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    Economie

    Voitures d’occasion
    Rabat, plaque tournante vers l’Afrique subsaharienne

    Par L'Economiste | Edition N°:2158 Le 25/11/2005 | Partager

    Réputé pour ses voitures d’occasion en «bon état», le marché des voitures de Rabat alimente l’ensemble des provinces du pays. Ce souk informel est même devenu une plaque tournante pour les voitures venues d’Europe, à destination de la Mauritanie et, par-delà, l’Afrique subsaharienne.«Une très bonne occase, ça saute aux yeux. Mais il faut avoir le coup d’œil quand même!»: Youssef, la trentaine, sait de quoi il parle. Acculé au chômage, ce jeune passionné de l’automobile s’est taillé un métier à sa mesure. Il est vendeur de voitures d’occasion au marché Al Fath à Rabat. Un quartier populaire de la banlieue sud-ouest de la capitale. Sous un ciel brumeux, il pleut des cordes ce lundi au boulevard Al Massira, l’une des principales artères de ce quartier périphérique. Tout autour, plusieurs dizaines de voitures à vendre, aux couleurs ternes, sont parfaitement alignées face au trottoir. Non loin, des petits groupes s’affairent, à l’abri du vent et de la pluie, aux terrasses de cafés. Ils se connaissent tous et se saluent de loin. Ils savent qu’ils peuvent se renvoyer l’ascenseur ou travailler en équipe pour... vendre. Le mauvais temps et l’atmosphère humide et triste ne semblent pas dissuader les habitués de ce marché à ciel ouvert. Slaoui, l’un des plus anciens vendeurs, lève le capot d’une voiture et vérifie le niveau d’huile et d’eau. Il regrette la délocalisation de ce marché basé autrefois à El Menzeh: «Près de la plage et de la forêt, c’était plus agréable et aussi plus étendu». Ici, en quelques mois seulement, ce quartier a complètement changé». Depuis ce temps-là, le nouvel emplacement a permis la création dans cette zone périphérique de nombreux commerces liés de près ou de loin à l’activité automobile. Des tôliers qui astiquent des carrosseries, des mécaniciens qui ajustent les vibrations de vieux moteurs diesel, des électriciens qui installent le signal d’alarme, des garages de lavage et de vidange où l’on nettoie des sièges et lubrifie des moteurs, une ferraille... Toute une chaîne de petits métiers qui facilitent la vente. Mais il y a aussi des laiteries, des cafés, des banques et des téléboutiques. Au Bd Al Massira, l’argent circule! De petits showrooms, qui n’ont rien à envier aux concessions de véhicules neufs, ont également ouvert depuis peu. Ils exposent des modèles de voitures très récents et à peine rodés. Le dernier cri de l’industrie automobile: BMW Série 5, 4x4 X5, Mercedes Classe S ou encore une C4 et une 307 restylée. «A lui seul, poursuit Youssef, un commerçant possède plus de 40 voitures qu’il cache discrètement dans un sous-sol. Il les montre à ses clients uniquement». L’argent liquide circule dans ce quartier d’apparence modeste, mais le pactole est brassé loin des mailles du Fisc. Des centaines de familles vivent de ce commerce informel. Mieux encore, certains employés et même des fonctionnaires, des policiers et des militaires revendent des voitures pour arrondir leurs fins de mois. La cinquantaine, le visage buriné, Hadj, est l’un des commerçants respectés du souk: «Il y a des fois où je gagne 8.000 DH en une semaine, soit quatre fois mon ancien salaire mensuel». Cet ancien militaire n’a pas hésité à quitter la fonction publique pour développer son nouveau commerce. «Il y a des jours et des semaines où l’on ne gagne pratiquement rien. En revanche, la veille de l’été ou en période de congés et de vacances scolaires, j’ai mes plus grosses ventes». L’hiver et l’automne sont plutôt calmes. Les clients particuliers ne courent pas les rues. Du coup, de nombreux revendeurs pratiquent entre eux «des reprises». Une sorte de troc d’une voiture contre une autre moyennant le versement de quelques espèces en plus. «Mais attention, prévient Youssef, aux mauvaises surprises: vices cachés, fausses déclarations, pannes bricolées sont les arnaques les plus courantes. Pour les signaler, nous avons recours entre nous au téléphone arabe.» . Voitures achetées en groupe et acheminées par convoiAutre particularité de ce marché, la vente de voitures venues d’Europe. De grosses berlines immatriculées en Allemagne, Belgique ou encore les Pays-Bas sont aussi mises en vente. De l’avis du Hadj: «En dépit de droits de douane élevés, il y aura toujours des clients pour ce type de voitures». Et pour cause: elles sont