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Politique Internationale

Von Hayek: un monument de la pensée libérale nous quitte

Par L'Economiste | Edition N°:25 Le 16/04/1992 | Partager

FRIEDRICH Von Hayek, prix Nobel de l'économie en 1974, maître à penser des ultra-libéraux et Conseiller de Margaret Thatcher, s'est éteint à l'âge de 92 ans, le 30 Mars 1992 en Allemagne. Qu'est-ce que cette figure de proue de la science économique contemporaine nous a légué comme héritage intellectuel dans sa discipline? L'analyse des économies dans la durée rappelle fréquemment les travaux de Juglar et Kondratiev. La "théorie du cycle de Hayek" est ainsi négligée. Pourtant, elle éclaire de façon originale et puissante les phases où les économies sont atteintes d'une maladie qui s'appelle: La surcapita-lisation. Ce phénomène nous rappelle que la crise, moment historique situé entre un trend d'expansion et un autre de récession, peut s'expliquer par un déséquilibre de l'appareil de production. Où l'on assiste à un développement inégal entre les industries de biens d'équipement et celles des biens de consommation. Les prix relatifs se trouvent à l'origine de cette déformation structurelle de l'économie. Mieux, la raison majeure est à chercher dans l'économie du crédit. En effet, l'intervention des banques éloigne, selon V. Hayek, l'économie de l'"ajustement naturel": l'offre de crédit sans une contrepartie d'épargne entraîne une baisse drastique du taux d'intérêt. Les entrepreneurs auront, par conséquent, tendance à investir dans les biens fixes qui voient leurs prix augmenter par rapport à ceux des biens de consommation. Ce changement des prix relatifs est de nature à favoriser la production dans le secteur des biens d'équipement au détriment du secteur des biens de consommation. Ainsi, les ressources financières disponibles sont dirigées vers les stades de production les plus éloignés des consommateurs. Le scénario ainsi décrit accompagne la phase ascendante du cycle économique (l'expansion). Ces données quand elles changent, la phase de dépression pointe à l'horizon: certains investissements cessent d'être profitables et le retour à des stades de production où les séries sont courtes et les combinaisons productives ne sont pas excessivement capitalis-tiques. Von Hayek - comme Von Mises, L. Robbins et W. Röpke - explique les cycles économiques par le sur-investissement par rapport à l'offre disponible de l'épargne dans l'économie. Von Hayek réclame, à l'instar de Milton Friedman, du monétarisme. Mais, si les analyses de l'un et de l'autre convergent quant à la critique des politiques monétaires "activistes" jugées comme la cause de la crise économique, les arguments qu'ils versent à l'armature et la démonstration monétariste divergent.

Insister sur la spécificité de l'apport Hayekien, reviendrait à mettre en relief l'influence de l'école autrichienne sur le projet de recherche de Von Hayek qui ne saurait être confondu avec la représentation monétariste de l'économie des "chicago-boys". Si Hayek est donc bien en première analyse un adepte du monétarisme, type monétarisme friedmanien, il convient pourtant de marquer la spécificité de l'"autri-chianisme" de l'auteur de "prix et production". Ces divergences entre Hayek et Freidman peuvent être illustrées à travers les fondements de l'analyse monétaire et aussi de la politique monétaire.
- si Friedman, héritier de la théorie quantitative de la monnaie d'I. Fisher, consacre la dichotomie entre la sphère réelle et la sphère monétaire de l'économie, Von Hayek repousse une telle vision;

- si la relation entre la monnaie et l'activité économique revêt un mécanisme direct chez Friedman, elle prend l'allure d'une connexion indirecte chez Von Hayek;
- si le rôle de la monnaie est neutre à long terme pour Friedman, son collègue d'origine autrichienne s'oppose à cette hypothèse en soutenant que la monnaie a un rôle "actif" renouant en cela avec les "économistes de Vienne", comme K. Wicksell et L. Von Mises, pour s'éloigner de la théorie quantitative de la monnaie;
- enfin, si Friedman s'efforce de neutraliser la politique monétaire, Von Hayek a le souci de la mettre en exergue au point de la faire disparaître. Allant jusqu'à prôner l'indépendance du pouvoir monétaire par rapport au pouvoir politique où un système de concurrence entre les monnaies d'origines privées et la monnaie centrale paraît le plus efficient du point de vue économico-social et par extension, de l'exercice de la liberté.
En somme, l'auteur de "Prix et production" s'avère un ultra-libéral qui est resté fidèle à ses origines autrichiennes et dont l'apport original ne saurait être appauvri par une quelconque réduction au monéta-risme.o

Fikry EL KAOUACHI

Professeur à l'ISCAE

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