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Plaidoyer pour une université courageuse
Par Mustapha Bencheikh, universitaire

Par L'Economiste | Edition N°:2200 Le 25/01/2006 | Partager

Les derniers événements survenus dans certaines universités demandent à être analysés objectivement mais sans complaisance. Le Maroc a choisi d’engager une réforme universitaire d’envergure et cela est à son honneur. Nul doute que les pouvoirs publics, toutes tendances politiques confondues, ont déployé des trésors d’ingéniosité pour réussir le changement et nul ne conteste la nécessité d’une réadaptation de notre université. Mais lorsqu’à l’échelon national, à la troisième année de l’application d’une réforme, des étudiants massivement commencent à mener des assauts directs contre leur université et particulièrement contre son système de fonctionnement, l’heure n’est plus à la désignation de boucs émissaires mais plutôt aux questions et par-delà les questions, aux remèdes. Qu’en est-il aujourd’hui de notre université? Certes, l’architecture globale du système d’enseignement a été remaniée en profondeur pour l’adapter au standard international universitaire. Cette opération était nécessaire et la semestrialisation, les filières et les modules dans leurs principes sont désormais acceptés. Le mérite en revient à tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, ont contribué par leurs questions, leurs propositions, la force de leur énergie, leurs critiques même à asseoir les bases d’une plateforme de débat et à la faire accepter. Cet élan national, -il faut le saluer-, a été rendu possible par la volonté de tous. Il n’est donc pas souhaitable de croire que des forces occultes menacent notre université. Il faut chercher ailleurs les obstacles qui ont surgi en cours de route et que malheureusement, nous n’avons pas su progressivement regarder en face pour les neutraliser et y apporter de vraies réponses. Aujourd’hui, les étudiants exigent le report de leurs contrôles et examens. Il faudrait, à tout le moins, pour ne pas sembler se défausser, se poser la question de savoir pourquoi les étudiants demandent ce report. On pourrait croire que les habitudes acquises, le changement de système, conduisent à des réactions de ce genre. Mais même si cela était juste, n’appartient-il pas aux gestionnaires d’anticiper les difficultés? . Conflits d’horaireIl faut savoir que contrairement à une certaine propagande, les enseignements dans les universités ont commencé relativement tard avec des dosages différenciés selon les facultés (sciences, droit et lettres), que de surcroît, les inscriptions se sont poursuivies bien au-delà du 15 septembre, que les listes d’étudiants ont tardé à être disponibles et que disponibles, elles étaient truffées d’erreurs, que la répartition en groupes des étudiants a marqué le pas, que les étudiants boursiers n’ont pu disposer de leur viatique qu’à partir du mois de novembre, qu’enfin, des conflits d’horaire ont affecté le bon déroulement des cours, indépendamment d’une année qui a vu un certain nombre de professeurs quitter l’université dans le cadre du départ volontaire. Le retard accumulé faute de ressources humaines expérimentées, le caractère exceptionnel de cette rentrée qui coïncidait avec le début du mois de Ramadan, conjugués à des vacances prévues et non prévues par le calendrier universitaire, alors même qu’un contrôle continu est supposé ponctuer les différentes étapes du semestre dans toutes les matières au rythme de deux à trois, tout cela ne pouvait pas ne pas déboucher sur une réaction des étudiants. C’est dire que la riposte des étudiants était pronostiquée par tous les acteurs vigilants de l’université et qu’elle ne surprend pas outre mesure. Pourquoi donc s’être laissé porter par les événements au lieu de les affronter? Notre université pèche pour deux raisons: elle n’est pas courageuse et ignore l’humilité. Elle n’est pas courageuse car toute application d’une réforme suppose une politique prévisionnelle qui ne raisonne pas à environnement institutionnel constant et l’Aïd-El-Kébir à la mi-janvier n’est une surprise pour personne pour décréter en cours de route un arrêt des enseignements. En dépit de l’autonomie relative des universités, il est nécessaire dans le contexte actuel de mieux cadrer les grands rendez-vous de l’année universitaire dans une optique nationale. On peut sembler prendre momentanément un galop d’avance et puis on est rattrapé par une déchirure. L’université n’est pas courageuse car elle ne laisse pas au sein de ses instances parler de ses problèmes, elle a horreur des questions et veut en lieu et place de solutions efficaces qui tiennent compte des difficultés, des petits accommodements et des solutions post-scriptum qui occultent la réalité et hypothèquent l’avenir. Elle manque également d’humilité. Et l’on retiendra partout ces discours laudateurs, ces propos consensuels qui friseraient la naïveté si leurs auteurs n’étaient pas connus de tous. Ils n’ont d’égal que l’ampleur du malaise actuel.Cette dictature à la fois de la frilosité et de l’optimisme béat n’est pas compatible avec une pensée académique telle que l’université d’ordinaire se doit de défendre.«L’université a horreur des questions et veut en lieu et place de solutions efficaces qui tiennent compte des difficultés, des petits accommodements et des solutions post-scriptum«

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