Economie

Sida: Les patients bientôt privés de soins?

Par | Edition N°:3591 Le 09/08/2011 | Partager
Merck, J&J et GSK & Pfizer reviennent sur les prix standardisés
L’ALCS Maroc inquiète

Les cinq atouts du Traitement 2.0, plateforme thérapeutique extrêmement simplifié contre le VIH

C’est le rapport de Médecins sans frontières (MSF), rendu public il y a quelques jours, qui a jeté de l’huile sur le feu. Il relève que les principales firmes pharmaceutiques notamment Merck, Johnson&Johnson et GSK & Pfizer, qui détiennent des brevets sur les molécules anti-VIH ont suspendu massivement leurs programmes de prix standardisés dans les pays à revenus intermédiaires dont le Maroc qui, depuis peu, sont inéligibles au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.
Il n’en fallait pas plus pour que l’Association marocaine de lutte contre le sida (ALCS) et son homologue français, Act Up-Paris, montent au créneau. Ceci d’autant plus que le rapport indique que ces pays sont massivement touchés par des suspensions des programmes d’accès de prix standardisés des laboratoires pharmaceutiques.
Dans un communiqué commun, les responsables de ces deux associations mènent une fronde pour que les pays concernés par ces mesures émettent des licences obligatoires. C’est-à-dire casser les brevets de sorte à pouvoir produire ou importer des génériques, seul moyen, selon elles, d’espérer faire face à la volonté de ces laboratoires de sacrifier les malades à l’autel du seul profit. «La communication des laboratoires masque difficilement un cynisme meurtrier», selon les associations.
Pour elles, «ces programmes ne sont pas des solutions viables, ni des modèles durables dans la mesure où ils diffèrent selon les pays. Ils peuvent s’arrêter du jour au lendemain ou encore constituer des moyens de pression sur les pays qui en bénéficient pour que ceux-ci n’aient pas recours aux génériques et aux flexibilités des accords sur la propriété intellectuelle». Faute de transparence dans les négociations des prix, l’ALCS et Act Up-Paris exigent des laboratoires de publier la liste des prix de leurs médicaments, pays par pays. «D’autant plus que le Maroc ne bénéficie pas de baisse significative de prix alors que les malades ne peuvent pas payer les antirétroviraux aux tarifs pratiqués en Europe et que le gouvernement n’a pas les moyens de les mettre à leur disposition», déclare la présidente de l’ALCS, Hakima Himmich. La polémique autour du développement des génériques, née de la signature de l’ALE avec les Etats-Unis, refait ainsi surface.

                                                                                                                                                                      

«Sans les génériques, c’est 25.000 DH/mois/patient»    

- L’Economiste: Quel impact de cette mesure sur les personnes vivant avec le VIH au Maroc?
- Hakima Himmich:  L’impact de cette mesure est très important. Actuellement, l’écrasante majorité des personnes vivant avec le VIH qui bénéficient d’un traitement antirétroviral sont traitées par des génériques et leur traitement coûte en moyenne 250 DH/patient/mois.
Ces traitements sont financés à 50% par le ministère de la Santé et à 50% par le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Lorsque des patients ont besoin des nouvelles molécules, c’est parce qu’ils ne tolèrent plus les anciennes, ou qu’ils ont développé des résistances aux anciennes molécules, il faut passer à des molécules qui sont protégées par des brevets et à ce moment-là, le traitement revient entre 20.000 à 25.000 DH/patient/mois.
- A combien estimez-vous les personnes vivant avec le VIH sous traitement, au Maroc?
- Elles sont environ 4.500 personnes sous traitement antirétroviral. Parmi elles, il faut estimer que dans les mois à venir, 10 à 20% auront besoin de nouvelles molécules.
- L’ALCS et Act Up-Paris ont donc décidé d’unir leurs efforts…
- La collaboration entre l’ALCS et Act Up ne date pas d’hier. C’est avec Act Up que nous avons mené depuis 2005 le combat pour l’accès aux génériques des médicaments du traitement de l’infection à VIH. C’est l’un de nos partenaires depuis des années. Il était donc tout à fait normal que nous réagissions ensemble à un problème dont la solution ne se trouve pas au Maroc. Le combat doit être mené au niveau international. Cet accord entre Gilead et Unitaid, qui exclut le Maroc et les pays de la région Mena, parce que ce sont des pays à revenus intermédiaires, fait que le traitement avec les nouvelles molécules restera à un prix exorbitant.
Propos recueillis par Bachir THIAM

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