construites aux stricts standards européens contrairement à d’autres. «L’origine italienne est par contre très mal perçue», répète-t-on au marché. Sans doute à cause des trafics et d’antécédents de voitures volées.Mais une chose est sûre, selon Hadj, «les voitures d’origine italienne sont très sollicitées par les commerçants mauritaniens». Ils viennent, explique-t-il, en groupes et achètent des lots de voitures étrangères qu’ils paient en espèces et acheminent, par convoi, vers leur pays d’origine. Destination finale: «Le marché subsaharien très peu regardant sur l’authenticité des papiers et aux droits de douane presque insignifiants».Pour contrôler ce vaste marché, la police fait elle aussi des descentes inopinées. Elle met des barricades et contrôle les papiers des voitures à vendre au cas par cas. A la fin, des dizaines de véhicules sont mis à la fourrière. Assis sur le capot d’une Mercedes, de jeunes commerçants, affichant des mines d’experts, expliquent à un particulier pourquoi sa voiture n’a pas été vendue: «ta brouette est restée trop longtemps au marché. Du coup, sa valeur a baissé entre-temps».Un avis partagé par Youssef qui estime qu’une voiture ne doit pas rester longtemps à la même place: «c’est dévalorisant! Ici, ce qui marche le plus, ce sont des citadines françaises. Elles demandent de petits budgets et sont pratiques en ville. Leur prix correspond à la clientèle de Rabat. Ce sont le plus souvent des fonctionnaires, des jeunes cadres ou des employés à revenu limité. Ils contractent des crédits pour la circonstance». Certains revendeurs se spécialisent plutôt dans les grosses berlines, les Mercedes notamment. «Elles sont réputées, explique Youssef, pour leur fiabilité et robustesse. Des Mercedes de 15 à 20 ans se vendent ou se revendent comme des petits pains», poursuit le jeune vendeur. Les pièces de rechange sont disponibles sur le marché et la valeur de la voiture ne baisse pratiquement pas, à la revente. En revanche, les grosses cylindrées essence et les rares modèles américains ou asiatiques sont les plus difficiles à écouler. . «Sur la route, l’immatriculation r’batie impose le respect!»Un vendeur casablancais qui fait «son marché» à Rabat confie: si le souk de Rabat est prisé, c’est aussi par ce que ses voitures sont relativement en «bon état et moins douteuses». Casablanca et surtout Khouribga sont le fief de trafics de tous genres. «Des voitures maquillées ou déclarées volées à l’étranger, des vices cachés, des papiers douteux, des numéros de châssis refrappés au laser... et j’en passe».En revanche, c’est à Rabat que les marges bénéficiaires sont les plus importantes. Il faut dire que si la voiture est immatriculée dans la capitale, elle coûte, selon le modèle et l’âge, entre 5.000 et 10.000 dirhams de plus. «Sur la route, l’immatriculation r’batie impose le respect et la confiance des agents de la circulation, ironise Youssef. Certains trafiquants du nord optent pour les grosses berlines de Rabat. Ils passent facilement pour des députés ou de hauts cadres sans être inquiétés». Sous la pluie, Youssef continue à héler des automobilistes de passage. Il cherche la perle rare: un nouvel acquéreur ou une voiture qui répond aux attentes d’un client potentiel. Ici, le bouche à oreille fonctionne bien. Le GSM fait le reste: «Mon travail ne s’arrête pas là. Je fais en sorte que l’acquéreur et le vendeur puissent se rencontrer. Je ne les lâche qu’une fois la transaction effectuée. Il faut bien justifier sa commission». L’affaire conclue, Youssef repartira à la charge. Parfois même dans les quartiers résidentiels de Rabat et de Casablanca où il interroge gardiens de parkings et concierges. A la recherche de nouvelles proies pour le marché de Hay El Fath. 


    Vol et recel

    Autre trafic courant dans les marchés de voitures d’occasion, la vente de voitures volées avec des papiers falsifiées. De nombreux commerçants parlent d’un réseau démantelé récemment à Agadir et Casablanca. Le mode opératoire de cette bande consistait à louer des voitures de tourisme en se faisant passer pour des Marocains résidant à l’étranger. Du coup, en terme de caution, ils laissent de faux passeports aux loueurs en contrepartie. Au bout de quelques jours, ils les écoulent en pièces détachées dans les ferrailles. Mais souvent aussi, les voitures finissent par faire la traversée vers l’Afrique subsaharienne avec de faux papiers et de fausses plaques minéralogiques. Amin RBOUB

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