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Economie

Politique : La transition de 1996 cherche sa formule

Par L'Economiste | Edition N°:207 Le 07/12/1995 | Partager

par Mustapha SEHIMI*

La classe politique bruit de rumeurs et de chuchotements: chacun y va de sa "recette". Mais comme la politique au Maroc reste fortement régie par l'informel, l'observateur a quelque difficulté à avancer des interprétations tenant la route. Le plus prudent serait de présenter un certain nombre d'éléments explicatifs allant des données acquises à celles qui sont plus conjecturales...


Il faut bien le relever tout d'abord: c'est le Discours Royal du 13 octobre dernier devant la Chambre des Représentants qui a montré le nouveau cap. En appelant, haut et fort, à des réformes profondes dans plusieurs secteurs -stratégie économique, éducation, administration- le Souverain a mis tout le monde devant ses responsabilités.
En autorisant la publication du rapport de la Banque Mondiale -dont Il était le seul destinataire- Il a érigé le parler vrai en dogme. Dès lors, le débat politique national, passablement faussé depuis septembre 1993 par une alternance à "cache-cache", se voyait recadré en des termes jugés décisifs: Koutla ou pas, l'heure était à une démarche réformatrice profonde.
Mais dans le même temps, SM le Roi annonçait pour 1996 une nouvelle révision constitutionnelle articulée sur l'institution d'un parlement bicaméral où la seconde Chambre, une sorte de Sénat, accorderait une large place aux régions. Etait-ce bien urgent, serait-on tenté de dire, alors qu'un référendum populaire avait, en septembre 1992, apporté des amendements à la loi suprême, notamment dans le sens de la revalorisation du Parlement et du rehaussement du statut et des attributions du Premier ministre?
En tout cas, cette initiative Royale répondait aux voeux de l'opposition: celle-ci, on le sait, ne s'était jamais ralliée au recrutement du tiers des députés par un scrutin indirect, estimant qu'il faussait la représentation démocratique. Cette critique de fond allait rebondir au lendemain des élections du 17 septembre 1993, avec l'élection contestée d'une bonne partie des 111 députés formant ce collège d'un tiers.

Le pouvoir des chambres


Prenant acte de ce progrès, non sans satisfaction, l'opposition mettait en garde cependant le pouvoir contre un système bicaméral où la Chambre des Représentants -issue du scrutin direct- n'aurait pas des attributions prépondérantes par rapport à une seconde chambre. Il faudra attendre la mouture officielle et définitive de la révision constitutionnelle annoncée pour mesurer si cette revendication sera totalement satisfaite. Pour l'heure, donc, une réponse réservée s'impose même si, dans tous les cas de figure, l'opposition sait bien qu'il lui faudra s'accommoder d'un compromis. Mais en attendant, force est de faire ce constat qui ne manque pas d'intérêt: deux ans pratiquement après les élections législatives de 1993, et après deux tentatives avortées d'alternance par le haut, l'opposition se trouve, de nouveau, réinsérée dans la dialectique politique avec une offre potentielle à la clé de pouvoir participer, à terme, à la gestion des affaires gouvernementales.
Mais cette relance se fait sur des bases économiques nouvelles qui lui sont fixées: celles devant prendre en charge les réformes recommandées par la Banque Mondiale. Surtout que les citoyens, dans leur ensemble, ont été gravement sensibilisés sur la nature incontournable des décisions à prendre.

Pas comptable du passif


Ebranlée dans ses certitudes du passé, l'opposition a eu beau jeu d'expliquer qu'elle n'était point comptable de ce passif. Mais elle a compris aussi qu'elle devait se colleter à ces données de 1995 sauf à courir le risque de préférer le confort de la critique systématique sans vouloir assumer ses responsabilités nationales.
Elle a d'abord réagi en ressoudant une Koutla qui avait du mal à dépasser un cartel électoral. Plus grande coordination entre les groupes parlementaires de l'Istiqlal et de l'USFP; repêchage du PPS; nouveau duo entre Me Boucetta et Me Youssoufi, celui-ci ayant mis quelques mois à retrouver ses marques et à imposer au sein de son parti sa ligne "participationniste" contre les analyses d'un Amaoui et de ses proches: autant de facteurs qui ont joué dans ce sens.
De plus, l'Audience Royale accordée le 22 novembre dernier à ces deux dirigeants participait bien de cette nouvelle démarche: renouer le dialogue sur des bases unitaires.

