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Protection des richesses marines: l'expérience américaine

Par L'Economiste | Edition N°:33 Le 11/06/1992 | Partager

Les côtes marocaines surexploitées par la flotte nationale et des flottes étrangères autorisées ou pirates sont dramatiquement appauvries. L'expérience américaine en matière de richesses maritimes, particulièrement protectionniste est pleine d'enseignements. Elle a été exposée, par T. Beuttler, juge conseiller lors de sa dernière visite au Maroc.

"Ayant visité le port de pêche à Agadir, j'ai été frappé par la quantité des bateaux de pêche et aussi par leurs tailles. Si je comprends, actuellement l'exportation des produits de la mer est évaluée à environ 400 millions de Dollars (3,2 milliards de DH), représentant 12% de la valeur des exportations totales du Royaume et 40% de celle des exportations des produits alimentaires.

Comme chez nous, la pêche maritime est aussi un secteur créateur d'emplois. Au Maroc elle emploie aujourd'hui plus de 100.000 personnes", constate M. Theodore Beuttler, Juge Conseiller travaillant en collaboration avec l'Administration Nationale Océanique et Atmosphérique Américaine (en anglais, le NOAA).

Cette profession, dit-il, a tellement d'importance qu'il existe à Agadir l'Institut de Technologie des Pêches Maritimes pour la formation chaque année de 150 cadres navigants avec la contribution d'experts japonais de haut niveau spécialisés en techniques de pêche et en machines marines. "A mon avis, vous avez bien choisi; les japonais sont très forts dans ces domaines", ajoute-t-il.

Souvent on pense que la protection de l'environnement, c'est uniquement la lutte contre la pollution. Mais, précise M. Beuttler, il existe d'autres façons de protéger ce milieu et ses richesses.

Aux Etats-Unis, deux lois assurent la gestion et la protection du milieu marin. La première règle des activités marines; la seconde protège des espèces particulières d'animaux, les mammifères marins.

100 tonnes en 8 heures

La première loi, intitulée Magnuson Fishery Conservation and Management Act a pour but la protection et la gestion des poissons dans les eaux américaines. Et ce, pour que ces poissons puissent être exploités sans risque d'être surpêchés.

"Cette loi a été écrite par le sénateur Warren Magnuson de l'Etat de Washington, au bord de l'Océan Pacifique près du Canada. C'est une région où la pêche professionnelle est très importante au point de vue de l'économie" indique M. Beuttler.

Dans les années soixante, on avait constaté de plus en plus la présence de bateaux étrangers à moins de 200 miles des côtes américaines. A cette époque, les pêcheurs professionnels américains disposaient de bateaux et de moyens de pêche plus ou moins artisanaux. Mais les pêcheurs étrangers, surtout japonais, russes et ceux de l'Europe de l'Est, utilisaient d'énormes bateaux avec des flottes importantes. Par exemple, prés de l'Etat de l'Alaska, les chalutiers japonais pouvaient capturer 100 tonnes de poissons en 6-8 heures.

Ainsi, en réaction à la pêche étrangère "à outrance" sur les côtes américaines, a été promulguée la loi "Magnuson". Cette loi avait plusieurs buts: supprimer la pêche excessive, mettre en place un programme de protection et de gestion et développer la pêche professionnelle américaine.

Tout d'abord, cette loi proclame que les Etats-Unis ont en exclusivité les pouvoirs souverains de régler la pêche dans la zone de 200 miles au large de la côte américaine (322 km). Cette zone est nommée la "zone exclusive économique", avec une superficie de 2 millions de miles carrés (518.000.000 hectares).

Cette zone est fondamentale car elle donne aux Etats-Unis le pouvoir de décider quels pays étrangers y auront accès, les modes de pêche et les niveaux d'exploitation qui y figurent.

La loi de Magnuson déclare aussi que le gouvernement américain a en exclusivité les pouvoirs souverains pour régler la pêche des espèces comme les saumons qui sont nés et qui reviennent en eaux douces à l'intérieur des Etats-Unis pour se reproduire. "Même lorsqu'ils se trouvent en mer, plus loin que 200 miles de la côte américaine, les Etats-Unis gardent l'autorité de gestion sur ces poissons", explique M. Beuttler.

Les étrangers au second rang

Le même principe s'applique aux crustacés du plateau continental américain, notamment des crabes de l'Etat d'Alaska et restent sous la gestion de l'Amérique où qu'ils soient.

