×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Politique Internationale

    Méditerranée: Paul Balta mise sur les réseaux culturels

    Par L'Economiste | Edition N°:50 Le 22/10/1992 | Partager


    Paul Balta, collaborateur au journal "Le Monde", spécialiste du Monde Arabe, Directeur du Centre d'Etudes de l'Orient contemporain depuis 1988, animait le 16 Octobre à 19h30, au Centre Culturel Français de Casablanca, une conférence sur le thème de son dernier livre, La Méditerranée réinventée. Réalités et espoirs de la coopération *, devant une assistance particulièrement nombreuse.


    AU point de départ de son itinéraire, il ne faut pas négliger sa naissance à Alexandrie, où il passe sa jeunesse, d'un père français et d'une mère égyptienne. Origine sans doute de ce double regard, "du Nord et du Sud", qui ordonne la fécondité de sa recherche sous-tendue par "l'aiguillon de la culture" considérée comme facteur d'explication du monde au même titre que l'économie.
    L'objectif de Paul Balta est de convaincre: si la Méditerranée possède un passé riche, tant culturel que commercial, elle retrouve aujourd'hui un avenir, souvent mis en question.

    Du passé, riche d'échanges entre Nord et Sud, Orient et Occident, Paul Balta tire deux constatations: la Méditerranée est la mère de tous les métissages, mais aussi et en même temps génératrice d'identités culturelles fortes et multiples. Lieu de conflits, elle baigne un réseau d'interférences qui se créent justement à travers et avec ces conflits. En 1492, la chute de Grenade et la découverte de l'Amérique la marginalisent sur le plan commercial (donc culturel) et la transforment en un lieu de mémoire indifférent aux centres de décisions qui se situent désormais au Nord et à l'Ouest. Or, l'Europe redécouvre aujourd'hui son intérêt géo-politique à travers les problèmes communs que vivent ses rives Nord et Sud. Problème démographique d'abord: la population s'accroît aujourd'hui au Sud plus qu'au Nord à la fois relativement et en valeur absolue (en 1950 deux tiers de la population méditerranéenne vivaient sur la rive Nord, par contre en 2025 on prévoit le renversement de la situation), le nombre des villes augmente, ainsi que celui des touristes (ou en prévoit 150 à 200 millions en 2025). Ensuite, la Méditerranée est menacée: sur ses 46.000 km de côtes, 15.000km sont déjà irrémédiablement abîmés par le tourisme, l'urbanisme, l'industria-lisation. La consommation d'eau augmentera de 400% par rapport à ce qu'elle est, d'ici trente ans, dans une région menacée de sécheresse. Un fossé se creuse sur le plan culture: sur 500.000 titres publiés par an dans le monde, 125.000 l'étaient en 1988 par les 18 pays méditerranéens, dont 85% pour 4 pays (France, Espagne, Italie, ex-Yougoslavie). Dans ce lot, le Monde Arabe fournit 10.000 titres, dont 2.000 pour le Maghreb arabe. La recherche scientifique ne dispose ni d'un budget suffisant (parfois 0,1% du budget de l'Etat), ni d'ouverture ou de facilités de la part des pouvoirs publics. Fuite des cerveaux, évolution inégale des personnes compliquent la situation. Le bilan, certes, est négatif.

    Pourtant Paul Balta n'hésite pas à affirmer que l'Europe ne peut se sauver sans le Sud. Il cite à titre d'exemple divers projets déjà mis en place: plan d'action pour la Méditerranée, dont le Plan bleu instaure des réseaux de réflexion, existence de l'Union du Maghreb Arabe, multiplication récente des ligues des droits de l'homme, plan Erasmus, etc...
    Parce que l'internationalisation du commerce et de l'économie sont des réalités, Paul Balta estime que la Méditerranée peut devenir un pôle régional: en multipliant les réseaux culturels - typiquement méditerranéens - dans un esprit de développement où des efforts doivent être fournis au Nord et au Sud, par une ouverture réelle des gouvernements du Sud, dans une perspective de formation - par le Nord - de cadres moyens, ouvriers et techniciens du Sud. A l'exemple du "dragon" japonais, une nouvelle géo-politique peut s'élaborer, menée par des projets culturels porteurs d'échanges économiques. A ce titre, l'UNESCO serait en voie de mettre en marche, dans les années à venir, un projet de coopération régionale méditerranéenne au lieu des relations bilatérales qu'elle poursuit actuellement.

    Est-ce utopique comme le lui ont opposé des critiques du livre et certains assistants? Paul Balta déplore la montée des intégrismes, la poussée des nationalismes xénophobes, le décalage croissant entre le Nord et le Sud. L'Europe ne règle pas ses propres conflits, et le conflit du Moyen-Orient persiste. Pourtant, des négociations - dures - continuent et évoluent lentement. "L'épouvantail de l'Islam, en Europe, dit-il, est commode et attristant à la fois", mais il ne faut pas oublier que l'évolution a été longue aussi sur la rive nord de la Méditerranée jusqu'aux années 50, ni que le monde musulman traverse une crise grave. En fait, Paul Balta a choisi d'opter plutôt pour ce qui "risque" de réussir, pour la non-exclusion des divers cercles d'appartenance, pour la culture - même analphabète - contre l'inculture - parfois lettrée.
    Son argumentation n'a peut-être pas convaincu tous les assistants, qui attendaient des prises de parti plus nettes, des vues plus économiques, ou étaient plutôt portés à considérer la Méditerranée, vue du Sud, s'édifiant de part et d'autre d'une frontière de plus en plus infranchissable. D'autres pourtant ont apprécié qu'il apporte une lueure d'espoir dans la morosité ambiante. Paul Balta agissait en ce sens, évitant les écueils avec finesse.

    Le Maroc, pôle de stabilité


    DANS l'entretien que Paul Balta nous a accordé avant sa conférence, il a évoqué l'évolution du Maroc, avec beaucoup de circonspection. Le Maroc présente une réalité bien particulière dans le contexte méditerranéen: son PNB par habitant est l'avant-dernier du Maghreb, sa pauvreté est évidente, et pourtant ce pays a retrouvé, dit-il, une "qualité" qui frappe le voyageur en pays arabes (propreté, architecture des villes par exemple). Il n'a pas de problème d'identité, ce qui constitue un avantage dans une période de déstabilisation, et la politique des barrages a donné, selon lui, des résultats spectaculaires. Le Maroc apparaît donc comme un pôle de stabilité, avec des pointes sur le plan économique, des secteurs dynamiques. Evolution qui paraît paradoxale si on la compare à ce que l'on prévoyait il y a 5 ans, par rapport à son voisin algérien, et devant le manque d'efficacité de l'aide des pays arabes riches (une exception, qu'il n'hésite pas à nommer: la création de la Fondation Abdelaziz, à Casablanca). En tant qu'intellectuel et journaliste, Paul Balta pense que, chaque pays pris individuellement risquant de se marginaliser, il est nécessaire que l'Union du Maghreb Arabe se solidifie face à une Europe forte, avec laquelle il y aurait peut-être alors possibilité de constituer un bloc par rapport aux Etats-Unis d'Amérique, qui n'ont pas le même intérêt dans la région. Par ailleurs, si la diplomatie marocaine a joué un rôle non négligeable dans le monde arabe, elle peut poursuivre sans problème ses accords bilatéraux multiples: son pôle d'attraction reste et restera l'Europe, vers qui la porte et la conduit la part énorme qu'elle détient dans le commerce extérieur marocain (75% dans la balance des paiements).

    Thérèse BENJELLOUN
    * Coédition La Décourverte / Fondation René Seydoux.


    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc