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Economie

OMC: Comment les Etats-Unis ont fait basculer M. Hassan Abouyoub

Par L'Economiste | Edition N°:470 Le 24/03/1999 | Partager

· Le Maroc quitte spectaculairement la course à la Direction de l'OMC
· «Manoeuvres des USA pour la mainmise sur le commerce mondial»
· Après la banane, la bataille commerciale entre les Etats-Unis et l'UE s'installe à Genève


C'est sur un ton virulent que le communiqué du Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération a annoncé le retrait unilatéral de la candidature du Maroc au poste de directeur général de l'OMC (Cf L'Economiste du mardi 22 mars). Motif, «les conditions de transparence et d'équité sur lesquelles un consensus démocratique devait émerger ne sont plus réunies», est-il précisé.
Soutenue par l'Afrique, les pays arabes et une grande partie de l'Union Européenne, dont notamment la France, la candidature de M. Abouyoub s'est heurtée à la logique implacable du grand frère américain, commentent les proches du dossier. Autrement dit, la mainmise sur le commerce mondial, ajoute-t-on.
En fait, déjà en 1994 où l'actuel directeur général de l'OMC l'Italien Renato Ruggiero avait été nommé, l'idée de ne plus reconduire un Européen à la tête de cette organisation avait d'ores et déjà fait son chemin. Et c'est l'Afrique qui était pressentie pour siéger à la tête de l'OMC. Et pour cause, tous les continents étaient bel et bien représentés sauf l'Afrique.
Aujourd'hui, le bras de fer entre les Etats-Unis et l'UE est toujours de mise sur le choix du candidat qui présidera aux destinées du commerce mondial. De plus, les pays européens n'avancent pas en rang serré. L'éternel allié de la grande puissance commerciale, la Grande-Bretagne, fait cavalier seul et soutient «la volonté des Etats-Unis». S'alignent également sur la même position l'Allemagne et l'Autriche.
Ainsi, faute d'aboutir à un consensus, les pays européens ont adopté des positions partagées. Du coup, le Maroc a recueilli 8 voix sur les 15 membres de l'UE. «La perte de temps causée par la recherche d'une position commune a largement bénéficié aux Etats-Unis», commentent des proches de M. Abouyoub. Car, ajoutent-ils, autant le processus électoral prend du retard, autant les chances des Etats-Unis de rallier plus de pays à leur position sont grandes.
Parallèlement, si les Américains soutiennent la Nouvelle-Zélande en la personne de M. Mike Moore, c'est parce qu'ils le considèrent comme intermédiaire entre les pays du Sud et ceux développés. «Or, c'est un non-sens. La Nouvelle-Zélande est depuis des lustres un pays de l'OCDE», contestent fermement des services des Affaires Etrangères.
La colère apparente des diplomates marocains, du moins si l'on en juge d'après le texte du communiqué, émane de la tournure «bizarre» qu'a prise le classement des candidats. Alors que les résultats du 1er mars mettait M. Abouyoub en deuxième position après le Thaïlandais, M. Supachai Panitchpakdi, selon les critères des premières préférences, les secondes, elles, ont fait reculer le candidat marocain vers la troisième place. A la place justement du favori des Etats-Unis, M. Moore.
«Mais cette manoeuvre ne représente qu'un seul aspect de la riposte des Américains de la montée en puissance de M. Abouyoub», commente-t-on. «Les Etats-Unis ont même démarché, à visage découvert, quelques pays pour l'effacement de leur dette, voire promettre des postes au sein de l'OMC pour certains responsables africains, en contrepartie de leur soutien au candidat néo-zélandais», s'insurgent des sources proches du dossier. Les dés sont donc pipés. Mais pour les USA, cela en vaut la chandelle. Car autrement, adieu la conduite du commerce mondial.
Inattendu, le retrait du Maroc de la course des élections est aujourd'hui un véritable coup de théâtre. Et pour cause, le scénario de la bataille entre la Nouvelle-Zélande et la Thaïlande serait celui que les Etats-Unis redoutent le plus. «Le retrait du Maroc permettra justement de faire tomber les masques en livrant la concurrence entre les deux candidats restants». Imprévisible sera aussi le comportement des Américains lors de ce match. «Les Etats-Unis pourraient même aller jusqu'à brandir le veto contre la Thaïlande. Inversement, l'élection du Néo-zélandais M. Moore pourrait tout aussi bien se confronter au veto européen», supputent des services des Affaires Etrangères.
Ainsi, la guerre commerciale entre les Etats-Unis et l'Europe s'élargit. Après la banane, la bataille s'installe à Genève. L'échéance est d'autant plus délicate qu'elle coïncide avec un nouveau cycle de renégociations du volet agricole en novembre et décembre prochains à Seattle entre les Etats-Unis et l'UE.

