Economie

Fermeture des écoles turques: Quid des élèves?

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:4934 Le 09/01/2017 | Partager
Entre 2.000 et 3.000 dans 5 villes sont concernés
Les parents organisent des sit-in de protestation
Des cellules créées dans les académies régionales pour faciliter les réinscriptions

La nouvelle est tombée comme un couperet: la fermeture des écoles du groupe scolaire turc «Mohammed Al Fatih», proche de Fethullah Gülen, le leader du mouvement turc «Hizmet», et ennemi numéro un du régime Erdogan. Toutes doivent mettre la clé sous la porte d’ici moins d’un mois. Dans son communiqué de jeudi dernier, le ministère de l’Intérieur avance comme motif la «propagation de l’idéologie du mouvement Hizmet» à travers le réseau d’écoles, et la diffusion d’idées «contraires aux principes du système éducatif et religieux marocain». Un constat qui découle de missions d’inspection, suivies d’avertissements «non respectés» par le réseau présent au Maroc depuis 1994.

Contacté par L’Economiste, le ministère de l’Education nationale souligne des «écarts relevés entre le programme dispensé par le groupe et le curriculum marocain». Mais sans donner plus de précisions sur la nature de ces «écarts». Il pointe également du doigt la présence de personnel et d’enseignants turcs non autorisés.

Du côté des parents, c’est la stupéfaction. «Nous n’avons pas du tout été avisés, nous avons appris la nouvelle à travers les médias», confie Slimane Bouslimi, parent de trois enfants scolarisés dans l’une des trois écoles du groupe à Casablanca. Des sit-in de protestation ont été organisés dans toutes les villes où le réseau est implanté. Il est présent à travers 3 écoles à Casablanca, une à Tanger, une à Tétouan et une à Fès. Sur son site Internet, il cite aussi deux écoles à El Jadida (Assafwa). Sauf que ces dernières ont démenti tout lien avec «Mohammed Al Fatih» sur leur page Facebook. L’Education nationale dit mener son enquête pour lever le voile sur cette ambigüité...

La fermeture du groupe touchera environ 2.000 élèves (près de 3.000 si l’on compte les établissements d’El Jadida) qui se retrouveront en dehors des bancs de l’école, en plein milieu de l’année scolaire. «L’établissement de Lissasfa, par exemple, est le deuxième du genre au Maroc à être autorisé à enseigner le programme scolaire en anglais. Nous n’avons aucune autre alternative pour nos enfants», s’alarme Bouslimi.       
Le ministère de tutelle, lui, prévoit des cellules dans toutes les académies régionales de l’éducation et de la formation. Elles seront chargées d’accueillir les parents d’élèves et de faciliter toutes les démarches pour la réinscription des enfants dans les écoles publiques ou privées de leur choix.

«Nous organiserons le 14 janvier prochain une assemblée générale, durant laquelle nous lancerons un appel aux écoles privées pour intégrer ces enfants, en créant des classes supplémentaires», déclare, pour sa part, Abdeslam Amor, SG de l’Alliance de l’enseignement privé au Maroc. «Il sera cependant difficile de les absorber tous en un mois. Si à Casablanca l’offre scolaire est abondante, il n’en est pas de même pour des villes comme Tanger», précise-t-il.  
Les parents, plutôt satisfaits de la qualité de l’offre turque, comptent se constituer en association, afin de défendre leurs intérêts de manière structurée. «Nous sommes contre la fermeture de ces écoles. Le ministère peut en changer le nom ou le management, mais il faut qu’elles continuent à exercer», revendique Slimane Bouslimi.   

Le même scénario s’est produit au Sénégal en décembre dernier. Après avoir décidé la fermeture de neuf écoles turques gérées par une association proche de Gülen, le ministère de l’Intérieur sénégalais a opté pour une deuxième solution. Celle de garder les établissements, mais d’en confier la gestion à la fondation publique turque Maarif, fondée par le président Récep Téyip Erdogan.

Satisfecit de la Turquie

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En pleurs, les élèves du groupe scolaire Mohammed Al Fatih de Lissasfa (Casablanca) ont manifesté vendredi dernier, aux côtés de leurs parents, contre la fermeture de leur école. Le ministre des Affaires étrangères turc, Mevlüt Cavusoglu, quant à lui, a fait part de sa satisfaction suite à l’annonce du gel du réseau d’écoles au Maroc. «Cela montre qu’il existe une bonne coopération entre les deux pays», a-t-il déclaré dans un tweet.  En Turquie, l’annonce de la fermeture de toutes les écoles liées à Fethullah Gülen est intervenue à quelques jours du coup d’Etat avorté de juillet 2016.

 

Des profs supplémentaires pour le privé

Les écoles privées seront plus que ravies de récupérer les futurs ex enseignants des établissements turcs qui fermeront bientôt leurs portes. La dernière opération de recrutement de 11.000 profs contractuels pour le public les a vidés de leurs ressources. «Près du tiers de l’effectif pris provient du privé. Les enseignants, que nous avons nous-mêmes formés, viennent de nous quitter début janvier, alors que nous serons bientôt en période d’examens», déplore Abdeslam Amor, SG de l’Alliance de l’enseignement privé au Maroc. Il s’agit donc d’un coup dur pour le secteur qui souffre déjà d’un manque cruel en ressources humaines. De surcroît, à partir de l’année prochaine, le privé ne pourra plus recourir aux profs du public pour combler son déficit. Avec la rareté des profils employables sur le marché, cela relèvera de la «mission impossible», selon certains opérateurs.

 

 

 

 

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