Competences & rh

Abandon scolaire: Tayssir, neuf ans après

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5062 Le 11/07/2017 | Partager
Le programme d’appui social aux parents est à l’arrêt depuis 2015-2016!
Une évaluation est en cours, les premiers résultats dans 2 à 3 ans
Les critères de ciblage des bénéficiaires seront également revus
abondon-scolaire-taysir.jpg

Tayssir couvre aujourd’hui 860.100 élèves bénéficiaires, contre 87.795 il y a 9 ans, soit dix fois plus. Le programme ne compte plus seulement des écoliers, mais également des collégiens, car c’est au niveau du passage entre le primaire et le collège que l’on constate le plus d’abandons scolaires

Offrir une allocation mensuelle aux parents à faible revenu (4 à 5% du budget des ménages) afin de les inciter à garder leurs enfants à l’école. C’est en substance le principe du programme d’appui à la scolarité «Tayssir». Depuis son lancement en 2008-2009, le dispositif s’est sensiblement élargi (voir illustration). Cela dit, il est gelé depuis maintenant deux années scolaires. «Les allocations prévues n’ont pas été versées aux familles bénéficiaires depuis la rentrée scolaire 2015-2016», révèle la dernière enquête de la Cour des comptes, sur la gestion de la rentrée scolaire (voir L’Economiste N° 5049 du 20 juin 2017). L’Education nationale en endosse la responsabilité. «Le coût réel des transferts dépasse l’allocation reçue par le ministère. Nous cumulons ainsi les retards de paiement», explique le directeur du programme, El Habib Kinani. «Les familles se sont montrées compréhensives. Elles auront droit à un rappel dès que l’argent sera débloqué», poursuit-il.    Depuis l’achèvement de la phase pilote de deux ans (2008-2009 et 2009-2010), aucune étude d’impact n’a été réalisée. Le processus de réévaluation, dirigé par l’Instance nationale d’évaluation et l’Observatoire nationale du développement humain (ONDH), n’a été initié qu’il y a un an. Les premiers résultats seront livrés d’ici deux à trois ans, puisqu’il s’agit de suivre une cohorte d’élèves sur environ trois ans.
Durant la phase de test, menée dans cinq régions parmi les plus pauvres, une étude d’impact des transferts monétaires a été réalisée par des équipes de la Banque mondiale et du MIT. «Bien que modestes, les montants alloués ont abouti à des résultats encourageants», estime Kinani. Le taux d’abandon scolaire a, par exemple, été réduit de 57% dans les établissements ciblés. Par ailleurs, 37% des enfants ayant quitté l’école ont été récupérés. Et quand ce sont les mamans qui reçoivent la bourse, ces indicateurs s’améliorent de 15 à 30%. Pour l’heure, le ciblage s’opère selon des critères géographiques. L’on cible les enfants des communes rurales enregistrant un taux de pauvreté supérieur ou égal à 30%, et un taux de décrochage scolaire supérieur ou égal à 8%. Dès lors, tous les enfants inscrits dans des écoles relevant de ces communes sont éligibles à l’appui de Tayssir. Quelque 434 communes sont aujourd’hui concernées. Actuellement, dans le cadre d’un projet financé par la Banque mondiale ciblant plusieurs programmes (Ramed, Daâm, Tayssir…), l’on opte pour un ciblage «individuel». «Nous nous orientons vers un Registre social unique des ménages éligibles aux programmes d’appui social, qui seront notés et classés par catégorie. De cette manière, nous disposerons d’information plus fiables permettant un meilleur ciblage», argue Kinani. Le projet, impliquant plusieurs départements, est coordonné par le ministère de l’Intérieur. Il est censé s’achever en 2021. Tayssir a été calqué sur des expériences réussies dans d’autres pays, comme la Turquie, l’Indonésie, le Chili, ou encore le Mexique. Néanmoins, faute de budget, il risque de rejoindre la liste de programmes éducatifs rangés au fond d’un tiroir.

De petits budgets versés tous les deux mois

Une moyenne de 1.300 DH par an et par ménage. Voilà ce que touchent les parents d’élèves de 6 à 15 ans, bénéficiaires de Tayssir. Les montants alloués sont modestes, mais à l’échelle des familles à faible revenu, ils ne sont pas de refus. «La somme est utilisée en général dans l’alimentation, les soins, l’habillement… et tout ce qui pourrait améliorer l’environnement de scolarité de l’enfant», précise El Habib Kinani. Le programme prévoit une bourse mensuelle accordée pendant 10 mois par an, et dans la limite de 3 enfants par ménage. Elle est de 60 DH pour les enfants inscrits aux 2 premières années scolaires, 80 DH pour ceux de la 3e et 4e année, et de 100 DH pour ceux de la 5e et 6e année. Au collège, l’allocation passe à 140 DH. Le versement s’opère tous les deux mois. 434 communes sont éligibles à Tayssir. Pour en bénéficier, les parents doivent déposer un dossier d’adhésion comprenant plusieurs documents (un formulaire à renseigner, un acte de naissance justifiant le lien de parenté, un certificat de résidence, CIN…). 
Quand le lieu d’habitation est à proximité d’une agence Poste Maroc, c’est le parent désigné qui se déplace pour recevoir la bourse. Autrement, c’est un agent Poste Maroc, accompagné par l’équipe chargée du programme à la direction provinciale de l’éducation et d’un agent d’autorité qui font le déplacement. Ils se rendent jusqu’à l’école où l’élève est scolarisé, afin de procéder au transfert monétaire. Pour continuer à en bénéficier, l’élève ne doit pas dépasser 4 absences par mois au primaire, et 6 absences au collège.

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc