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    Privatisation : Questions autour de ICOZ

    Par L'Economiste | Edition N°:191 Le 03/08/1995 | Partager

    Autrefois considérée comme le fleuron du textile marocain, ICOZ vient d'être privatisée pour 54 millions de DH. L'opération suscite des commentaires divers. L'état des lieux.


    Jusqu'à sa privatisation le 26 juin 1995 par cession directe à un groupement représenté par Médiholding, Hyphen Holding Off Shore et une personne physique (M. Michel Hauchard), ICOZ (Industries Cotonnières d'Oued Zem) était une filiale de l'ODI: 94,69% pour l'ODI, 2,74% pour la COMAPRA, 0,8% chacune pour Cofitex et SNI et 0,97% de porteurs divers. L'entreprise, installée sur deux sites (Oued Zem et Kasba Tadla) est exportatrice depuis le début. En 1994, elle avait vendu 60% de sa production à l'étranger.
    Le prix de cession payé au comptant est de 10 millions DH auxquels s'ajoute le remboursement, sur 6 ans dont un an de grâce, et à un taux d'intérêt de 9,5%, du compte courant actualisé de l'ODI, soit environ 44 millions de DH. L'ODI devra recevoir sa mainlevée sous 6 mois à partir de la date de cession. Le prix total de cession est donc de 54 millions DH. De sources sûres, l'évaluation était de 48 millions de DH. La banque-conseil était la BNDE.

    Néanmoins, le Ministère de la Privatisation souligne que le prix de cession n'a pas été le seul critère d'appréciation retenu par ses services, comme par la session conjointe de l'Organisme d'Evaluation et la Commission des Transferts, qui ont statué ensemble sur le prix et sur la procédure de cession directe. Les repreneurs se sont engagés sur un investissement de 35 millions de Dollars (290 millions de DH) sur 3 ans, dont 10 millions de Dollars en fonds propres. Cet investissement vise l'intégration de nouvelles activités de teinture, de tricotage et de confection maille autoconsommatrice de filés produits et à plus forte valeur ajoutée, suivant le principe selon lequel une filature ne survivrait aujourd'hui que par ses développements vers l'aval. L'investissement portera également sur l'amélioration des méthodes de commercialisation et la création d'un bureau des ventes à Paris. La partie commerciale, sur laquelle semble reposer l'édifice de la reprise, est confiée à un cadre, dont la présence a fait jaser les professionnels marocains. En raison des congés, il n'a pas été possible d'obtenir des précisions supplémentaires auprès des repreneurs. Enfin, et classiquement pour les privatisations à la marocaine, les repreneurs se sont engagés à maintenir l'emploi et les avantages acquis des1.013 personnes de ICOZ. M. Mahrouch, directeur général, est parti.
    Le prix apparent de reprise, les 10 millions de DH, a surpris les industriels du Maroc: la réputation de fleuron industriel ayant survécue à la réalité depuis 1990.

    Cette année-là, ICOZ est en effet entrée dans un processus de crise profonde. Alors qu'avec un CA de 335 millions de DH elle produisait en 1987 un résultat d'exploitation de 69 millions de DH, en 1990, pour un CA identique le RE n'était plus que de 29 millions de DH. La chute de la rentabilité, entre 1987 et 1990, n'est pas expliquée. L'actif total a baissé d'un tiers et les frais de personnel ont grimpé de 28%. Une extension de 900 tonnes (13% de la capacité installée) a été réalisée) en 1988.
    En 1992, ICOZ perd un peu plus de 20 millions de DH sur CA de 292 millions de DH. Pendant ce temps, les frais de personnel continuent de progresser, mais plus calmement: 11% sur deux ans. Ce rythme est"conforme aux normes imposées par l'Etat". En 1994, les dettes totales, essentiellement à court terme, avaient atteint 285 millions de DH pour un CA de 305 millions. Mais les pertes d'exploitation ont été limitées à 28 millions de DH (33 millions en 1993, l'année la plus noire de ICOZ). Pour les premiers mois de 1995, les pertes ont été évaluées à 2 millions de DH par mois.
    La crise de ICOZ est expliquée par "la crise générale du textile", "la baisse de la demande et la chute des prix", "l'obsolescence de l'équipement", "la guerre du Golfe"...

    Si les commentaires sur la faiblesses du prix de session ne tiennent pas devant la réalité financière et technique de l'entreprise, en revanche le débat sur la situation des entreprises industrielles privatisables retient l'attention. Le phénomène de dégradation chez ICOZ a été rapide et très ample: en cinq ans, le fleuron industriel est devenu un gouffre financier. Le cas de ICOZ relance le débat né au moment du vote de la loi en 1988-89, puis resurgit au moment des premières investigations sur les filiales industrielles de l'ODI en 1992-93: l'industrie s'accommode encore plus mal que les autres secteurs des status quo. Les mises en garde des deux ministres de la Privatisation concernant l'obligation des entreprises à poursuivre leur stratégie n'ont pas rencontré d'échos au niveau des conseils d'administration. La vérité oblige néanmoins à rappeler les turpitudes vécues par l'ODI lui-même, entre 1989 et 1992, victime de luttes de personnes au niveau ministériel.

    Bouchra LAHBABI.

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