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    Economie

    SODERS: Les privatisations ont commencé

    Par L'Economiste | Edition N°:50 Le 22/10/1992 | Partager

    Rédigée selon les normes appliquées aux marchés publics, l'annonce ressemble, trait pour trait, à un appel pour des câbles téléphoniques ou une étude d'irrigation: pas de logo distinctif, seulement des mises en page un peu plus soignées, à la demande du Ministère de l'Industrie, du Commerce et de la Privatisation. Pourtant, tout y est, y compris l'annonce de la demande d'un engagement de confidentialité.
    Le mode de lancement a donc surpris, bien que les opérations de cessions soient annoncées pour imminentes (Cf L'Economiste du 15 Octobre 1992).
    Les spécialistes autour du ministre en charge du dossier ne sont pas surpris de la surprise qu'ils ont provoquée. De sources différentes, il est expliqué que "le choix s'est porté sur SODERS en raison des caractéristiques techniques de l'entreprise".

    Le portrait de la SODERS

    Juridiquement créée en Décembre 1977, la SODERS, abrégé de Société des Dérivés du Sucre, fabrique des levures artificielles. Elle est une joint-venture entre l'ODI et la SUNAB, d'une part, et des privés marocains et étrangers, d'autre part.
    Les parts publiques cédées aujourd'hui représentent 35,6% du capital de l'entreprise partagées entre 25,5% pour l'Office pour le Développement Industriel et 10,1% pour la Sucrerie Nationale du Beht, elle-même figurant parmi les entreprises privatisables.
    Le reste du capital est dispersé. Une société de droit marocain à capitaux d'origine saoudienne, la société Al Naja, contrôle 13,77% des actions, un investisseur casablancais, le groupe Kirchoff, en détient 10%, la société étrangère Lesaf en a 9,7% et le reste est dispersé entre une soixantaine de petits porteurs individuels, dont les parts ne dépassent jamais 5%.
    Le référent technique est la société Lesaf, l'un des 4 ou 5 détenteurs de savoir-faire en matière de levure dans le monde.
    La gestion de SODERS est assurée depuis sa création par l'ODI. Le Directeur Général actuel est M. Ahmed Lamarti.
    Longtemps seule sur son marché, SODERS a maintenant un concurrent, la SOMADIR d'El Jadida, mais détient une part dominante des ventes locales. Environ 40% de son chiffre d'affaires est exporté, en particulier vers les pays voisins, y compris pour les levures fraîches.
    Durant l'année 1991, SODERS a réalisé un chiffre d'affaires de 83 millions de DH, contre un peu plus de 68 millions de DH en 1989, date de la constitution du premier fichier sur les entreprises privatisables.
    Durant cette même période, les résultats nets ont été pratiquement doublés, passant de 2,6 millions de DH à 4,6 millions de DH.
    L'entreprise emploie 180 personnes aujourd'hui (contre 134 en 1989) pour une masse salariale de 9,5 millions de DH (contre 7,5 en 1989). Le renforcement de l'encadrement a accompagné des investissements pour développer le réseau de commercialisation au Maroc et pour accroître les capacités productives: de 7.000 tonnes/an l'entreprise est montée à 20.000 tonnes.
    L'endettement à court et moyen terme est qualifié de "raisonnable" par les spécialistes du dossier, "peut-être un léger renforcement des fonds propres, commente l'un d'entre eux, et encore ce n'est pas vraiment nécessaire".

    SODERS est une "entreprise enceinte", si l'on peut se permettre cette image. En effet, elle a un programme d'investissement pour une filiale à constituer dans la zone de Kénitra, la SOMALEV. Une partie des investissements est faite, sous forme de terrain, mais le volet technique est encore en étude.
    L'existence de ce programme n'est pas indifférente dans l'opération de privatisation. En effet, engagement sera demandé aux acheteurs de maintenir la vocation de l'entreprise, de préserver les acquis du personnel et de développer l'affaire.
    Le Ministère, la Commission des Transferts et l'Organisme d'Evaluation, "après de longs débats", expliquent nos sources, ont arrêté une stratégie orientée vers la cession en faveur des professionnels. "L'opération est simple, saine et claire, donc capable de soutenir une stratégie éducative en direction du grand public, font remarquer nos sources, mais s'est posé le problème du management".
    En effet, c'est la minorité de blocage et le noyau actif de la gestion qui sont mis en vente. "La dispersion des titres dans un actionnariat large rendrait l'entreprise ingérable, de fait, aussi l'idée a-t-elle été abandonnée". L'analyse se situe dans le fil de l'axe tracé par le ministre.
    C'est donc la cession par appel d'offres qui a été retenue. De ce choix découle une série d'obligations juridiques, en particulier la formule de publicité par publication d'appels dans des journaux disposant de l'agrément pour la publication d'appels d'offres et d'annonces légales, et la formule standard quant aux informations que doit comporter la publication.