Ainsi, la pêche professionnelle étrangère se trouve strictement réglementée.

Les responsables du NOAA, en travaillant avec des biologistes marins, calculent le niveau de pêche qu'une espèce de poisson (quelconque) peut supporter sans risque de devenir surpêchée. C'est-à-dire le niveau de poissons qu'il faut laisser survivre pour qu'ils puissent se reproduire au même niveau de population, tous les ans.

Ensuite Ils déterminent l'effort de pêche domestique qui existe actuellement sur l'espèce. Enfin, la différence, "s'il y en a", est disponible pour la pêche étrangère.

Ainsi, lorsqu'un pays étranger désire pêcher dans la zone de 200 miles, il y a plusieurs "préalables" à accomplir.

La première étape concerne la passation d'un accord entre le pays et les Etats-Unis. En cas d'infraction aux règles américaines de la pêche, les agents américains commissionnés (les agents de NOAA et de la gendarmerie maritime) auront tous les pouvoirs de saisir le bateau, toutes les pêches, les engins et de procéder à des arrestations.

Ensuite, chaque bateau doit recevoir et garder à bord une dérogation écrite du Gouvernement Américain. Aussi, chaque bateau doit s'identifier par des numéros selon les règlements, pour faciliter la surveillance aérienne. Autre élément essentiel: chaque bateau étranger doit accepter à bord un observateur américain durant toute la période de la pêche. Cet observateur note toutes les espèces et les quantités de poissons qui sont prises. Les renseignements obtenus par tous ces observateurs sont essentiels pour la gestion parce qu'ils permettent de calculer la population de poissons qui reste pendant la saison.

Un feuilleton télévisé sensibilise les américains

Par rapport à la loi Magnuson, la loi de la protection des mammifères marins, qui a été promulguée en 1972, a pour but la protection de toutes les espèces de mammifères dans les eaux américaines.

"Cette loi a une histoire intéressante. Pendant les années 60 il y avait une série d'émissions à la télévision américaine qui est devenue bien connue en France et ailleurs peut-être au Maroc aussi. La vedette de cette série était un dauphin qui s'appelait Flipper", rappelle M. Beuttler.

Ainsi, depuis longtemps, les capitaines des thonniers américains savaient que les thons du Pacifique de l'Est, prés de l'Amérique Centrale et l'Amérique du Sud, se trouvaient souvent au-dessous des bancs de dauphins qui, parfois, se dénombraient en milliers. "Aujourd'hui, encore, la raison de ce phénomène reste un mystère", ajoute M. Beuttler.

Néanmoins, pendant les années 60, les thonniers commençaient à employer une nouvelle façon de capturer ces thons, avec des filets de seine énormes.

La technique était simple: encercler et capturer tous les dauphins. Résultat: les thonniers avaient de grands succès mais c'était la catastrophe pour tous les dauphins du Pacifique de l'Est. "De cette façon, on en a tué des centaines de milliers pendant les années 60", précise M. Beuttler. "Convaincus qu'on tuait Flipper et ses copains pour les joies gastronomiques des sandwichs de thon; beaucoup d'américains ont exigé des contrôles sur la pêche de thons", ajoute-t-il.

Ainsi, en 1972, le Congrès a promulgué la loi relative à la protection des mammifères marins.

Cette loi interdit formellement de "prendre" des mammifères marins aux Etats-Unis ou dans les territoires d'outre-mer américains ou de les prendre dans la zone de 200 miles. La loi définit le mot "prendre" comme harceler, chasser, capturer ou tuer ou tenter de le faire. Et pour rendre cette protection plus efficace, il est interdit de posséder, d'acheter, de vendre ou de transporter les produits faits à partir de la peau, des dents ou d'autres morceaux du corps de ces animaux.

L'infraction à cette loi entraîne une amende civile de 10.000 Dollars, avec saisie de bateaux, camions utilisés pendant l'infraction. Pour les infractions sérieuses, on risque une amende de 20.000 Dollars et la possibilité d'être condamné à un an de prison.

"Depuis la promulgation de cette loi, il y a le long de la côte californienne, beaucoup plus de phoques et de lions de mer. Et maintenant, on constate aussi beaucoup plus de requins qui aiment les manger, surtout "le requin blanc", vedette du cinéma américain. Normal: lorsque les populations des animaux augmentent, les populations de leurs prédateurs aussi.

Tant mieux pour la nature, mais tant pis pour les nageurs californiens", conclut M. Beuttler.

M.O.

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