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    Economie

    Pr Godeau: «Garder en vue les impératifs économiques»

    Par L'Economiste | Edition N°:307 Le 04/12/1997 | Partager

    Pour le Pr Godeau, l'approche scientifique du médecin vis-à-vis du malade est certes importante mais elle ne doit pas occulter les impératifs psychologiques et économiques du traitement. Il plaide pour la mise en place d'une politique homogène de traitement des patients.


    · L'Economiste: La médecine interne reste une discipline peu médiatisée en comparaison avec les autres spécialités. Quelles en sont les raisons selon vous?

    · Pierre Godeau: Il existe, à mon avis, une explication à cela. La médecine interne est une discipline qui envisage l'individu dans son ensemble et non organe par organe. Par ailleurs, elle n'a pas de procédé exploratoire qui lui est propre. Les internistes (spécialistes en médecine interne) essayent surtout d'avoir une vision panoramique de la médecine. Je les compare souvent aux décathloniens de la médecine. Ce qui signifie qu'ils doivent être bons dans toutes les disciplines. Lorsqu'on compare les performances réalisées par un décathlonien aujourd'hui, l'on constate qu'elles égalent celles d'une équipe d'athlétisme entière il y a une dizaine d'années.

    · Génome, ADN, synthèse protéique ou encore récepteurs membranaires sont des termes qui font désormais partie du jargon quotidien. Doit-on comprendre par là que la médecine moléculaire a relégué au second plan des disciplines pourtant fondamentales, telles que l'anatomie ou la physiologie par exemple?
    · Vous soulevez entre autres la question de la génétique. C'est très important. C'est une discipline qui va révolutionner la médecine dans plusieurs domaines. Elle a déjà commencé à le faire. Ceci dit, il faut rappeler que toute discipline a eu son heure de gloire. Je citerais le cas de l'anatomopathologie, de l'immunologie et de la génétique. Ces disciplines ne sont toutefois pas en contradiction mais au contraire se complètent. L'évolution de l'immunologie et de la génétique a complè-tement révolutionné l'anatomopathologie.
    Par ailleurs, l'étude de la pathologie infectieuse, qui est restée en sommeil pendant longtemps, a malheureusement été réveillée par l'apparition du Sida. Nous, internistes, sommes appelés à collaborer avec toutes ces disciplines.

    · Comment?
    · A mon avis, dans toute approche de traitement, les professionnels de la santé doivent garder en vue deux impératifs. Le premier est d'ordre psychologique. La réussite de tout traitement suppose en effet que le malade y adhère de son propre gré. C'est un des aspects sur lesquels, nous internistes, nous insistons le plus.
    La seconde dimension est d'ordre économique. L'augmentation croissante du coût de la médecine nous oblige souvent à faire des choix. Il ne faut pas que ces choix soient faits sous l'influence médiatique des groupes de pression qui essayeront d'attirer une partie de la couverture financière. Ceci étant, il faut essayer d'avoir une politique homogène vis-à-vis des patients de manière à ne pas pénaliser non plus les patients qui auraient eu la malchance de souffrir d'une maladie rare. En France, les hôpitaux de proximité, que le pays avait tenus particulièrement à développer il y a quelques années, suscitent actuel-lement un grand débat. On se rend compte que ces établissements sont insuffisamment équipés mais pour des raisons économiques on ne peut pas les fermer.
    Le Maroc qui est forcément amené à équiper ses villes ne doit pas commettre la même erreur. Si l'on investit trop dans des structures locales, elles seront de toutes les manières dépassées un jour ou l'autre.


    Pierre Godeau

    Le Pr Pierre Godeau reste, à l'âge de 67 ans, un des spécialistes mondiaux de médecine interne, une discipline «qui envisage l'individu dans sa globalité». Il compte à son actif de nombreux titres au sein d'associations scientifiques et médicales. Il pratique et enseigne sa discipline à l'hôpital la Salpetrière à Paris. L'expert était présent à Casablanca le 28 novembre dernier.


    Propos recueillis par Mohamed BENABID

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