    Cession "professionnelle"

    C'est l'application de ces obligations juridiques qui a donné cette forme inattendue à la première des opérations de privatisation.
    Le choix en faveur de la recherche de repreneurs qui seraient des actionnaires de référence et de gestion a aussi entraîné ipso facto le décalage du lancement des opérations de sensibilisation du grand public à la privatisation.
    Moulay Zine Zahidi fait remarquer que la diffusion à travers la presse des appels d'offres, très au-delà des obligations légales, "n'est pas une petite campagne de diffusion". "En revanche, précise le Ministre, une campagne publicitaire classique, avec radio, télévision, affiches et presse se justifie davantage lorsqu'il s'agit de faire appel à la petite épargne, aux placements en Bourse".
    "Il y aurait eu des risques sérieux d'ambiguïté, si avec une opération aussi professionnelle, on avait lancé la communication générique destinée à un grand public", explique-t-on autour de Moulay Zine Zahidi, "la communication générique doit accompagner des opérations de grand public".

    Une part pour les salariés

    Par ailleurs, une enquête conduite au sein de l'entreprise a fait apparaître que les employés désiraient racheter environ 5.000 titres. Aussi, 2,39% du capital, ce qui est très légèrement supérieur à la demande, est-il réservé au personnel, avec un prix de cession inférieur de 15% au prix minimum de 280DH fixé pour la cession au(x) repreneur(s).
    En réalité, les observateurs s'attendent à ce que le prix de vente soit supérieur: "les actionnaires actuels ont déjà manifesté leur désir d'acquérir des titres supplémentaires et les appels d'offres feront surgir d'autres vocations", indique-t-on auprès du ministre.
    A côté des discussions sur la stratégie de cession, des débats se sont élevés sur la confidentialité des informations collectées tout au long des travaux d'audit et d'évaluation.

    L'argent
    de la privatisation

    Un principe général a été fixé, que répètent toutes nos sources: "Confidentialité des informations sur l'entreprise, mais transparence sur les opérations de cession". Ce principe est évidemment plus facile à énoncer qu'à faire respecter, du moins dans sa première partie. L'entreprise va se trouver mise à nu. "Nous ne pouvions pas faire autrement, si nous voulions respecter le principe selon lequel le ou les repreneurs doivent être correctement informés de ce qu'ils désirent acheter", soulignent les experts du Ministère, "c'est un garde-fou que nous avons placé en exigeant que les personnes intéressées par les dossiers de cession signent un engagement de confidentialité"(1).
    Interrogé sur la conjoncture financière "serrée" dans laquelle est lancée la privatisation, Moulay Zine Zahidi se dit "persuadé qu'il n'y aura pas de difficulté pour mobiliser les financements".
    Chez les banquiers, les réactions sont encore plus nettes: "depuis que l'argent a été inventé, il ne s'est jamais vu une bonne affaire rester orpheline, faute d'argent".
    Cependant, c'est sur la question de la dynamisation du marché financier que le ministre porte son attention, question un peu différente de celle de l'existence des ressources. Moulay Zine Zahidi annonce que "les textes de la réforme boursière passeront en même temps que celui sur la réforme bancaire". Il place même un calendrier:"d'ici deux à trois mois".

    Nadia SALAH
    (1) NDLR: Cette explication est désarmante de bonne foi. En effet, seulement deux types d'opérateurs économiques seront obligés de respecter la confidentialité: la presse et le fisc. En effet, ce sont les deux seuls cas où il serait possible de prouver que l'engagement de confidentialité à été rompu. Le fisc et la presse sont donc les seuls opérateurs susceptibles de faire l'objet de poursuites au cas bien improbable où les pouvoirs publics désireraient sévir. Les autres cas ne sont pas cernables et a fortiori juridiquement qualifiables.

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