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    Politique Internationale

    Politique : Un premier profil du paysage électoral après le 16 Octobre

    Par L'Economiste | Edition N°:50 Le 22/10/1992 | Partager

    L'analyse politique s'instaure au Maroc. C'est un signe de démocratisation que de dépasser les discours manichéens et partisans. Les "politologues" dégagent alors des tendances sociales, des valeurs nouvelles, à travers les partis, toutes tendances confondues. Les élections du 16 Octobre et leurs résultats révèlent les premiers indices du paysage politique et social marocain.

    LES électeurs ne s'y sont guère trompés, qui ont participé au scrutin du 16 Octobre à 75% environ, soit trois points de mieux qu'en 1983 et huit points et demi de plus qu'en 1976.
    Les élections locales ont été marquées par d'importantes avancées démocratiques: création d'une commission nationale de suivi démultipliée à l'échelon régional par des commissions provinciales; élargissement du droit d'antenne à la radio et à la télévision; financement significatif de la campagne électorale des partis, à hauteur de 120 millions de DH.

    La course aux sièges

    Mais qu'est-ce qui fait courir les candidats? D'où vient donc cette prolifération des candidatures? Il est vrai que tous les chiffres ont été battus: 93.388 candidats briguaient en effet 22.982 sièges communaux et municipaux. De quoi trancher, avec un chiffre moyen de 4,3 candidats par siège en 1992, sur les chiffres plus modestes des précédents scrutins: 3,49 en 1983 et 3,19 en 1976, sans oublier 2,25 en 1960. Deux facteurs au moins ont joué dans ce sens: l'un est l'abaissement de l'âge de l'éligibilité à 23 ans (au lieu de 25 auparavant) qui a ainsi élargi le champ des candidatures potentielles; l'autre a trait à la forte mobilisation de tous les partis politiques - quant à ceux qui n'y ont pas participé comme l'UNFP. l'OADP et le PADS, quelles que soient leurs justifications doctrinales, ils se mettent hors représentation politique et se trouvent confrontés à une difficulté de belle taille: continueront-ils à bénéficier des avantages de la démocratisation actuelle sans intégrer le cadre institutionnel qui articule celle-ci? Enfin, les appels répétés de Sa Majesté Le Roi Hassan II pour une large participation des citoyens ont achevé de convaincre les plus réticents. Cette ferveur ne se limite pas à cela: elle trouve encore d'autres confirmations. Ainsi, plus des deux-tiers des anciens conseillers (10.635 sur 15.502) se sont de nouveau soumis au verdict des urnes. Mais les partis politiques en lice n'ont pas pu être à la hauteur des enjeux du scrutin du 16 Octobre, faute de candidats dans l'ensemble des circonscriptions. Schématiquement, si les SAP (Sans Appartenance Politique) étaient présents dans 76% des circonscriptions, tel n'a pas été le cas des candidats PI et RNI (50 à 60% des sièges), de ceux du MP, de l'UC, du MNP et du PND (40 à 45%), tandis qu'un dernier groupe (USFP, PPS) se situait seulement entre 20 et 30%. Voilà de quoi faire réfléchir sur les partis politiques marocains, sur la dimension nationale ou non de leur implantation géographique, et sur leur capacité organique à pouvoir aller bien au-delà de ce qu'ils sont aujourd'hui.

