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    Tribune

    Parabole: Des fans mais aussi des détracteurs

    Par L'Economiste | Edition N°:272 Le 20/03/1997 | Partager

    par Abdelwahed BOUHMIDA*

    Le nombre d'antennes paraboliques au Maroc est estimé à plus d'un million et demi d'unités, dont 90% de 1,10m. Ce parc assure donc la grande évasion télévisuelle à plus de 7,5 millions de téléspectateurs marocains. A titre de comparaison, la France ne compte pas plus d'un million de foyers parabolisés, ce qui place le Maroc parmi les pays les plus branchés du Bassin méditerranéen.


    La réception des chaînes étrangères au Maroc est récente, elle a débuté en 1990, année où des téléspectateurs de certaines régions ont été surpris de capter, par voie hertzienne et par hasard, TV5 et MBC.
    Sevrés d'émissions télé "grand show" et de magazines d'information d'ailleurs, un grand nombre de Marocains se sont rués alors vers les antennes UHF et les amplificateurs, moyens pas chers et nécessaires à la réception de ces deux chaînes étrangères.
    Toujours à la recherche d'autres chaînes étrangères, les débrouillards ont posé sur leurs antennes UHF des couscoussiers et/ou des plastiques noires, à la recherche d'une parabolisation individuelle au moindre coût. Comme le souligne M. Adel, fonctionnaire et inconditionnel de la télévision, "sous la pression de mes enfants, j'avais, il y a quelques années, fait comme mes voisins en arborant à mon antenne un couscoussier. Mais en l'absence d'images d'ailleurs, ma femme frustrée a fini par reprendre son couscoussier".

    Chute des prix


    Cependant, c'est à partir de 1992 que l'on vit un grand nombre de paraboles décorant les toits et les balcons. C'était le début d'un phénomène de parabolisation rapide.
    Ce phénomène était initié par un dynamique circuit de contrebande efficace organisé qui générait à ses acteurs d'énormes bénéfices.
    Certes l'assainissement opéré en 1996 a déstabilisé ce circuit et effarouché certains contrebandiers.
    Cette entrée massive des récepteurs paraboliques a pris des allures de raz-de-marrée et a accentué, grâce à la concurrence qui s'en est suivie, la chute des prix. Un équipement complet de base, assiette, système rotatif de la parabole et démodulateur, coûtait en 1992 douze fois le SMIG en moyenne. Aujourd'hui ce même équipement, encore plus performant, est proposé à un prix ne dépassant pas les 2.000DH, prix qui a le mérite d'être à la portée de toutes les couches socio-professionnelles des plus aisées au plus démunies.
    Cette généralisation de la réception satellitaire s'observe dans nos villes, nos campagnes les plus reculées et même dans les bidonvilles. M. Omar, vendeur ambulant, explique: "Nous sommes sept personnes à nous entasser à l'intérieur de cette baraque sans hygiène, qui arrive à peine à supporter la fixation de cette assiette parabolique motorisée que j'ai achetée d'occasion à Derb Ghallef en janvier 1996 à 1.600DH. Quatre de mes fils travaillent au noir et ramènent tous leurs salaires à la maison, ce qui m'a permis d'acheter la parabole et une télévision couleur".

    Equipements familiers


    Ainsi, le démodulateur et le positionneur sont devenus, en un laps de temps très court, des équipements familiers à la portée de tous. Les bricoleurs-installateurs ne chôment pas du tout puisqu'ils proposent partout des systèmes complets bidouillés dans le magasin du coin permettant de balayer les satellites qui pointent au-dessus de nos têtes. M. Mohamed, installateur à Rabat, précise: "J'ai laissé de côté mon métier de réparateur de matériel hi-fi pour bricoler les systèmes rotatifs et installer les antennes paraboliques. Je gagne très bien ma vie en fixant 4 ou 5 paraboles par jour à raison de 140 DH en moyenne l'unité".
    En l'absence de statistiques officielles, et pour mesurer la demande, il n'y a qu'à voir l'atmosphère de ruche dans les souks à paraboles pour se rendre compte, de visu, de l'importance du phénomène de satellisation de la société marocaine. Si Mohamed, revendeur de paraboles dans une kissariat à Rabat, explique: "Ma marge sur les paraboles est en moyenne satisfaisante, j'en vends plus d'une dizaine quotidiennement. Je constate que les chaînes les plus prisées sont les chaînes arabes pour leurs films, les chaînes francophones pour leurs journaux télévisés et leurs documentaires et les chaînes turcs et allemandes pour leur érotisme".

    La centaine de chaînes de télévision visibles au Maroc sont émises par satellites destinées à l'Europe et au Maghreb. Elles apportent divertissements, loisirs, films, émissions pour enfants, etc. Mais cette assiette "magique" nous fascine et nous divise en même temps.
    Nombreux sont ceux qui ont applaudi en 1992 à l'annulation du décret-loi instaurant une taxation de 5.000DH sur la parabole. En effet la majorité d'entre nous trouvent un plaisir à zapper d'un continent à un autre et se félicitent de cet espace de liberté qui met le monde à domicile, comme l'explique M. Yassir, fervent adepte du satellite: "La parabole me gave de culture universelle et de divertissements. J'en demande toujours davantage à ce boîtier électronique, véritable ouverture sur le monde". Et il ajoute: "Par ce biais, mes enfants ont appris à comprendre plusieurs langues étrangères, c'est formidable".

    Satanique


    La parabole est adulée parce qu'elle ignore les frontières dressées par les hommes, brise les monopoles étatiques de télévision, complète l'offre des chaînes nationales, favorise la concurrence entre les pays en matière audiovisuelle et constitue un véritable vecteur de civilisation. Une minorité de gens trouvent que la parabole est un instrument "satanique" inadmissible au Maroc avec ses émissions érotiques fréquentes, sans aucun respect pour le téléspectateur, comme le précise M. Hamid, enseignant: "La parabole nous impose à domicile des émissions osées, véritable atteinte à notre identité et à notre vie familiale. Je m'interdis d'avoir le diable chez-moi".
    D'autres trouvent que ce déluge de chaînes de télévision favorise la paresse des enfants qui sont tout le temps collés à la télécommande. "Hier encore c'était possible de dire aux enfants qu'il n'y a rien à la télé et de l'éteindre. Avec la parabole, ce n'est plus possible, chacun trouve quelque part dans le monde une émission à son goût. Je tiens à la réussite scolaire de mes enfants et c'est pourquoi j'ai vendu ma parabole", explique M. Rachid, pharmacien. Quelques autres détracteurs de la parabole insistent sur le pouvoir hégémonique de ce moyen de réception satellitaire, sorte "d'opium du peuple" qui efface peu à peu la vie familiale et qui menace même, sur le territoire national, la pérennité de nos deux chaînes nationales au profit de chaînes "néocolonialistes".
    En réalité, il faut dire que la réception satellitaire, plébiscitée, comble l'énorme vide des distractions au Maroc. Bienvenue donc à ce vecteur de divertissements et de liberté que nous avons vite adopté, même s'il n'est pas au goût d'une minorité d'entre nous.

    * Responsable du réseau commercial de 2M.

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