Resserrant les rangs, l'opposition retrouve ainsi une capacité de discussion -ou si l'on préfère de négociation- qu'elle avait perdue. Exprimant cet état d'esprit, le secrétaire général du parti de l'Istiqlal, Me Boucetta, souligne que "le Discours Royal du 6 novembre, à l'occasion de l'anniversaire de la Marche Verte, annonce le début de la fin de la crise"; et que "les réformes constitutionnelles et politiques sont en mesure de donner un nouveau souffle". Mais il ajoute aussi que "la situation exige un véritable gouvernement, en conformité avec la Constitution de 1992, et reflétant la réelle carte politique, loin de l'hégémonie du Ministère de l'Intérieur"; ou encore que "l'alternance ne peut avoir lieu que dans le cadre d'institutions crédibles issues des urnes" (interview à "Acharq Al Awsat").
De telles critiques et revendications ont évidemment un air de déjà entendu dans le discours politique de l'opposition. Signifient-elles pour autant un ajustement, compte tenu des données nouvelles liées à l'annonce de profondes réformes en 1996? C'est là que l'on passe à un autre niveau d'analyse: celui des variables et des incertitudes.


L'hypothèse Osman


Ce que l'on sait c'est, que le prochain référendum constitutionnel sur le Parlement bicaméral aurait lieu en septembre 1996. Mais d'ici là que fera-t-on? En particulier, quel sort sera réservé d'ici là aux réformes structurelles annoncées par le Souverain? Seront-elles engagées dans les prochains mois? Et par quel gouvernement? Et quel Premier ministre? Le gouvernement actuel, nommé le 27 février dernier, n'est pas, de l'avis unanime, en mesure d'entreprendre ce vaste programme: pâtissant d'un déficit de talents et de compétences -à part les sept ministres technocrates dont quelques-uns de grande facture- il n'a su ni gagner en crédibilité ni s'imposer comme un cabinet inspiré par une grande capacité à diriger les affaires publiques. Il ne manque certainement pas de bonne volonté; mais le moins qu'on puisse dire c'est que sa politique manque de "lisibilité"... Dès lors, il paraît fortement improbable qu'il soit maintenu une année de plus. Les dissensions qui ont marqué l'élaboration du projet de Loi de Finances pour le premier semestre 1996 ont aggravé cette situation; de surcroît, même l'appui arithmétique de sa majorité au Parlement lui est de plus en plus chichement accordé. Enfin, le Premier ministre -qui a pourtant bénéficié d'un certain crédit les premiers mois de son mandat- paraît davantage gérer les affaires courantes, comme en sursis.

Voilà bien qui remet à l'ordre du jour l'idée d'un autre cabinet de transition pouvant aller jusqu'au lendemain du prochain référendum constitutionnel prévu, semble-t-il, pour septembre 1996. Même la Banque Mondiale, dans son rapport in fine, avait estimé nécessaire qu'un chef de gouvernement crédible, bénéficiant d'un consensus, était le mieux indiqué pour mener à bien les réformes à entreprendre. Son profil doit réunir de nombreux traits: la confiance de SM le Roi bien sûr, une expérience gouvernementale probante, une autorité naturelle pour animer l'action des ministres, un préjugé favorable tant au sein de l'opinion publique que des partis d'opposition. Autant d'exigences qui paraissent écarter tant de grands commis: un Driss Basri dont l'image reste liée aux contentieux du passé; un Mohamed Kabbaj desservi par une émission de "2M" et par un déficit d'autorité au Ministère des Finances; un Hassan Abou Youb encore trop vert politiquement pour cette haute responsabilité, etc... On pourrait songer à un Ahmed Osman dont le silence éloquent et le recul confortés par le positionnement critique du RNI depuis plusieurs années ont de nouveau peaufiné une stature de Premier ministre "virtuel" sinon "naturel". Un outsider n'est jamais à exclure. Mais que le président du RNI ait eu, voici deux semaines, des entretiens approfondis, notamment avec MM. Boucetta et Youssoufi, ne contribue pas vraiment à évacuer cette hypothèse de travail...

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