance économique 
     «Si la connaissance est le nouveau pétrole, le jeu peut être considéré comme le nouveau pipeline. De 2004 à 2014, le monde a passé 7 millions d’années à jouer à World of Warcraft», avance Idriss Aberkane. Cela en fait un formidable canal d’apprentissage. Google consulte, par exemple, les joueurs professionnels (progamers) dans son projet d’intelligence artificielle.   

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    Le showman intello

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    Source: Jean Pierre Boeye

    «Il a obtenu trois doctorats à seulement 29 ans», «il est anticonformiste», «il met des bagues très particulières»,… pouvait-on entendre, vendredi dernier, dans la longue file d’attente devant le Studio des Arts vivants de Casablanca. Le public, venu nombreux pour assister à la conférence, plutôt, au spectacle d’Idriss Aberkane, était impatient de voir en vrai celui qui crée le buzz en ce moment sur les réseaux sociaux. Le jeune homme, à la fois intrigue et fascine. Dès les premières phrases, il casse les codes, histoire de faire comprendre, d’entrée de jeu, qu’il ne ressemble pas à un conférencier classique. Après deux heures et demie de conférence-spectacle, l’heure était aux selfies et autographes. Idriss s’y prête volontiers. Le jeune homme, d’une spontanéité et d’un naturel peu communs pour une célébrité montante, adore les projecteurs. Il se délecte de voir les fans affluer pour le saluer ou lui poser des questions, et se rend disponible pour tout le monde. Premier contact avec lui, peu avant minuit: «Pouvez-vous m’accorder quelques minutes après les photos?». «Oui, bien sûr. Joli pull au fait!», répondit-il. Dès le départ, il impose le tutoiement. Son attitude n’est pas sans rappeler celle des stars de la Silicon Valley. Des profils brillants, mais qui ne se prennent pas vraiment au sérieux.   
    Quelques personnalités ont fait le déplacement pour assister à son one-man-show pour intellos, organisé par l’alumni de la prestigieuse université américaine Columbia. Parmi elles, le ministre de l’Education nationale sortant, Rachid Benmokhtar, qu’il a conseillé pour la réforme du système d’enseignement, l’ancien ministre des Finances, Mohamed Berrada, l’ex-maire de Rabat, Fathallah Oualalou, le patron du CIH, Ahmed Rahhou, ou encore la présidente du directoire de Wafasalaf, Laila Mamou. 

     

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