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Economie

Les ratés du développement arabe
Le blocage est terriblement mental

Par L'Economiste | Edition N°:1598 Le 10/09/2003 | Partager

. La plupart des experts arabes ne peuvent pas travailler librement chez eux. L'information circule très malPas la peine d'y aller par quatre chemins, comme on dit: depuis vingt ans, la perte de vitesse des pays de la région Mena en fait des PNP, des pays nouveaux pauvres, comme il y a eu des NPI, les nouveaux pays industriels. La Banque Mondiale a lancé un rapport, en fait une série de rapports, sur cette région. Naturellement, elle emploie des termes plus choisis et plus diplomatiques, pour décrire ce que ses experts ont relevé à travers le monde arabe. Il faut bien que l'analyse passe la barre des censeurs locaux, et surtout celle du repli sur soi qui s'est emparé de cette région. Ce repli sur soi fait par exemple que les élites locales rejettent les analyses critiques avec le simple motif qu'elles sont produites par des experts non arabes. C'est un motif bien commode quand il s'agit de ne rien changer aux habitudes. La Banque est donc allée chercher des experts arabes pour crédibiliser le travail. Mais le repli va encore plus loin. Le Pr Tozi qui fait partie de ces experts, n'a pas manqué de souligner que «60% des experts viennent en dehors de leur pays d'origine, partis ou exilés». Ces informations ne figureront peut-être pas dans le texte final du rapport qui sera présenté à Doha pour la réunion annuelle du FMI et de la Banque Mondiale. Cependant, elles sont importantes, car elles disent pourquoi le monde arabe sombre dans le non-développement. Ces données ont été signalées lors de la présentation du rapport, lundi 8 septembre 2003, à Rabat. . Liberté et informationChercher des critères de crédibilité (la nationalité du chercheur) en dehors des critères de compétences et s'apercevoir que plus de la moitié des personnes qui remplissent le critère de crédibilité et de compétence ne peuvent pas vivre et travailler librement dans leur propre pays, voilà qui en dit fort long sur les causes du retard du monde arabe: «Le manque de liberté mine le développement humain et représente une des manifestations les plus douloureuses du retard accumulé en matière de développement politique», écrit le rapport de la Banque Mondiale, reprenant d'ailleurs le constat fait avant lui par les Nations unies.Ce contexte posé, le reste vient comme un écheveau que l'on dévide: mauvaise façon de sélectionner les élites (cf. infra), les comptes jamais rendus sur l'efficacité des politiques économiques et sociales, règles de droit bien présentes mais constamment bafouées… Résultat: l'Egypte a un PIB par tête supérieur à celui de l'Indonésie, mais fait moins qu'elle: Le Caire ne parvient pas à mettre tous ses enfants à l'école ni à faire reculer la mortalité infantile. C'est la «faible inclusivité qui est responsable de cela», explique en substance le rapport de la Banque Mondiale, les citoyens ne sont pas traités de manière égale et ils ne participent pas également aux décisions qui les concernent pourtant directement. De plus, ils ne peuvent ni obtenir de leurs gouvernants des explications, ni parvenir à les sanctionner en cas de manquement. «Les pays de la région présentent un modèle de transparence limité et hésitant», note le Rapport qui a décidément le sens de la litote très développé. On y apprend cependant que le budget de l'Etat n'est pas discuté en dehors du Parlement en Egypte et n'est pas publié dans sa totalité. Au Maroc c'est nettement mieux, mais si la Liste Civile y figure en bonne et due forme, par contre le budget de la Défense n'y est pas. En fait tous ces concepts mis en valeur par la Banque Mondiale, s'appellent démocratie et contrôle démocratique. Pourtant, l'on chercherait vainement ces mots dans l'analyse: apparemment, ils sont encore trop incorrects pour beaucoup de pays de la région.On s'en doutait: plus le pays a une rente pétrolière importante, moins ses services publics sont efficaces. «La rente dispense de rendre des comptes», note le Pr. Driss Ben Ali, qui a participé aux travaux, ainsi qu'à d'autres, similaires, de l'Union Européenne. Le rapport fait remarquer que les gouvernements des pays arabes savent en général relativement bien gérer les équipements publics, mener des campagnes de vaccinations… Mais se tirent très mal de prestations publiques telles que l'éducation, l'égalité des citoyens, la justice. Théodore Ahler, directeur Maghreb pour la Banque Mondiale, propose une explication: les campagnes de vaccinations sont mesurables, comme la construction d'un port ou d'une route; en revanche, pour l'éducation ou la vie des gens, nous sommes dans le qualitatif, les systèmes politiques de la région ont du mal à se réguler avec le qualitatif. En fait le «feed-back» se fait très mal, à cause du manque de liberté et de la mauvaise circulation de l'information. Et la boucle est bouclée… Nadia SALAH


Un programme pour améliorer la gouvernance

Si l'on suit ce schéma, peut-être que le monde arabe se développera…Traitement et participation équitables des gens (inclusivité), transparence et contre-pouvoir (responsabilisation) sont les ingrédients pour une bonne gouvernance, estiment les experts de la Banque Mondiale. Les droits fondamentaux doivent être assurés dans chaque élément du programme. Logiquement, si cette étape est dépassée, la bonne gouvernance (entre autres) coule de source. Et c'est bien là que le bât blesse dans la majorité des pays de la région: assurer les droits fondamentaux au-delà des textes de lois. Ensuite, l'interaction des peuples et des gouvernements est de mise, tant pour une responsabilisation interne (administration, via l'initiative des gouvernements et sous la pression du peuple) qu'externe (l'initiative du peuple avec l'accord des gouvernements). Le programme ambitionne de «cibler les restrictions existantes qui freinent l'inclusivité et la responsabilisation». La lutte est de taille. La BM traite ici de concepts absolus de démocratie. Sans l'engagement des pays à évoluer dans ce sens, l'effet du programme risque d'être nul et non avenu. «Cet engagement doit être commun au gouvernement et au peuple, et pris à la fois individuellement et à travers leurs associations». Si les chercheurs de la BM partent du postulat qu'il y a une volonté commune d'améliorer la gouvernance, ça ne devient donc plus qu'une question de savoir-faire. Car l'expression de cette volonté (peuple et gouvernement), ne porte-t-elle pas en elle les fondements de la bonne gouvernance? Le programme repose sur cinq piliers: rehausser «l'inclusivité», renforcer la responsabilisation interne et externe, contrôles croisés et réformes administratives pour accroître la responsabilisation interne.L'intention est bonne et le programme ambitieux. Si la BM décroche l'aval du pays (dans toutes ses composantes), c'est à coup sûr un pari gagnant. Mais c'est justement là où réside toute la difficulté, selon bon nombre d'observateurs. M. Kd

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