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Competences & rh

Abandon scolaire: L’hémorragie continue

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5062 Le 11/07/2017 | Partager
Absence de préscolaire obligatoire, redoublements, sureffectifs… incriminés
Des bugs dans les dispositifs d’appui aux familles et des insuffisances logistiques
Rien ne changera tant que la qualité du système est au plus bas!

Les élèves sont encore trop nombreux à quitter l’école. Dans son enquête sur la rentrée 2016-2017 (voir L’Economiste n°5049 du 19 juin 2017), la Cour des comptes a révélé le nombre d’abadons enregistrés durant cette année scolaire. En se basant sur les données du logiciel de gestion des élèves, Massar, l’institution avance le chiffre de 218.141 décrochages (voir illustration), soit 4% de l’effectif global. Il s’agit peut-être là d’une estimation préliminaire à compléter d’ici la rentrée prochaine. Au quel cas, le nombre pourrait être bien plus grand. Surtout qu’il y a tout juste trois ans, en 2013-2014, quelque 352.179 enfants avaient abandonné leur scolarité (2,5% au primaire, 10,6% au collège et 11,9% au lycée). Difficile d’imaginer une baisse aussi importante en si peu de temps, sachant que les conditions d’apprentissage empirent d’année en année.    
«Les enfants les plus touchés sont ceux qui ne sont pas préparés à intégrer l’école à travers un préscolaire de qualité. Et quand ils regagnent les bancs de l’école à l’âge légal, ils sont mis dans des classes de 50 ou 60 élèves où ils se sentent complètement perdus», explique un expert de l’éducation. «Parfois, on les fait passer d’un niveau à l’autre sans qu’ils possèdent les prérequis nécessaires. Tôt ou tard, ils finissent pas baisser les bras», poursuit-il. En effet, le préscolaire ne profite qu’à moins de la moitié des 3-5 ans, selon le HCP (48,7% en 2014). Et encore, ceux qui en bénéficient sont répartis entre kouttab ne répondant pas aux normes de qualité, écoles semi modernes aux faibles résultats et écoles modernes. Or, ce cycle scolaire, axé sur les activités d’éveil, est crucial dans le parcours des élèves. Selon le HCP, au primaire, les déperditions sont trois fois plus fréquentes chez les non- préscolarisés. «Tant qu’il n’existe pas de préscolaire public généralisé et obligatoire, la situation ne risque pas de s’améliorer. S’appuyer sur des ONG ne suffira pas. La société civile développe des modèles qui marchent, mais c’est à l’Etat de généraliser», estime l’expert en éducation. «Quitte à limiter l’enseignement primaire à cinq ans et réserver une année au préscolaire obligatoire», propose-t-il. 
La qualité de l’enseignement offert, en continuelle dégradation, n’arrange pas les choses. En cumulant les lacunes d’apprentissage, beaucoup finissent par jeter l’éponge. 

De nombreuses défaillances relevées

Le redoublement est, également, décisif. Environ 20% des élèves redoublent la première année du primaire, selon le ministre de l’Education nationale, Mohamed Hassad. Cela représente 500.000 élèves chaque année. Un choc psychologique dont les enfants se passeraient bien. De l’avis même de l’Instance nationale d’évaluation, le redoublement ne sert pas à grand-chose. Le Programme national d’évaluation des acquis des élèves (PNEA 2016) avait montré que les résultats des élèves ayant redoublé au moins une fois durant leur parcours réalisent les pires scores. Loin d’être une possibilité de rattrapage, le redoublement s’apparente plus à une perte de temps. Toujours selon le PNEA, 38% des élèves de 1re année du lycée ont redoublé au moins une fois durant leur parcours. Une part énorme. 

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Source: MEN
C’est au collège que l’on enregistre le plus grand nombre d’abandons scolaires. Et qu’il s’agisse d’élèves urbains ou ruraux, la part est pratiquement la même. L’Observatoire national du développement humain (ONDH) avait dévoilé en 2014 les résultats d’une enquête sur les raisons poussant les collégiens à abandonner l’école (voir L’Economiste n°4663 du 8 décembre 2015). La première est qu’ils ne l’aiment pas (31,9%). L’éloignement de l’établissement est la deuxième raison citée (13,6%), suivie de l’exclusion après un échec scolaire (12,1%) et du refus d’un membre de la famille (12%). Par ailleurs 10,5% considèrent que l’école «n’est pas importante»

Il existe plusieurs pistes de solutions à entamer, à commencer par la qualité des apprentissages et de l’environnement scolaire. Le ministère de l’Education nationale y travaille depuis des décennies, sans pouvoir y arriver… L’école publique, procurant peu de compétences et de chances de réussite, désertée par les classes moyennes à aisées… intéresse de moins en moins. «Nous pensons que la situation des abandons s’améliorera en parallèle avec l’amélioration de la qualité de la formation offerte. Il faut bien le reconnaître, cela prendra du temps», avait confié à L’Economiste l’ancien ministre de l’Education nationale, Rachid Benmokhtar Benabdallah. En parallèle, des efforts ont été fournis en matière de logistique et de soutien aux familles défavorisées. Mais là encore, de nombreuses défaillances ont été relevées par la Cour des comptes. En milieu rural, par exemple, et contrairement aux recommandations de la charte d’éducation, 566 collèges ne sont pas dotés d’internats. Dans la majorité de ceux qui en contiennent, les conditions d’hébergement, de restauration et de transport ne sont pas appropriées. Par ailleurs, il existe de nombreux internats en sureffectif (212), avec un taux d’occupation allant jusqu’à 200%. Tandis que d’autres (246) sont en situation de sous-exploitation, avec un taux d’occupation d’à peine 4%. En outre, 7.023 établissements ruraux ne sont pas équipés en cantines. 457.000 élèves reçoivent ainsi leurs repas en plein air. 
Le programme «Tayssir» offrant un appui financier aux parents démunis, pour sa part, est à l’arrêt depuis deux années scolaires (voir article ci-contre), en raison de retards de paiement. L’opération Un million de cartables, elle, accuse souvent des retards allant jusqu’à deux mois. 
Dans ces conditions, la situation ne risque pas de s’améliorer de si tôt. 

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