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Economie

Javier Solana : un militant pacifiste, secrétaire général de l'OTAN

Par L'Economiste | Edition N°:207 Le 07/12/1995 | Partager

De notre correspondante à Madrid, Pascale BOURGAUX

C'est la première fois que l'OTAN désigne un Espagnol comme secrétaire général.
L'Espagne n'aurait pu rêver meilleure reconnaissance de sa politique extérieure que la nomination de son ministre des Affaires étrangères, Javier Solana, à la tête de l'Alliance Atlantique. La présidence espagnole de l'Union Européenne a incontestablement marqué un tournant dans la carrière de ce militant socialiste et a probablement pesé lourd dans sa nomination aux commandes de l'OTAN.
L'un des moments-clés de ce semestre est la Conférence euro-méditerranéenne de Barcelone, fin novembre, lors de laquelle le ministre espagnol fit, plus que jamais, valoir deux de ses qualités politiques. La première, sa clairvoyance quant à l'importance de la coopération régionale de la zone Méditerranée et l'autre, son génie conciliateur. L'hôte espagnol réussit un tour de haute voltige: convaincre les irréconciliables délégations syrienne et israélienne de signer un texte politiquement très délicat.

Pacifiste


Javier Solana est le seul ministre qui a "survécu" à tous les gouvernements formés par Felipe Gonzalez depuis 1982. Chargé d'abord du portefeuille de la Culture, il devient en 1985 ministre Porte-parole du gouvernement; en 1988, ministre de l'Education et de la Science; et en 1992, ministre des Affaires étrangères, poste qu'il quittera probablement définitivement fin décembre, après le Conseil européen qui clôturera la présidence espagnole de l'UE.
En ex-Yougoslavie, on a souvent vu le titulaire des Affaires étrangères d'Espagne soutenir le moral des Casques bleus nationaux, sans qu'il ne se soit impliqué très activement dans la résolution du conflit. Mais si l'on en croit les propos de Bill Clinton en visite à Madrid le week-end dernier, la participation des troupes espagnoles aux opérations de bombardement de l'OTAN a pourtant été remarquée de l'autre côté de l'Atlantique... De même que la personnalité de Solana, que le président des Etats-Unis n'a pas hésité à saluer comme "l'un des hommes politiques les plus remarquable d'Europe". Compliment sincère? Ou manoeuvre pour radoucir les conservateurs américains qui s'opposent à la nomination de cet ancien militant pacifiste originaire d'un pays non-membre de la structure militaire intégrée de l'OTAN? En tout cas, Solana compte des "protecteurs" parmi l'administration américaine. A commencer par Warren Christopher qu'il rencontra pour la première fois en mars 1993 et qui fut le plus fervent défenseur de sa candidature (c'est lui convainc notamment Anthony Lake, le conseiller national de sécurité).
Le passé antibelliciste de Solana, qui participa aux manifestations contre la guerre du Vietnam à Washington et qui, de retour à Madrid, fut l'un des plus fervents opposants à l'intégration de l'Espagne dans l'OTAN, n'a donc pas porté préjudice à sa carrière. D'autres éléments de son CV ont pesé plus lourd dans la balance, comme sa formation anglo-saxonne -il étudia 5 ans dans une université américaine-, son parfait bilinguisme (et même trilinguisme) et sa conception de l'Alliance-nouveau look, lui valurent la sympathie de ses interlocuteurs.

Trilingue


"Je sais parler français", nous confiait-il, en espagnol, lors de l'annonce officielle de sa candidature, vendredi dernier. Humble, il n'a cependant pas voulu dire s'il parlait aussi bien le français que l'anglais: "Je ne peux pas m'évaluer moi-même... On fera un test si vous voulez". Aussitôt dit aussitôt fait: à la question -posée en français- de savoir si la perspective de vivre à Bruxelles le réjouissait, il a répondu timidement "oui".
Son combat antifranquiste lui valut d'être expulsé de l'Université Complutense en 1963, à l'âge de 21 ans... Issu d'une famille de la haute bourgeoisie ouverte d'esprit, il poursuit ses études de physique à Londres et ensuite aux Etats-Unis, où il obtient plusieurs bourses Fullbright. Pendant ces années, il a le temps de perfectionner son anglais et de se fiancer... par téléphone. Quelques semaines après son retour à Madrid, le jeune physicien épouse Concepcion Gimenez, qui lui donne deux enfants: une fille, Vega, qui a aujourd'hui 20 ans, et un fils, Diego, 17 ans. Mais sa vie de famille, il reconnaît lui-même l'avoir toujours sacrifiée pour sa "disponibilité politique".
Solana entre formellement au PSOE en 1964 et grimpe rapidement les échelons de pouvoir interne, pour parvenir, 30 ans plus tard, à l'exécutif national.
Contrairement à nombre de ses collègues, le dirigeant madrilène n'a jamais été impliqué ni de près ni de loin dans aucun des scandales qui ont sali le PSOE ces dernières années. La Maison Blanche, qui a ausculté à la loupe le passé politique du candidat, explique un reporter de "EI Pais", a retenu sa maison comme l'un des éléments les plus convaincants de cette "virginité". En effet, malgré ses quatre mandats de ministre, Solana n'a pas changé de demeure familiale. Dans ce même souci de cohérence, ce socialiste convaincu n'a pas envoyé ses enfants à l'élitiste collège de la capitale où lui-même a étudié, mais tout simplement à l'école publique.

Futur Premier ministre?


Pragmatique, prudent et surtout conciliant, Solana a toujours su se ménager des amis partout, et compte- ce qui est rare en politique- très peu d'ennemis. D'un naturel jovial et extraverti, l'homme politique n'a aucune peine à lier conversation; il aime par-dessus tout écouter, apprendre et découvrir. Derrière cet homme souriant se cache aussi un élève studieux qui connaît ses dossiers et un chef exigeant qui mène son équipe d'une main de fer.
Peu charismatique et peu "médiatique", ses rapports avec les journalistes sont ambigus: ceux-ci l'apprécient pour sa disponibilité et sa loquacité, mais se sentent souvent leurrés par ses phrases creuses...
Sportif, lève-tôt et noctambule à la fois, ce quinquagénaire en pleine forme commence toujours sa journée par un plongeon dans une piscine ou par un jogging, avant d'engloutir un copieux petit déjeuner. Il partage avec certains de ses amis du gouvernement la passion du tennis et de la marche et passe volontiers avec eux des week-ends à la montagne.

Avec Felipe Gonzalez, son ami le plus proche, il partage plutôt lectures, conversations et souvenirs. Quand le jeune Felipe débarqua à Madrid avec ses compagnons andalous, Solana fut l'un des premiers à les introduire dans les cercles politiques de la capitale. Ils partagèrent les premières ivresses du pouvoir et les premières manifestations anti-...OTAN! Un radicalisme que les jeunes dirigeants socialistes oublieront rapidement, une fois le pouvoir conquis au début des années 80. Et la menace de se voir fermer la porte de la Communauté Européenne fit définitivement taire les velléités anti-atlantistes.
"Le départ de Solana me pose un problème politique et personnel", a reconnu Felipe Gonzalez, qui, avec la nomination de "son" ministre des Affaires étrangères à la tête de l'OTAN, perd non seulement son meilleur dauphin mais aussi son meilleur ami. Le départ pour Bruxelles du plus "ancien" ministre socialiste risque en effet de compliquer la succession de Gonzalez lors des prochaines élections de mars. Mais d'ici quatre ans, Solana, qui a reconnu être triste de quitter la politique nationale, reviendra peut-être tambours battants...

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