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Culture

Les leçons de la Coupe du monde
Par Branko Milanovic(*)

Par L'Economiste | Edition N°:2316 Le 11/07/2006 | Partager

Le football donne un aperçu de la manière dont une vraie mondialisation du travail pourrait fonctionner. Dans le foot, comme dans d’autres métiers, les restrictions imposées à la mobilité du travail venaient intégralement de la demande. Aucune limite n’était imposée aux mouvements des joueurs, excepté dans les pays communistes. Mais la demande était très réglementée, car les clubs ne pouvaient pas faire jouer plus de deux joueurs étrangers à chaque match. L’arrêt Bosman, baptisé d’après un joueur belge qui a défié avec succès la règle s’appliquant aux joueurs d’autres pays de l’Union européenne, a repoussé les limites, qui se sont écroulées sous l’assaut de la demande des clubs les plus riches d’Europe d’avoir la liberté de recruter les meilleurs joueurs, quelle que soit leur origine.Ainsi, lorsque la mondialisation et la complète commercialisation règnent en maîtres, on assiste à une immanquable concentration de qualité et de succès. Considérons le nombre de clubs qui se sont qualifiés parmi les huit meilleurs de la Ligue des champions européenne. Si nous examinons des périodes de cinq ans entre 1967 et 1986, le nombre d’équipes différentes qui se sont qualifiées pour les quarts de finale varie entre 28 et 30. Au cours des deux périodes de cinq ans qui ont suivi, ce chiffre tombe à 26, et lors de la période la plus récente (2000-2004), il n’y en a eu que 21. La conclusion est simple: de moins en moins de clubs accèdent à l’élite européenne. Il en va de même pour les ligues nationales. Depuis que la première League anglaise s’est lancée en 1992, seul un championnat n’a pas été remporté par Manchester United, Arsenal ou Chelsea. En Italie, seuls deux championnats de Série A, depuis 1991, n’ont pas été remportés soit par Juventus ou par l’AC Milan -qui sont sous le coup d’une lourde enquête!- En Espagne, depuis 1985 trois championnats seulement n’ont pas été gagnés soit par le Real Madrid, soit par Barcelone.La raison de cette concentration au sommet est évidente: les clubs les plus riches sont désormais capables d’attirer les meilleurs joueurs du monde. On peut affirmer que cela s’est accompagné d’une amélioration de la qualité de jeu, due à ce que les économistes appellent un “rendement d’échelle croissant.” Lorsque les meilleurs joueurs jouent ensemble, la qualité de chacun, et de toute l’équipe, augmente de façon exponentielle. Lorsque Ronaldinho et Messi, ou Kaka et Shevchenko jouent ensemble, leur “production” globale (le nombre de buts) est supérieure à la somme des buts que chacun marquerait s’il jouait dans un club différent avec des joueurs moins talentueux. La libre circulation des travailleurs dans d’autres secteurs produirait sans doute le même résultat. Si des médecins, des informaticiens ou des ingénieurs (sans parler des légendaires plombiers polonais!) étaient autorisés à se déplacer librement, la concentration de talents dans les pays les plus riches serait susceptible d’augmenter. L’inégalité dans la distribution des talents de chaque pays serait plus grande, mais la production totale des biens et des services dans le monde, ainsi que leur qualité moyenne, augmenterait, comme dans le cas du football aujourd’hui. Les pays plus pauvres ou plus petits ne peuvent pas vraiment imaginer remporter un championnat européen, comme ce fut autrefois le cas pour Steaua (Roumanie), Red Star (Serbie) ou Nottingham Forest (aujourd’hui en train de languir en troisième division anglaise). Mais alors que nous constatons des inégalités et des exclusions au niveau des clubs de football, l’inverse se vérifie pour des compétitions entre équipes nationales. La marge moyenne de victoires parmi les huit meilleures équipes nationales de la Coupe du monde n’a fait que décroître, passant de plus de deux buts dans les années 1950 à environ 1,5 but dans les années 1960, 1970 et 1980, et à seulement 0,88 but pour la Coupe du monde de 2002.. Le niveau monte pour tousC’est vrai aussi pour tous les matches de finale, et pas seulement ceux entre les huit meilleures équipes nationales. La diminution des marges de victoire est d’autant plus impressionnante que la Coupe du monde est passée de 16 à 32 équipes nationales, dont beaucoup sont nouvelles et plutôt inexpérimentées. Curieusement, elles ne se font pas écraser par les équipes traditionnellement au premier plan. Au contraire, les huit meilleures équipes des cinq dernières coupes du monde comprennent deux “nouvelles venues” qui ne s’étaient jamais qualifiées en quart de finale auparavant, comme la Turquie et la Corée du Sud en 2002. Cela s’explique encore par deux raisons. Tout d’abord, la libre circulation signifie que les bons joueurs des petites ligues s’améliorent bien plus qu’ils ne le pourraient s’ils étaient restés chez eux. Un bon joueur danois ou bulgare s’améliore bien plus vite s’il rejoint Manchester United ou Barcelone. Ensuite, cette amélioration de la qualité a été “captée” par les équipes nationales grâce à la règle de la FIFA qui demande que les joueurs ne jouent que pour leur équipe nationale. Eto’o peut jouer pour n’importe quel club espagnol, italien ou anglais, mais dans le cadre de compétitions nationales, il ne peut jouer que pour le Cameroun. En d’autres termes, la FIFA a introduit une règle institutionnelle qui permet aux petits pays (dans le sens footballistique) de capter certains des bénéfices du jeu de haute qualité d’aujourd’hui, inversant en partie le processus de “fuite des jambes.” La même règle pourrait s’appliquer à d’autres activités. La libre circulation des travailleurs qualifiés pourrait s’accompagner de conditions internationales qui exigeraient, par exemple, que les émigrants des pays pauvres travaillent au moins un an sur cinq dans leur pays d’origine. Ils apporteraient chez eux des compétences, des technologies et des relations aussi valables que les compétences qu’Eto’o, Essien ou Messi ont rapportées au Cameroun, au Ghana ou en Argentine. Trouver du travail resterait un problème, mais le principe est valable: le monde devrait tirer des leçons de la Coupe du monde.


La profession la plus mondialisée

La Coupe du monde de cette année a prouvé à nouveau que le football est le sport le plus populaire de la planète, et sans doute aussi que c’est la profession la plus mondialisée. En effet, il est inconcevable que des médecins, des informaticiens, des cols bleus ou des guichetiers de banque brésiliens, camerounais ou japonais passent aussi facilement d’un pays à un autre que le font les joueurs de foot brésiliens, camerounais ou japonais. C’est ainsi que le club de Londres, Arsenal, est intégralement composé d’étrangers, notamment d’un arbitre français. Même les rôles de capitaines ne sont plus réservés aux joueurs nationaux: Thierry Henry, un Français, est capitaine d’Arsenal, Andriy Shevchenko, Ukrainien, a souvent été le capitaine de l’AC Milan et jouera l’année prochaine avec le club champion d’Angleterre Chelsea, et Christiano Zanetti, un Argentin, est le capitaine de l’Inter Milan. De la même manière, des dizaines d’Américains du Sud et d’Africains jouent dans des ligues russes, turques, polonaises et de divers pays du sud-est de l’Europe.Copyright: Project Syndicate, 2006Traduit de l’anglais par Bérengère Viennot

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