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Reportage au bidonville de Ben M'sik: Des années dans le provisoire

Par L'Economiste | Edition N°:624 Le 26/10/1999 | Partager

· L'appel d'offres d'Attacharouk s'est avéré infructueux, mais les bidonvillois gardent toujours l'espoir de déménager
· Les précipitations de la semaine dernière ont noyé le quartier


Le jeudi 21 octobre, le bidonville de Ben M'sik à Casablanca ressemblait à une véritable fourmilière. Tous les habitants se sont mis à l'oeuvre pour réparer leurs baraques. En effet, les précipitations de la nuit du mercredi, avaient suffi pour submerger ce quartier. "Les toits ont été renversés et les conduites d'eau endommagées", indiquent plusieurs habitants du bidonville. L'eau a pénétré jusqu'à l'intérieur des "maisons". De véritables chantiers ont alors été organisés. "Chacun participe selon ses moyens. Pour l'adduction aux égouts, par exemple, nous avons cotisé une somme de 3.400 DH. Nous avons fourni le ciment et la main-d'oeuvre et la Municipalité les canaux", explique Yahia, père d'une famille de sept enfants. Mi Radia, comme on l'appelle dans le quartier, raconte qu'elle a passé toute la nuit avec son mari et ses sept enfants à vider leur habitation qui sombrait.
«Tous nos vêtements et notre mobilier ont été trempés". Malgré sa situation difficile, Mi Radia ne se départit pas de son sourire. Chez elle, il suffit de taper à la porte pour entrer prendre un verre de thé. Cependant, elle laisse échapper, malgré elle, un profond soupir lorsque le nom de son fils aîné Ayache est prononcé. Ayache (22 ans) a immigré clandestinement depuis cinq mois. Il a choisi l'eldorado de l'Italie. "Il a préféré ainsi risquer sa vie que de continuer à observer avec impuissance notre misère quotidienne", lance sa mère. Ayache, à l'image de ses quatre autres frères, a abandonné, dès son premier âge, le rêve de faire des études. "Mon père est marchand ambulant de son. Il parvient à peine à satisfaire nos besoins les plus élémentaires. Il n'avait pas les moyens de nous payer les fournitures scolaires", indique avec regret, Mohamed, le jeune frère de Ayache. Au bidonville de Ben M'sik, un phénomène attire l'attention.
Contrairement à la tendance nationale qui est favorable à la scolarisation des garçons au détriment des filles, ce sont ces dernières qui fréquentent le plus les bancs de l'école. "Les filles ne seront d'aucun apport si elles restent à la maison. Mieux vaut donc qu'elles s'instruisent", précise Mi Radia. Aujourd'hui, ses trois filles sont au collège et ce sont leurs frères qui travaillent qui financent leurs études.
Mi Radia garde toujours l'espoir de déménager définitivement dans une habitation descente et ce, depuis 1983. En effet, c'est à cette date que son mari, vendeur ambulant de son, a vendu une parcelle de terre pour financer l'avance que réclamait la société Attacharouk aux bidonvillois contre le déménagement dans des appartements. Après 16 ans, Mi Radia rêve toujours d'une maison où son mobilier sera à l'abri des inondations. Mais son jeune fils ne partage nullement sa position. Furieux, il lance que "El Yazghi n'a pas tenu sa promesse lorsqu'il avait déclaré à la télévision qu'il fera du problème de notre bidonville son premier souci". Le dernier appel d'offres international lancé le 15 juillet dernier par la société Attacharouk s'est avéré infructueux. A la date de l'ouverture des plis, le 14 septembre, aucune entreprise n'avait soumissionné. Des opérateurs s'interrogent aujourd'hui sur les raisons du refus de l'offre déposée par l'entreprise marocaine la SESP avant le lancement de ce concours. A cette date, l'appel d'offres a duré près de deux ans et aucune solution n'a encore été trouvée.
Mi Radia explique que leur baraque avait échappé de justesse à l'incendie de l'été dernier où quelque 400 familles se sont retrouvées à la rue. Ces dernières ont été logées momentanément dans des tentes. Mais le provisoire a duré près d'une année avant que les sinistrés puissent déménager dans les maisons qui leur ont été construites sur les lieux de l'incendie. "Il ne faut pas parler de maisons", lâche l'un des sinistrés. Comme il l'explique, sa "nouvelle baraque construite après le déblocage des fonds par la Préfecture de Ben M'sik ne fait que 36 m2. J'y loge avec ma femme, mes deux enfants, mes frères et mes parents. En plus, le toit est en zinc". Aujourd'hui, bon nombre de bidonvillois réclament un audit financier pour cette opération. Selon eux, le budget réservé par le Ministère de l'Habitat pour chaque construction et géré par la Préfecture est de 10.000 DH. «Or, en efféctuant une estimation du coût unitaire des constructions, il s'avère que dans les meilleurs des cas, ce coût ne dépasse guère les 5.000 DH", avancent-ils.

Aniss MAGHRI

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