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Economie

Engrais phosphatés: Les inquiétudes des syndicats agricoles européens

Par Aziz BEN MARZOUQ | Edition N°:4934 Le | Partager
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Dominique Dejonckheere: « Il convient de prévoir une période transitoire d’au moins quinze ans permettant le développement de procédés de décadmiation rentables à l’échelle industrielle ainsi que des procédés de recyclage du phosphore issus des matières organiques» (Ph. DD)

La Commission européenne prépare un projet de réglementation qui rendrait inutilisable la majeure partie de la phosphorite importée en Europe et pourrait empêcher la production de certains fertilisants. La mesure, qui  pourrait avoir des implications sur les exportations marocaines de roches phosphatées vers l’UE, serait motivée par des raisons sanitaires, pour réduire l’exposition à un composant associé à des risques cancérigènes, le cadmium.

Ce projet ne fait pas l’affaire de tous. Certains europarlementaires considèrent que Bruxelles a mal évalué l’impact (cf. notre édition du 6 janvier 2017) et soutiennent implicitement par là la position marocaine. Les syndicalistes expriment également leurs inquiétudes comme pour cet entretien avec Dominique Dejonckheere, conseillère principale sur les matières premières agricoles et les engrais au sein du syndicat agricole européen Copa-Cogeca.

- L’Economiste: Votre syndicat réclame une teneur minimum de 60 mg/kg de cadmium ou «plus» dans les engrais phosphatés. Que signifie exactement ce «plus»?
- Dominique Dejonckheere:
La proposition de la Commission européenne de réduire le seuil de cadmium en dessous de 60 mg/kg n’est pas justifiée par une évaluation scientifique et les prix des engrais phosphatés risquent d’augmenter, ce qui est préjudiciable aux agriculteurs européens. Elle risque de mettre en péril l’approvisionnement de l’UE car les ressources mondiales de roches phosphatées pauvres en cadmium sont limitées. Par ailleurs, il n’existe pas encore de technologies rentables à l’échelle industrielle permettant de traiter les roches phosphatées en vue de réduire leur teneur en cadmium. Plus important encore, les fabricants d’engrais ont indiqué que pour extraire le cadmium supplémentaire en vue d’atteindre la limite, ils feront face à une augmentation des coûts de production de l’ordre de 5 à 15%.

- Que faudrait-il faire à votre avis pour surmonter ces difficultés?
- Il convient de prévoir une période transitoire d’au moins quinze ans permettant le développement de procédés de décadmiation rentables à l’échelle industrielle ainsi que des procédés de recyclage du phosphore issu des matières organiques. La discussion entre les institutions européennes est purement politique sur cette question de cadmium et c’est la raison pour laquelle le Copa-Cogeca n’a pas quantifié le «plus» au-delà de 60 mg/kg. «Plus que 60 mg/kg et 15 ans de période transitoire» constituent pour nous la ligne rouge.

- Le Maroc, un des principaux pays exportateurs de phosphates dans le monde, dénonce les propositions de Bruxelles et estime qu’il sera le principal perdant dans cette l’affaire. Qu’en pensez-vous?
- Nous savons que le Maroc est un fournisseur important de roches phosphatées en Europe. Les craintes de nos membres portent justement sur l’approvisionnement de l’UE en roches phosphatées et les coûts des engrais. Le Copa-Cogeca représente et défend les intérêts de ses organisations membres, lesquelles pourraient subir des conséquences très préjudiciables si la proposition de la Commission était adoptée en l’état.

Propos recueillis à Bruxelles par
Aziz BEN MARZOUQ

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