×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Enquête

    L'espace social France-Maghreb : Expatriés et immigrés sont vulnérables

    Par L'Economiste | Edition N°:155 Le 24/11/1994 | Partager

    L'espace euro-maghrébin en construction et tous les partenariats ignorent les mouvements des hommes. Mais la mobilité existe, malgré les visas et la crise économique.

    Quelle différence existe-t-il entre un "expatrié" et un "travailleur immigré". Sur le fond, aucune. L'un et l'autre ont quitté leur pays, traversé la Méditerranée, pour trouver un emploi meilleur que chez eux, ou du moins un détour de carrière.

    Pourtant, en France, comme au Maghreb, le terme "expatrié" évoque des Français occupant des postes de direction, dans les filiales. Ils seraient quelque 400.000 cadres qui exercent à l'étranger pour les entreprises françaises, sur une population totale expatriée de 1.400.000 personnes. Ils sont supposés être grassement payés et disposer de logements de fonction et de personnel à leur service dont il n'avaient jamais rêvé.

    A l'inverse, les émigrés (devenant immigrés à leur arrivée) constitueraient le sous-prolétariat européen.

    Les premiers suscitent envie et jalousie; les seconds hostilité et mépris.

    Autant de lieux communs que le congrès sur les ressources humaines(1), tenu récemment à Paris, a mis en cause. Une table ronde y était consacrée à la "mobilité et marché du travail dans l'espace France-Maghreb" et une autre à l'internationalisation des ressources humaines.

    Pas d'exception culturelle

    Un DRH d'une grande entreprise de BTP, Nord de France, affirme même qu'il n'est plus besoin de doubler un salaire pour inciter à l'expatriation. Un différentiel de 10% suffit, et parfois rien.

    Cependant, des DRH marocains de filiales de multinationales affirment que quelques expatriés peuvent représenter 30 ou 50% de la masse salariale. En fait, ce sont les salaires marocains, des ouvriers surtout, qui demeurent relativement bas.

    Et c'est d'ailleurs pour cela que ces multinationales investissent au Maroc, "le choix du lieu est conditionné par le coût de main-d'oeuvre", reconnaît M. Georges Auguste, directeur général de SGS-Thomson à Casablanca Mais il insiste, le personnel local des usines délocalisées bénéficie de fait de la formation, par "nécessité industrielle". "On ne transfère pas seulement des technologies, mais aussi un mode de management et une culture industrielle".

    Il réfute les "exceptions culturelles" et rappelle que les principes de gestion des multinationales comme la sienne sont identiques au Maroc, en Europe ou en Asie.

    Pourtant, quelques Maghrébins continuent à accuser les groupes multinationaux de volonté "néocolonialiste". Curieusement, ce sont les Algériens, qui ne bénéficient pas d'investissements étrangers, qui restent accrochés à cette idée. Ils sont allés le chercher dans les vieux discours d'amphithéâtres des années 70, au grand étonnement des autres.

    Nos problèmes vont déborder

    Au passage, l'idée de la délocalisation qui fait perdre aux Européens leurs emplois au profit des Maghrébins est aussi contestée. Seulement 5% des entreprises qui ont investi en Tunisie ont fermé en France, révèle une étude.

    Les besoins en emplois sont de toute façon différents de part et d'autre de la Méditerranée, tant au niveau de la qualification que de la quantité. La France industrialisée doit créer 150.000 emplois/an, et le Maghreb 500.000 sous la pression démographique. D'où les craintes françaises de voir arriver de nouvelles vagues d'immigration et de subir une "mobilité" non désirée.

    Le malheur est que les Maghrébins ne font rien pour rassurer les Français. "Nos problèmes vont déborder", dit un Algérien. L'aréopage d'universitaires et de professionnels de ressources humaines réunis semble revendiquer le droit à l'immigration, au nom de la liberté de circulation des hommes. "L'Europe-forteresse" est dénoncée. Les Français semblent conscients d'un danger qu'il faut contenir sur place par l'investissement, la formation, l'assistance aux collectivités locales.

    D'un autre côté, ils reconnaissent toujours, dans ce contexte franco-maghrébin, qu'ils doivent gérer l'immigration déjà présente sur leur sol. Même la deuxième génération qui fait tant de bruit n'a pas fait mieux en matière d'emploi. Les Maghrébins sont toujours les "derniers embauchés et les premiers licenciés", et restent les plus touchés par le chômage.

    Une enquête de 1989 révèle que leur "coefficient de vulnérabilité" (risque de perdre son emploi) est 80% plus élevé que celui des Français. Leur "coefficient d'employabilité" (probabilité de sortir du chômage) est plus faible que celui des Français et des Portugais. Quant ils travaillent, ils restent ouvriers de l'industrie et du bâtiment: 93% en 1962 et 90% en 1982. Par nationalité, les non-qualifiés marocains étaient 48% en 1962, deviennent 64% en 1982 (les Algériens s'améliorent de 70% à 54%).

    La fuite des cerveaux n'est pas ce que l'on dit. Les cadres franco-maghrébins, "expatriés" dans l'autre sens, ne font pas les belles carrières que l'on croit. "Les chefs d'entreprises françaises peuvent évoquer les contraintes clientèle pour refuser l'embauche d'un cadre franco-maghrébin", dit, en substance, une directrice de cabinet de recrutement(2). Les Maghrébins doivent renier leur culture d'origine au prix de quelques troubles psychologiques, et mettraient de toute façon 3 fois plus de temps qu'un Français de souche pour trouver un emploi. Recrutés, peu de cadres maghrébins accèdent à des postes de direction ou percent dans la fonction commerciale.

    Faute d'embauche ou de promotion suffisantes, beaucoup voient dans la création d'entreprises une issue pour affirmer leur compétence. Leur origine passe alors au second rang si. devenus prestataires, ils s'imposent par la qualité de service. Quant au retour au pays, malgré les encouragements des pays "émetteurs" et "réceptifs", il reste la grande illusion.

    K.B.

    (1) Voir dans notre précédente édition un article sur la mobilité des cadres, thème le plus fort de ces journées qui ont eu lieu les 11 et 12 novembre à l'initiative de 4 associations professionnelles: AGEF (Maroc), ANDCP (France), ALGRH (Algérie), AFORGHE (Tunisie) et MRH (un cabinet parisien dirigé par un Marocain).

    (2) Revue Maghreb-Ressources Humaines, n°8 et 9, 1994.

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc