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International

Petit à petit, la Chine devient le centre du monde…
Par Pierre HASKI

Par L'Economiste | Edition N°:1598 Le 10/09/2003 | Partager

Tous les ingrédients sont réunis pour en faire un des débats de fond de l'élection présidentielle américaine l'an prochain: la “question chinoise” est posée aux Etats-Unis, avec comme enjeu l'emploi, le déficit du commerce extérieur, et le dumping social. . En plus, la prime du yuan!Remplacez le mot “Chine” par “Japon”, et vous retrouverez à peu près le même débat qu'il y a deux, ou même trois décennies, à la différence près que la Chine n'est pas officiellement un pays “allié”, et que la dernière grande puissance communiste du monde compte pas mal d'ennemis à Washington.A Pékin, la tonalité du débat interne américain inquiète de plus en plus les décideurs chinois, qui consacrent un maximum d'efforts depuis deux ans à cultiver de bonnes relations avec l'Administration Bush. Solidaires des Américains le 11 septembre, discrets dans leur opposition à la guerre d'Irak, médiateurs dans la crise nucléaire nord-coréenne, les dirigeants chinois n'ont pas ménagé leurs efforts sur le plan diplomatique, et, de fait, les relations sino-américaines sont sans doute les meilleures depuis bien longtemps.Reste la question économique et ses retombées sociales et politiques aux Etats-Unis, que le président américain ne peut ignorer à l'approche de l'échéance électorale de novembre 2004. Le débat a commencé à monter -aux Etats-Unis et dans une moindre mesure en Europe- autour de la question monétaire: accroché unilatéralement au dollar américain depuis 1994, le yuan chinois (en gros 1 yuan égale 1 DH) bénéficie de la baisse de la devise américaine face aux autres monnaies. Résultat: une “prime” de 20 à 40% pour les exportations chinoises, qui partent déjà en cassant les prix avec des coûts de production parmi les plus faibles du monde.Lorsque la plus grande entreprise textile américaine a supprimé 6.000 emplois, au milieu de l'été, et que les statistiques ont montré un bond de 60% des importations textiles en provenance de Chine depuis le début de l'année, la tonalité du débat académique s'est soudainement durcie. . Une plainte sans précédentUne coalition hétéroclite regroupant des groupes d'industriels et des syndicats s'est même formée pour demander à la Maison-Blanche de lancer une enquête sur les distorsions de concurrence provoquées par la politique monétaire de la Chine. Une plainte légale sans précédent, qui ne manquera pas d'exercer une pression importante sur George Bush au moment où il cherche à rassembler en vue d'un deuxième mandat.D'après cette coalition, les entreprises américaines ont perdu 2,7 millions d'emplois au cours des trois dernières années, attribuables à la concurrence chinoise. Ils réclament, ni plus ni moins, un yuan flottant, qui pourrait entraîner une réévaluation de la monnaie chinoise allant jusqu'à 40%. La réponse de Pékin est un “non” ferme et définitif, valable au moins jusqu'à la fin de cette année: la Chine pourrait simplement lâcher du lest en acceptant une bande de fluctuation de 5% de part et d'autre du cours du dollar, loin des demandes de ses détracteurs américains. Le sujet sera au centre des entretiens qu'aura le secrétaire au Trésor américain, John Snow, cette semaine à Pékin.Il est évident que la Chine profite à fond de cet effet mécanique monétaire, comme le montre l'envol véritable de son commerce extérieur depuis le début de l'année: +32,8% au cours des sept premiers mois par rapport à la même période l'an dernier, un résultat obtenu malgré l'épidémie du SRAS, la pneumopathie atypique, qui a sévi au printemps. La Chine est devenue le premier déficit commercial des Etats-Unis comme de l'Union européenne, de quoi expliquer, comme en son temps vis-à-vis du Japon, les cris d'horreur que l'on entend côté américain.. Les absents sont les plus importantsA y regarder de plus près, les choses sont un peu plus compliquées... D'abord, dans cette coalition anti-chinoise, on ne retrouve pas les grands groupes industriels qui, très présents en Chine, bénéficient eux aussi de la politique monétaire chinoise. On n'y trouve pas, par exemple, Intel, le producteur de