    Indices de modernité

    Cela dit, les indices de modernité ne manquent pas même si le profil des élus ne peut être cerné avec précision, faute de publication officielle Mais en se bornant à celui des candidats, on peut dégager un certain nombre de traits significatifs. Ainsi, la proportion des agriculteurs a chuté de près de 15 points entre 1983 et 1992 (43% contre 28,42%) et elle n'est plus que la moitié du chiffre de 1976 (56%) - c'est le corollaire de l'urbanisation accélérée des quinze ou vingt dernières années.
    Ainsi encore, la part des enseignants s'est sensiblement améliorée, passant de 8,87% en 1976 à 11,14% en 1983 pour atteindre 14,74% aujourd'hui.
    L'amélioration du niveau d'instruction conforte cette tendance avec 26,54% de candidats alphabétisés (contre 35% en 1983 et 46% en 1976), 23% de niveau primaire (ils étaient 34 et 35% lors des deux précédents scrutins), 33,79% de niveau secondaire (contre 24% en 1983 et 16% en 1976) et enfin 16,53% de niveau supérieur, chiffre multiplié par 2,7 par rapport à 1983 et par cinq comparé à celui de 1976.
    Comme en 1976 et en 1983, ce sont les candidats de l'USFP qui présentent le profil le plus "moderne" par rapport à tous les autres: ils viennent en tête pour ce qui est de leur niveau supérieur (32,57%), surclassant ceux du PPS (25%) ainsi que tous les autres: P.I. (15,54%) PND ET RNI (12,70%), UC (12,64%), MNP (11,43%) et MP (11,47%).
    Enfin, la répartition des candidats par tranches d'âge atteste de leur rajeunissement en 1992 avec 62% d'entre eux ayant moins de 44 ans; dans cette catégorie, ils étaient 52% en 1983 et quelque 50% en 1976.

    Le "sur place" de l'opposition

    Comment juger les résultats des partis le 16 Octobre? Qui sont les vainqueurs et les vaincus? Deux grandes indications peuvent être formulées à cet égard: d'une part, la stabilisation de l'influence électorale des partis d'opposition; d'autre part, la réarticulation de la majorité au profit du RNI.
    Pour ce qui est, en premier lieu, des trois composantes de l'opposition, on est frappé par la remarquable stabilité de ses scores, tant en voix qu'en sièges, entre 1983 et 1992.
    Ainsi, le P.I. (1.000.163 voix), l'USFP (690.580) et le PPS (184.197) totalisent 1.874.940 suffrages, soit 23,93% de l'ensemble des voix et 20,26% des sièges - respectivement 12,49% 3,4% et 0,3%. Or, en 1983, ces partis avaient obtenu 24,8% des voix et 20,5% des sièges. La décrue observée par rapport aux résultats de 1976 supérieurs de trois points et demi s'est donc stabilisée depuis une dizaine d'années; sauf à relever la contraction de l'électorat du P.I. de plus de cinq points par rapport à 1983 et à 1976 qui mobilisait alors 18% des voix en même temps que l'amélioration de celui de l'USFP de deux points et demi (8,81%), pratiquement au niveau de 1976 (8,70%).
    S'agissant, en second lieu, de la majorité, elle se maintient globalement d'un scrutin à l'autre: avec 38,21% des voix et 42,76% des sièges, elle se situe à un ou deux points près autour du seuil de 1983 (40,5% des voix et 43,8% des sièges).
    Mais le reclassement sensible qui s'y opère au profit du RNI ne manque pas d'intérêt. La formation de M. Ahmed Osman remporte en effet 18,05% des voix et 21,69% des sièges, soit pratiquement autant que ses rivales additionnées, l'U.C. (12,20% des voix et 13,45% des sièges) et du PND (7,96% et 7,62%). Ce reclassement remet en cause la hiérarchie électorale de 1983 avec le premier rang à l'UC. Le parti de M. Maâti Bouabid recule aujourd'hui de 3,2 points en voix et de plus de quatre points en sièges, le PND accusant pour sa part une régression plus sensible encore (3,55% en voix et 4,28% en sièges).

