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Economie

France: Les raisons d'une paralysie

Par L'Economiste | Edition N°:207 Le 07/12/1995 | Partager

De notre correspondant à Paris,
Jean GUISNEL

Le parallèle avec mai 1968 est vite fait. Mais la crise française n'est pas une explosion libertaire, c'est la défense d'acquis sociaux dans un pays touché par le chômage.


La France paraît s'enfoncer inexorablement dans la crise sociale la plus terrible qu'elle ait vécue depuis celle, demeurée mythique, de mai 1968. Mais les choses n'ont pourtant rien de similaire: l'explosion libertaire du "joli mois de mai" s'exprimait dans un contexte économique florissant, avec une France s'enrichissant alors chaque jour davantage, quand cette fois-ci le marasme économique commence à être visible à chaque coin de rue. Seconde différence, énorme: le mouvement était parti d'une jeunesse ivre de folles utopies, la tête pleine de rêves mais ne sachant comment les réaliser.
Cette fois-ci, c'est bien différent: le conflit est parti comme une traînée de poudre dans la fonction publique, sur le thème des retraites et de la refonte du système de sécurité sociale; il s'est vu greffer, par une incroyable bévue du gouvernement d'Alain Juppé, un très inopportun contrat de plan à la SNCF, confrontée à un déficit abyssal, qui a déclenché une paralysie totale du pays depuis près de deux semaines!

Enfin, on relèvera encore une autre différence avec la crise de 1968, et qui n'est pas la moindre: à cette époque, un chef de l'Etat très âgé, Charles de Gaulle, terminait sa glorieuse vie politique par une épreuve de force avec la jeunesse, pressée de lui voir céder la place. Vingt-sept ans plus tard, le président Jacques Chirac, en pleine possession de ses moyens physiques et intellectuels, peut compter sur le soutien d'une confortable majorité parlementaire, et a surtout pris ses fonctions il y a à peine un semestre.
L'extraordinaire effondrement de sa chute de popularité -qui n'a jamais été aussi rapide pour un président de la Cinquième République- dit assez l'ampleur de la déception de ses électeurs. Non que les franges les plus populaires du corps électoral se soient précipitées pour lui accorder leurs suffrages en mai et juin derniers, mais le discours qu'avait tenu le candidat Chirac, excellent analyste de la "fracture sociale" qui avait saisi le pays, avait laissé penser à beaucoup -dont nombre de jeunes- que les problèmes auxquels fait face la France seraient pris en charge intelligemment. C'est le contraire qui s'est produit.
On se retrouve donc aujourd'hui dans un double paradoxe.

D'une part, la France est paralysée par les grèves et le cauchemar quotidien des banlieusards et des Parisiens privés de transports en commun avec des paroxysmes chaque jour plus élevés.
Mais pendant ce temps, les piétons et les cyclistes, de même que les automobilistes coincés durant des heures avant d'atteindre leur bureau ou leur usine, ne manifestent pas de hargne excessive contre les grévistes. Le seuil de douleur des Parisiens est très élevé, et ils admettent que les fonctionnaires aient senti le besoin de revendiquer le droit au maintien de leurs avantages. On peut même ressentir, parfois, une tacite connivence entre, d'une part, les employés du secteur privé désormais terrifiés à l'idée de faire grève au risque de perdre leurs emplois, et d'autre part les fonctionnaires ou assimilés qui ne jouissent certes pas de rémunérations mirifiques, mais sont fortement syndicalisés et bénéficient d'une garantie de l'emploi qui leur permet d'affronter plus sereinement que d'autres une grève dure.
Le second paradoxe majeur de la crise actuelle, c'est que les Français ne méconnaissent pas la situation critique de leur système de protection sociale, et qu'ils admettent le plus souvent la nécessité effective de prendre le problème à bras-le-corps. Cette acceptation de l'impératif d'une remise à plat, et des sacrifices qu'il faudra consentir, ne voulait cependant pas dire qu'ils étaient prêts à admettre n'importe quelle procédure.

Or, Alain Juppé, dans la plus pure tradition technocratique, a cru qu'il pourrait faire passer à la hussarde toute une série de petites révolutions culturelles, qui vont de la réforme des retraites à celle de l'assurance-maladie, en passant par la restructuration rapide du secteur industriel de l'armement. Sans concertation, en imposant là où il aurait fallu discuter, en multipliant les réformes de fond non concertées, et donc inacceptables, le gouvernement a mis le feu à la mèche qui -inexorablement- le pousse vers la sortie. Parti avec un mélange de rage froide et de détermination implacable, le mouvement social qui se déroule en plein hiver, sous la neige parfois et toujours par un froid glacial, revient comme un boomerang massif à la face du gouvernement et du président lui-même. La litanie des services atteints s'allonge chaque jour et aux initiateurs de la SNCF et de la RATP sont venus s'ajouter la Poste, France-Télécom, les Impôts, Electricité de France, l'Education Nationale, la Santé et les hôpitaux. Dans un tel contexte, on sent les responsables des organisations syndicales perdre pied un peu plus chaque jour, écartelés entre une base d'une combativité réellement impressionnante et un gouvernement qui cherche une porte de sortie qu'il aura de la peine à trouver tant qu'il n'aura pas renoncé aux réformes contestées.

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