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Economie

"La population n'accepte plus la corruption, cette taxe supplémentaire à l'inefficacité"

Christian Delvoie, directeur du Département Maghreb à la Banque Mondiale

Par L'Economiste | Edition N°:535 Le 23/06/1999 | Partager

· La prise de conscience de l'importance de la lutte contre la corruption est réelle au Maroc

· La corruption des années 80 n'est pas celle d'aujourd'hui

· Pas de solutions miracles, mais plutôt une approche systémique ou globale


-L'Economiste: Le Maroc est-il prêt psychologiquement à faire le pas dans la lutte contre la corruption?
- M. Christian Delvoie: Oui je le crois. Non seulement, il est prêt à le faire, mais il y a aussi une ouverture assez grande de la société civile et un débat ouvert. Il y a également de nombreuses actions importantes qui ont été prises à ce niveau telles que le cadre de réglementation, les réformes De plus, le séminaire du 22 juin constitue un pas très important. Le gouvernement demande à une institution étrangère de participer au débat. C'est une approche qui dénote de l'ouverture d'esprit et d'une volonté d'aborder le problème. De ce point de vue, je pense que non seulement le Maroc est prêt, mais il est même en avance.

- Que pensez-vous de l'intervention lors du séminaire qui vous accuse d'ingérence dans la vie du pays?
- La position de la Banque Mondiale est très prudente dans tous les pays. C'est la même approche que nous avons développée au Maroc, à savoir de ne pas nous ingérer dans les affaires internes. En revanche, nous sommes à la disposition des pays, s'il nous le demande. Depuis 2 ou 3 ans, nous poussons la notion de partenariat. Au Maroc, la moralisation des affaires publiques était un thème déjà défendu par le gouvernement, lors de la présentation de sa note d'orientation. Lorsqu'on a commencé à travailler sur le programme de réforme économique et sociale, c'est le gouvernement qui a insisté pour inscrire le problème de lutte contre la corruption dans la liste des priorités. Nous n'étions pas demandeur, mais nous sommes là pour aider les pays et nous cherchons à garder ce rôle de recul par rapport à ce qu'un pays souhaite. C'est pourquoi nous préférons rester dans l'ombre.
Quelquefois aussi ce que recherche le gouvernement ce sont des expériences internationales et il y a droit en tant que membre de la Banque Mondiale.

- Du fait du poids important de la Banque Mondiale, ne peut-elle pas jouer un rôle plus actif dans la lutte contre la corruption?
- Nous suivons l'agenda des réformes économiques d'ouverture dans tous les pays. Je suis toujours surpris lorsque la Banque intervient dans un pays en tant que partenaire, on lui reproche d'imposer des conditionnalité on parle même d'ingérence. Il y a une balance à apporter. La vie aujourd'hui n'est plus celle des années 80, période où l'on pouvait travailler avec le Ministère des Finances ou le gouverneur de la Banque Centrale et que tout accord d'ajustement résultait de négociations entre la Banque Mondiale et le pays. Mais cela ne se faisait pas dans un cadre de transparence et d'ouverture. Aujourd'hui, nous essayons d'être un agent de changement et discuter avec le gouvernement et la société civile pour apporter un consensus social.
C'est une solution plus pérenne que l'ajustement forcé des années 80. La Banque Mondiale a également ses objectifs et ses principes qui sont la lutte contre la pauvreté, meilleures distributions de richesse, plus grande équité sociale...

- Si vous aviez à opérer un classement où se positionnerait le Maroc?
- Nous n'avons d'abord pas de classement international qui nous est propre. De plus, la notion de corruption est très relative. La corruption qui existait il y a 10 ans n'est pas celle d'aujourd'hui. Il y a un phénomène de prise de conscience que la corruption est un symptôme de dysfonctionnement des institutions et le fait que la population n'accepte plus cette taxe supplémentaire d'inefficacité. Au Maroc, la réflexion est profonde à tous les niveaux pour une approche progressive vers une plus grande transparence.

- Y a-t-il des solutions-chocs pour lutter contre la corruption?
- Il faut plutôt se poser la question de la finalité de ce que l'on recherche, à savoir une efficacité des deniers publics, un climat d'affaires sain, une hausse des investissements, un taux de croissance important... Quant à d'éventuels solutions miracles, il n'y en a pas. L'approche est nécessairement systémique ou globale. La stratégie de mise en oeuvre, elle, repose sur deux piliers, le premier est un cadre macroéconomique de concurrence simple avec une réglementation ouverte et un partage de l'information. Le second pilier est un renforcement des institutions de contrôle, y compris de la mise en place de garde-fous (élection, presse, société civile...).

Propos recueillis par Fatima MOSSADEQ

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