    Notons, par ailleurs, que cette restructuration de la majorité concerne également le Mouvement Populaire mais dans un sens bien particulier: la scission dans ses rangs, concrétisée par la création du MNP par M. Mahjoubi Aherdan en 1990, a fortement mobilisé son électorat potentiel dans le Royaume. Si le MP de 1983 - alors dirigé par M. Aherdan - avait obtenu 11,6% des voix et 12,1% des sièges ce même parti - confié à Mohand Laenser depuis 1986 - ne fait pas mieux aujourd'hui; si son pourcentage de sièges est resté à peu près stable (11,98%), en revanche il n'a recueilli que 10% des voix.
    Quant au MNP de 1992, il réussit à talonner son rival, le MP, en remportant 10,20% des sièges et 9,73% des voix. Ces deux composantes d'un seul segment socio-culturel particulier totalisent donc 19,77% des voix et 22,18% des sièges, juste devant le RNI présenté officiellement comme la première force électorale du royaume
    Reste une dernière observation "technique", mais dont les implications politiques sont évidentes: comment a fonctionné la loi électorale? D'une autre manière, qui est avantagé ou non par l'actuel mode de scrutin majoritaire uninominal à un tour? Cette appréciation peut être formulée sur la base comparative entre les pourcentages des voix et ceux des sièges. Si le P.I., le PND et le MNP ne sont pratiquement pas pénalisés, tel n'est pas le cas de l'USFP et du PPS; en revanche, l'UC, le MP et surtout le RNI sont les bénéficiaires de ce type de scrutin avec une surcote respective de 1,25%, 1,94% et 3,64%.
    Voici donc une première carte politique du Royaume tant attendue. On verra si les prochaines élections législatives conforteront avec un autre enjeu cette radioscopie des forces politiques dressée par ce premier tour

    Une affaire d'hommes...

    UNE nouvelle fois, par dizaines, elles avaient donc osé affronter le suffrage populaire. C'est qu'avec 709 candidatures féminines, il y avait un léger mieux, comme un frémissement printanier. Après tout, n'est-ce pas plus du double du chiffre de 1983 (307 candidates) et pratiquement neuf fois de plus qu'en 1976. A ce rythme-là, se lamentent cependant ceux qui savent un peu compter ou encore ceux dont le scepticisme politique reste militant, il faudra attendre le quatrième millénaire pour que l'on arrive à des proportions par sexes à peu près égales. Pourtant les mutations profondes de la société marocaine poussent, depuis une dizaine d'années au moins, fortement dans ce sens. Sans parler des 51% du corps électoral que les femmes constituent depuis des lustres, relevons que celles-ci fournissent 42% des alphabétisés dans les villes, 21% des professeurs de l'enseignement supérieur, 31% des médecins, 31% des employés du secteur privé et 16% de ceux de l'Administration publique. Voilà des données objectives, incontournables, qui appellent sans aucun doute un "autre" traitement électoral et politique. Alors? Alors, il faut bien en prendre son parti: dans ses ressorts centraux, la société, la société politique en particulier, se distingue par l'immobilisme: les espoirs placés en 1992 dans un changement significatif de la représentation féminine n'auront donc été qu'un faux-départ. Pour analyser cette impasse, les explications ne manquent guère: pesanteurs psychologiques, manque d'expérience et de conscience politiques, domination d'une conception "patriarcale" de la politique On en viendrait presque aujourd'hui à regretter le bon vieux "quota" des années soixante-dix et quatre-vingts: il aurait sûrement accordé 10% des sièges aux femmes en 1992! Qui dit mieux?

    Un vote-sanction

    MEME le ministre de l'Intérieur et de l'Information, M. Driss Basri, en a convenu au lendemain de ce scrutin: "Le vote peut être considéré comme un véritable vote-sanction dans la mesure où les électeurs ont retiré leur confiance d'une manière générale aux équipes en place, de quelque tendance qu'elles soient".
    Il est vrai que les dégâts sont importants dans les rangs de tous les partis politiques. Ajoutons que ce sont plus des élus locaux qui ont été sanctionnés que les formations qu'ils représentent. Ainsi, la plupart des membres du bureau politique de l'UC n'ont pas été élus (Semlali, Masmoudi, M'Hammedi Alaoui, Amalou, Jazouli), déconvenue au RNI (Reghaye, Senoussi, ).
    La géographie électorale a également changé avec des villes qui basculent - l'Istiqlal, par exemple, perd Marrakech mais regagne Fès - tandis que l'USFP décroche de nouvelles communes (Rabat, Taza, Casablanca, Agadir,).

    M. S.

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