Hassan BOUCHACHIA


Abouyoub? "Il ira loin ce jeune homme"!
· L'essentiel de sa carrière est dans le commerce international


"Il ira loin, ce jeune homme". Tel était le commentaire constant des visiteurs marocains ou étrangers du directeur du Commerce Extérieur, le jeune Hassan Abouyoub. Soussi de naissance et de revendication, il est diplômé de l'Ecole Supérieure de Commerce de Lyon (1975). Son multilinguisme est un atout sérieux dans les ouvertures internationales du Maroc.
Au début des années 80, il avait sur son agenda de haut fonctionnaire fraîchement nommé ni plus ni moins que le désarmement des barrières commerciales. La krach financier de l'Etat en 1983 lui a mis un tigre dans le moteur: il n'était déjà pas d'accord avec la stratégie précédente, consistant à fermer les frontières pour lutter contre le déficit, le krach a prouvé qu'il avait raison.
Avec détermination, et parfois une autorité agaçante, il entreprend donc le désarmement. Il pousse aussi le Maroc sur la voie de l'adhésion au traité du GATT. A cette époque, le Maroc s'en tenait loin et expliquait officiellement sans rire qu'il ne pouvait pas aller au GATT, puisqu'il était tenu par le Traité d'Algésiras (sic!). M. Abouyoub avait donc bien du travail. Il l'a fait sous la couverture de M. Azzeddine Guessous, le dernier ministre vraiment politique que le Maroc ait mis à la tête de son Commerce- Industrie.
La stratégie de libéralisation du commerce subit diverses avanies, notamment budgétaires (même libéral, M. Berrada, ministre des Finances avait de gros besoins de recettes). Elle arrive quand même au but, mais en 10 ans au lieu de 6.
M. Hassan Abouyoub ne la suit pas jusqu'à la fin dans son détail technique, domaine dont il aime des arcanes, puisque entre temps il devient ministre du Commerce Extérieur, des Investissements et du Tourisme.
M. Hassan Abouyoub, quand il était haut fonctionnaire, a traité aussi les relations avec l'Union Européenne. C'est là qu'il se fait une réputation de "négociateur redoutable". Là encore, l'époque change de visage. Les relations sont, au début de la carrière de M. Abouyoub, dominées par les bagarres de chiffonniers sur les quotas de chemises et de pantalons. Lorsqu'il les laisse sous la responsabilité de M. Guessous, nommé ministre des Relations avec l'Union Européenne, les enjeux glissent vers une philosophie plus vague, celle du partenariat.
Lorsque la politisation devient une nécessité, M. Abouyoub est poussé hors du monde administratif pour aller tenter sa chance en politique. Il revient au pouvoir avec un mandat électoral en poche, en 1997 en tant que ministre de l'Agriculture. Assez peu aimé de son environnement agricole, qui lui reproche des positions trop tranchées, il reprend au bond la balle des négociations sur la pêche avec l'Europe et s'engage sur l'accord de libre-échange. Il quitte le gouvernement au moment de la préparation de élections en 1997. C'est à ce moment qu'ont commencé les approches pour le proposer à la candidature au fauteuil de directeur de l'OMC.

Nadia SALAH

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