microprocesseurs, qui a annoncé la semaine dernière un investissement de 375 millions de dollars (3,8 milliards de DH!) dans une nouvelle usine dans l'ouest de la Chine, attiré par les coûts salariaux les moins chers du monde et les incitations du gouvernement de Pékin soucieux de développer l'intérieur du pays...Les protestations américaines ne tiennent pas compte, non plus, du fait qu'une bonne partie de l'accroissement des exportations chinoises vers les Etats-Unis se fait, non pas au détriment des ouvriers américains, mais de ceux d'autres ouvriers asiatiques ou de pays en développement comme le Mexique. Kenneth Lieberthal, un spécialiste américain de la Chine, ancien de l'Administration Clinton, faisait observer récemment à Pékin que les deux tiers de la hausse des exportations technologiques de Chine continentale correspondaient à une baisse équivalente de celles de Taïwan. Les grands groupes taïwanais ont ainsi délocalisé massivement sur le continent, pourtant leur “ennemi juré”, faisant de la Chine cette année le premier producteur d'ordinateur au monde. Au cours des sept premiers mois de l'année, la production d'ordinateurs a fait un bond de 76,6%: ce sont les ouvriers taïwanais, pas américains, qui en ont fait les frais.L'Administration Bush sait très bien que ces arguments ne sont que de peu de poids face à un ouvrier du textile du Middle West qui vient de perdre son job, et qui voit grimper les importations chinoises. Elle va donc être sur la corde raide entre sa volonté de ménager la puissance chinoise émergente, dont elle a un besoin évident sur le terrain diplomatique, et dont bénéficient les grands groupes industriels américains, et le souci d'apaiser cet appel de la base électorale républicaine qui risque d'être sensible à la musique protectionniste.Il va pourtant falloir s'y habituer: la Chine est en train d'émerger comme une puissance économique majeure, dont le poids est susceptible de bousculer les équilibres fragiles en vigueur. Une révolution mentale est encore à faire dans le reste du monde pour prendre la mesure de ce phénomène qui, cette année plus encore que les précédentes, s'impose à tous. Dans une économie mondiale en piteux état, la Chine devrait réaliser +8% de croissance.... Trouver ses marquesLa Chine, elle aussi, doit trouver ses marques dans ce monde qu'elle a longtemps ignoré. Peut-elle jouer sur sa devise sans se soucier de l'impact sur les autres économies? Peut-elle en toute impunité pratiquer un dumping social sans équivalent au monde, dans lequel les ouvriers n'ont aucun droit et ne peuvent pas s'exprimer?De passage à Pékin il y a quelques semaines, Pascal Lamy, le commissaire européen au Commerce extérieur, nous faisait observer que l'Europe avait été battue par une coalition entre les Etats-Unis et certains poids lourds du monde en développement, lorsqu'elle avait posé la question d'une clause sociale au sein de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). “Avec la pénétration des exportations chinoises dans les pays en développement comme ceux du sous-continent indien, le sujet va rebondir, en particulier fin 2004, avec la disparition des quotas textiles. La puissance des exportations chinoises vers ces pays va les amener à changer leur fusil d'épaule. Quand l'Inde ou le Pakistan prendront la mesure des conséquences du système social chinois, ils réagiront”, estime Pascal Lamy.Vu de Chine, évidemment, ce débat a pour l'heure un aspect irréel. La Chine jouit de ses statistiques époustouflantes, et engrange investissements et commandes qui affluent de toutes parts. Mais les clameurs du débat interne américain se font de plus en plus fortes, et pourraient placer sur la défensive tant l'Administration Bush que le pouvoir chinois, appelés à gérer une situation politiquement de plus en plus délicate. -------------------------------------------Après avoir été chef du service étranger du journal Libération en France, Pierre Haski a donné une orientation différente à sa carrière: il est retourné au terrain en devenant correspondant de son journal à Pékin. Par ailleurs, il a été le représentant de Libération au sein des instances du réseau mondial de journaux, World Médias

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